Plusieurs dizaines de manifestants massés aux grilles du tribunal étaient venus apporter un soutien bruyant à Julian Assange.

Trump veut faire de Julian Assange un «exemple»

LONDRES — La défense de Julian Assange, réclamé par Washington pour la publication d’une masse de documents confidentiels, a accusé lundi Donald Trump de vouloir faire du fondateur de Wikileaks un «exemple» dans sa «guerre contre les journalistes d’investigation».

Dix ans après la diffusion inédite de 700 000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, la justice britannique a entamé lundi l’examen — qui doit s’étendre jusqu’au mois de juin — de la demande d’extradition de l’Australien de 48 ans, qui a comparu calme, les yeux rivés sur son ordinateur portable.

Face à la cour de Woolwich (est de Londres), son avocat Edward Fitzgerald a dénoncé des poursuites motivées par des «raisons politiques», soulignant que l’accord américano-britannique interdit «expressément» les extraditions pour les «infractions politiques».

Dans une salle d’audience bondée, jouxtant la prison de haute sécurité où Assange est incarcéré, il a mis en avant le risque des «traitements inhumains et dégradants» et d’une peine «disproportionnée» de 175 ans de prison.

Le président américain «est arrivé au pouvoir avec une nouvelle approche de la liberté de la presse [...] qui revient en fait à déclarer la guerre aux journalistes d’investigation», a-t-il accusé.

En marge de l’audience, l’ancien juge espagnol Baltazar Garson, désormais avocat qui coordonne l’équipe de défense d’Assange, a estimé que «la persécution politique est évidente».

Le représentant des États-Unis, James Lewis a souligné que le fondateur de Wikileaks «n’est pas inculpé pour avoir dévoilé des informations embarrassantes ou gênantes», mais pour avoir mis en danger la vie de sources américaines en publiant, en 2010, 250 000 câbles diplomatiques et 500 000 documents confidentiels portant sur les activités de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan.

«Les États-Unis ont connaissance de sources, dont les noms non expurgés et/ou d’autres informations permettant de les identifier étaient contenus dans les documents classifiés publiés par WikiLeaks, qui ont ensuite disparu», a-t-il ajouté.

Parmi les documents publiés figurait une vidéo montrant des civils tués par les tirs d’un hélicoptère de combat américain en Irak en juillet 2007, dont deux journalistes de l’agence Reuters.

Si son coup d’éclat avait valu à l’Australien d’être présenté comme un champion de la liberté d’informer, il lui avait aussi attiré les critiques. En 2011, les cinq journaux (dont le New York Times et Le Monde) associés à la plateforme avaient condamné la méthode.

Soutien public

Dans sa première prise de parole lors de l’audience, Julian Assange a expliqué «avoir du mal à [se] concentrer [...] Ce bruit n’aide pas», tandis qu’à l’extérieur de la salle d’audience, plusieurs dizaines de manifestants massés aux grilles du tribunal étaient venus lui apporter un soutien bruyant.

«J’apprécie beaucoup le soutien public [...] Je comprends que cette procédure doit les dégoûter», a-t-il poursuivi à voix basse, parlant à travers un trou du panneau de verre le séparant de la salle.

Julian Assange a été arrêté en avril 2019 dans l’ambassade d’Équateur où il avait trouvé refuge près de sept ans plus tôt. Il craignait d’être extradé vers les États-Unis ou la Suède, où il faisait l’objet de poursuites pour viol depuis abandonnées.

La justice britannique va devoir déterminer si la demande d’extradition qui lui est soumise respecte un certain nombre de critères légaux, et notamment si elle n’est pas disproportionnée ou incompatible avec des droits de l’Homme.

Assange doit comparaître toute la semaine avant un ajournement de l’audience au 18 mai, quand elle reprendra pour trois semaines.