Des troupes israéliennes confrontent des manifestants palestiniens à Ramallah, jeudi.

Trump enflamme le Moyen-Orient sur la question de Jérusalem

JÉRUSALEM - Une escalade de la violence était redoutée dans les territoires palestiniens vendredi, jour de prière hebdomadaire des musulmans, après l’appel du mouvement islamiste Hamas à «une nouvelle intifada», en réponse à la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Les regards se tourneront surtout vers l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est, lieu saint autour duquel des troubles éclatent souvent dans les périodes de tensions, après des heurts relativement limités entre Palestiniens et soldats israéliens qui ont déjà fait une vingtaine de blessés dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée où des renforts de l’armée israélienne sont prévus.

Des manifestations sont également prévues ailleurs dans le monde musulman, notamment à Istanbul et en Malaisie, au lendemain de celles qui ont eu lieu du Pakistan à la Turquie, en passant par la Tunisie et la Jordanie, où plusieurs centaines de manifestants ont scandé «Mort à Israël» et brûlé des portraits de Donald Trump.

Des Palestiniens en colère ont aussi brûlé jeudi le portrait du président américain pour protester contre la décision unilatérale et potentiellement explosive du controversé politicien mercredi de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et d’y transférer à terme l’ambassade des États-Unis.

Plus d’une vingtaine de Palestiniens ont été blessés par des balles en caoutchouc ou réelles lors de heurts avec l’armée israélienne.

Une grève générale a été largement suivie jeudi en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville annexée par Israël et considérée par la communauté internationale comme occupée.

«Nouvelle intifada»

Le mouvement islamiste Hamas qui contrôle la bande de Gaza a appelé à «une nouvelle intifada» et, en soirée, au moins deux roquettes ont apparemment été tirées à partir de Gaza vers Israël, explosant toutefois dans l’enclave, selon l’armée israélienne.

L’initiative de Donald Trump, qui a suscité la réprobation dans le monde entier, sera vendredi au cœur d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s’est alarmée d’un retour «à des temps encore plus sombres», alors que la Russie s’est dite «très inquiète».

La chancelière allemande Angela Merkel a désapprouvé la décision américaine, qui plonge la région «dans un cercle de feu» selon le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Le grand allié saoudien des États-Unis a parlé d’acte «irresponsable», tandis que le président palestinien Mahmoud Abbas et le roi Abdallah de Jordanie, lors d’une rencontre à Amman, ont affirmé que toute mesure modifiant le statu quo sur Jérusalem était «invalide».

Chacun se demande si M. Trump n’a pas ouvert la boîte de Pandore tant Jérusalem, avec ses lieux saints pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, constitue un sujet passionnel.

Malgré les mises en garde venues de toutes parts, le président américain a ordonné mercredi soir le futur transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, rompant avec presque 70 ans de diplomatie américaine et se singularisant de la communauté internationale.

«L’Amérique est devenue un tout petit pays», a réagi Salah Zuhikeh, 55 ans, dans la Vieille ville de Jérusalem, où magasins et écoles sont restés fermés.

Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme la capitale de l’État auquel ils aspirent. Israël proclame tout Jérusalem comme sa capitale «éternelle et indivisible».

La chance à la diplomatie

Depuis la création de l’État d’Israël, en 1948, la communauté internationale s’est gardée de reconnaître Jérusalem comme capitale.

Elle considère que la question du «statut final» de Jérusalem, l’une des plus épineuses du conflit israélo-palestinien, doit être négociée.

Le président palestinien Abbas a estimé que les Américains étaient à présent discrédités pour continuer à jouer un rôle de médiateur dans le processus de paix.

Un cadre du parti palestinien Fatah a affirmé jeudi que le vice-président américain Mike Pence n’était «pas le bienvenu en Palestine» après la décision du président Trump.

Une visite de M. Pence en Israël et dans les territoires palestiniens est prévue durant la deuxième moitié de décembre.

Le président palestinien et chef du Fatah, Mahmoud Abbas, n’a pas mentionné la visite de M. Pence dans sa réaction mercredi à la déclaration de M. Trump. Son bureau n’était pas joignable jeudi soir pour réagir aux déclarations de Jibril Rajoub.

La Maison-Blanche a de son côté estimé jeudi qu’une éventuelle annulation de la rencontre entre Mike Pence et M. Abbas serait contre-productive.

Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, s’est quant à lui réjoui du fait que «le président Trump [soit] entré à jamais dans l’histoire de notre capitale».

Israéliens et Palestiniens n’ont plus de négociation substantielle depuis 2014, mais M. Trump a proclamé sa volonté de présider à l’accord diplomatique «ultime».

Ses émissaires, dont son gendre Jared Kushner, s’efforcent depuis des mois de ranimer cette entreprise de paix moribonde, sans faire part de leurs intentions.

«Mais comment puis-je m’asseoir en face de ces gens s’ils m’imposent l’avenir de Jérusalem comme capitale d’Israël?» s’est demandé le négociateur en chef palestinien, Saëb Erakat.

Et la vague de protestation risque de se poursuivre : Hassan Nasrallah, leader du mouvement chiite libanais Hezbollah, ennemi juré d’Israël, a de son côté appelé à «une manifestation populaire massive» lundi à Beyrouth contre ce qu’il qualifie d’«agression américaine».

L'AMBASSADE CANADIENNE DEMEURERA À TEL-AVIV

OTTAWA - Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a affirmé jeudi que l’ambassade du pays en Israël resterait à Tel-Aviv, marquant son désaccord avec le président américain Donald Trump qui a annoncé la veille le transfert à Jérusalem de son ambassade.

«Nous ne déménagerons pas notre ambassade de Tel-Aviv», a déclaré Justin Trudeau aux télévisions canadiennes en marge d’un déplacement officiel en Chine.

Le chef du gouvernement a réaffirmé la position intangible du Canada, indépendamment de la présence des conservateurs ou des libéraux au pouvoir, d’encourager la création d’un État palestinien à côté d’un État israélien.

Pour le gouvernement libéral, le statut de la ville de Jérusalem doit être défini par un accord de paix entre les parties.

«La question du statut de Jérusalem ne peut être résolue que dans le cadre d’un règlement général du conflit israélo-palestinien», avait ainsi rappelé mercredi Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères.

«Nous demeurons fermement engagés envers l’objectif d’une paix juste, globale et durable au Moyen-Orient qui inclut la création d’un État palestinien vivant côte à côte avec l’État d’Israël dans la paix et dans la sécurité», avait-elle ajouté.