Donald Trump souhaite la tenue du sommet du G7 en personne, en juin.
Donald Trump souhaite la tenue du sommet du G7 en personne, en juin.

Trump plaide pour un vrai G7, la pandémie loin d'être contenue

WASHINGTON — Donald Trump souhaite faire d'un sommet du G7 en personne le symbole de la normalisation qu'il appelle de ses voeux, malgré la progression de l'épidémie dans certains pays.

Le président américain a évoqué mercredi la possibilité de rassembler les dirigeants du G7 en juin à Camp David et non par visioconférence comme cela avait été décidé en raison du coronavirus.

«Les autres membres (du G7) entament eux aussi leur retour. Ce serait un symbole formidable pour tout le monde. Normalisation!», a tweeté le locataire de la Maison Blanche.

Les réactions des dirigeants du G7 ont été prudentes. Le président français Emmanuel Macron s'est dit «disposé à se rendre à Camp David si les conditions sanitaires le permettent».

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a souligné l'importance d'étudier «quelles mesures seraient mises en place» et «les recommandations des experts».

De la même manière, la chancelière allemande Angela Merkel est restée ambigüe sur ses intentions. «Quelle que soit la forme que prendra la rencontre du G7, une visioconférence ou autre chose, je lutterai à coup sûr pour le multilatéralisme», a-t-elle déclaré à Berlin.

Lueur d'espoir 

Malgré l'optimisme du président américain et son recul en Europe, la pandémie de coronavirus qui a fait plus de 325 000 morts dans le monde accélère sa progression au Brésil.

Point de départ fin 2019 de la pandémie qui a mis la planète à l'arrêt, la Chine s'apprête à proclamer vendredi sa «victoire» sur le virus, à l'occasion de la réunion de l'Assemblée nationale populaire.

Mais M. Trump, dont le pays a enregistré plus de 1 500 morts supplémentaires en 24 heures mercredi a encore haussé le ton mercredi face à Pékin. «C'est "l'incompétence de la Chine", et rien d'autre, qui a provoqué cette tuerie de masse mondiale!», a estimé le locataire de la Maison blanche, lui même très critiqué pour sa gestion de la crise.

Lueur d'espoir, des chercheurs ont montré que des singes vaccinés ou infectés par le nouveau coronavirus ont développé des anticorps leur permettant d'être protégés contre une nouvelle infection.

«Nos découvertes accroissent l'optimisme qu'il sera possible de développer des vaccins contre la COVID-19», a souligné Dan H. Barouch, le chercheur qui a mené les deux études à Boston.

Le Chili a dépassé les 50 000 contaminations et des émeutes de la faim ont éclaté à Santiago.

À l'inverse, les Européens ont renoué avec ces plaisirs simples dont le confinement les avait privés depuis la mi-mars, comme de voir la mer.

«Écouter le bruit des vagues, marcher un peu sur la plage, nous en avions très envie», témoigne Helena Prades, une Espagnole de 43 ans, sur le littoral catalan.

Dans ce pays, l'un des plus endeuillés avec près de 28 000 morts, Barcelone a rouvert mercredi ses plages et ses parcs, dont le célèbre Parque Güell.

Mais le gouvernement a prolongé mercredi l'état d'alerte jusqu'au 6 juin et rendu le port du masque obligatoire dès l'âge de six ans dans tous les lieux publics quand il n'est pas possible de garder ses distances, y compris dans la rue.

Le secteur aérien souffre

Les restrictions pèsent lourdement sur le tourisme et sur le secteur aérien. Le fabricant britannique de moteurs d'avion Rolls-Royce a annoncé mercredi la suppression d'«au moins» 9 000 postes, soit 17% de ses effectifs.

Le groupe Air France KLM a lui indiqué remiser ses neuf gros porteurs A380. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a indiqué qu'un accord pour le sauvetage de Lufthansa, le numéro 1 européen du secteur, était sur le point d'être finalisé.

L'Inde a toutefois annoncé une reprise progressive de ses vols intérieurs à partir du 25 mai, après deux mois d'interdiction.

L'Italie a autorisé tous ses aéroports à rouvrir à partir du 3 juin, date à laquelle elle ouvrira ses frontières aux touristes de l'Union européenne.

La Grèce, où l'Acropole a rouvert lundi, a elle fixé au 15 juin le début de la nouvelle saison touristique, avec une reprise des vols internationaux à partir du 1er juillet.

En Slovénie, chaque habitant va recevoir jusqu'à 200 euros en bons d'achat pour hébergement ou restaurant, à dépenser localement afin de relancer le tourisme.

En Floride, le parc d'attractions Disney World a commencé à rouvrir, offrant la possibilité aux fans de Mickey d'aller dans les restaurants et magasins de sa zone commerciale, même si les attractions - le principal intérêt du parc - restent pour l'instant fermées.

Mais le spectre d'une deuxième vague rode. Le constructeur automobile américain Ford a ainsi reconnu mercredi avoir été obligé de fermer un site de Chicago au lendemain de sa réouverture, après la détection de deux cas de COVID-19.

L'Allemagne a elle interdit, dans ses abattoirs, les contrats de sous-traitance qui permettent de recourir massivement à des travailleurs détachés d'Europe de l'Est, après une série de cas de coronavirus dans ces établissements.

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TRUDEAU ESTIME «INTÉRESSANTE» L'IDÉE D'UN G7 EN PERSONNE

Les États-Unis devant accueillir le G7 cette année, le plan initial de l'administration de tenir le rassemblement au club de golf Doral appartenant à Donald Trump à Miami a été abandonné l'automne dernier après que des détracteurs eurent accusé le président de chercher à obtenir des gains personnels.

Mais le plan ultérieur de déplacer la réunion à Camp David a été initialement contrecarré par le début de la pandémie de COVID-19.

Mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé qu'il était très important qu'une nouvelle réunion se tienne «d'une façon ou une autre», même s'il n'est pas convaincu de la possibilité de se rencontrer en personne. Le groupe s'est réuni pour une conférence en ligne le mois dernier, a-t-il noté avant de suggérer que la science et la prudence devraient déterminer la meilleure ligne de conduite à l'avenir.

Malgré qu'il ne soit pas convaincu de la possibilité de se rencontrer en personne, Justin Trudeau affirme tout de même qu'il est important qu'une réunion se tienne.

«D'abord, il faut souligner l'importance du G7, l'importance des rencontres des pays pour pouvoir contrer la crise, pour pouvoir parler de la restauration de l'économie globale», a déclaré M. Trudeau.

«Par rapport à une proposition de le faire en personne, on va regarder ce que les Américains sont en train de proposer, on va regarder quelles seront les conditions de santé qu'on devrait suivre, mais c'est une idée qui est intéressante, mais il faudra avoir plus de détails avant de prendre une décision», a-t-il ajouté.

De tels propos pour le G7 en personne peuvent être assimilés à un «non» catégorique, estime Colin Robertson, un ancien diplomate canadien qui enseigne les affaires étrangères à l'Université Carleton et qui est vice-président de l'Institut canadien des affaires mondiales.

«(Justin Trudeau) ne sera pas celui qui va la noyer, parce que vous voulez garder la relation sous une forme raisonnable, mais quand les choses avanceront, je ne vois tout simplement aucun des autres dirigeants y consentir», a soutenu M. Robertson.

«Je pense que cela a tout à voir avec la politique intérieure, et rien à voir avec le système international, sauf pour renforcer les ambitions électorales de Trump en novembre», a-t-il poursuivi.

Des experts en sécurité doutent de la possibilité d'une réunion en personne en juin.

«Je ne vois pas ça, et je ne pense pas que beaucoup d'autres dirigeants viendraient», a aussi déclaré Brett Bruen, ancien diplomate et conseiller de la Maison-Blanche sous l'ancien président Barack Obama. James McCarten, La Presse canadienne