Le président Donald Trump a passé en revue les grands thèmes chers à son auditoire, immigration et avortement en tête, au King Jesus International Ministry, à Miami.
Le président Donald Trump a passé en revue les grands thèmes chers à son auditoire, immigration et avortement en tête, au King Jesus International Ministry, à Miami.

Trump veut cimenter l’appui des chrétiens évangéliques

MIAMI — Donald Trump a entamé l’année 2020 avec un objectif : cimenter le soutien des chrétiens évangéliques, qui l’ont soutenu sans réserve en 2016 et qui, espère-t-il, lui offriront un deuxième mandat de quatre ans en novembre.

«Vous vous souvenez? Les chiffres étaient extraordinaires», a lancé d’entrée le président américain depuis le King Jesus International Ministry, à Miami en Floride.

«Tous les candidats démocrates qui briguent la présidence essayent de punir les croyants», a-t-il insisté, se posant en défenseur de la liberté religieuse et dénonçant des programmes «antireligieux et socialistes».

«Je suis convaincu que Dieu est de notre côté», a ajouté le milliardaire, avant de passer en revue les grands thèmes chers à son auditoire, immigration et avortement en tête.

Galvanisés par le remaniement de la Cour suprême depuis l’élection de Donald Trump, plusieurs États conservateurs ont adopté des lois très restrictives sur l’IVG. Ils espèrent que la haute juridiction reviendra sur son arrêt historique de 1973, «Roe v. Wade», qui a légalisé l’avortement.

Un Américain sur quatre est évangélique, selon l’institut Pew. C’est la forme dominante du protestantisme américain, et la première famille religieuse du pays, devant les catholiques et les protestants traditionnels.

Le soutien à Trump des évangéliques blancs reste, pour l’heure, très solide. Selon le Public Religion Research Institute (PRRI), 77 % d’entre eux approuvent le travail du milliardaire républicain à la Maison-Blanche et l’écrasante majorité d’entre eux (98 %) sont opposés à sa destitution.

Mais une érosion, même minime, pourrait être fatale dans des États-clés comme la Floride qui lui ont permis de remporter le collège électoral il y a trois ans en dépit d’un déficit de près de trois millions de voix au niveau national sur Hillary Clinton.

Or un éditorial au vitriol publié juste avant Noël par un magazine évangélique, Christianity Today, a semé le doute. Il se prononçait sans détour en faveur de la destitution du septuagénaire.

«Profondément immoral»

«Les faits dans ce cas précis sont sans ambiguïté», écrivait Mark Galli, son rédacteur en chef, dénonçant l’utilisation de sa position pour pousser son homologue ukrainien à discréditer l’un de ses opposants, l’ex-vice-président démocrate Joe Biden. «Ce n’est pas seulement une violation de la Constitution [...] c’est profondément immoral».

Nombre de figures du mouvement ont fait corps. L’un des fils du célébrissime pasteur Billy Graham, fondateur du magazine décédé début 2018, a donné de la voix. «Mon père connaissait Donald Trump, croyait en Donald Trump et a voté pour Donald Trump», a assuré Franklin Graham, affirmant qu’il aurait été «très déçu» par ce texte.

Reste que le président républicain, qui l’a emporté de justesse et n’a jamais cherché à élargir son socle électoral, doit jouer serré avec les chrétiens évangéliques blancs qui ont voté à 81 % pour lui en 2016.

Le milliardaire républicain, marié à trois reprises et peu connu pour sa ferveur religieuse, avait su, lors de la campagne de 2016, leur donner des gages.

D’abord en choisissant comme colistier Mike Pence, qui se décrivait fièrement comme un «chrétien, un conservateur et un républicain, dans cet ordre». Ensuite en promettant de nommer à la Cour suprême, mais aussi dans les tribunaux fédéraux des juges opposés à l’avortement et favorables au port d’arme à feu.

«Nous avons confirmé 187 juges [...] ils seront là pour 40 ans, certains même plus», a-t-il lancé vendredi, triomphant.

Pour Robert P. Jones, président du PRRI, son pouvoir d’attraction tient d’abord à ses propos très durs sur l’immigration : sa promesse de «bâtir un mur» à la frontière avec le Mexique est très populaire au sein de cette partie de l’électorat.

Il tient aussi à sa capacité à rassurer, propos nostalgiques à l’appui, un groupe qui se sent fragilisé par sa perte d’influence dans une Amérique chaque jour plus multiraciale et moins religieuse.

Les blancs chrétiens, qui étaient majoritaires aux États-Unis il y a dix ans, ne représentent désormais plus que 42 % de la population.