Les représentantes démocrates Rashida Tlaib, llhan Omar, Alexandria Ocasio-Cortez et Ayanna Pressley ont répliqué lundi aux commentaires de Donald Trump après qu’il les ait invitées à retourner dans leurs pays «instables». Les quatre femmes sont citoyennes américaines et trois d’entre elles sont nées aux États-Unis.

Trump assume ses tweets «racistes» [VIDÉO]

WASHINGTON — Les violentes attaques de Donald Trump contre quatre élues démocrates issues de minorités ont suscité lundi des réactions indignées jusque dans son propre camp, au sein duquel des responsables l’ont appelé à s’excuser pour ses tweets «racistes».

À l’approche de la présidentielle de novembre 2020, le milliardaire semble plus déterminé que jamais à souffler sur les braises des tensions raciales pour galvaniser sa base électorale — très majoritairement blanche —, mais aussi à alimenter les divisions chez ses adversaires politiques.

Après après conseillé ce week-end aux quatre élues de «retourner» dans leur pays d’origine, le président américain a intensifié lundi ses attaques, les accusant de «haïr» l’Amérique. «Si vous n’êtes pas heureuses ici, vous pouvez partir!» a-t-il lancé depuis les jardins de la Maison-Blanche.

Lors d’une conférence de presse commune, les quatre femmes visées — Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib — ont vivement répliqué.

«On ne nous fera pas taire», a affirmé l’élue noire Ayanna Pressley, tout en appelant les Américains à «ne pas mordre à l’hameçon» et se laisser prendre par cette surenchère visant d’abord selon elle à détourner l’attention des problèmes touchant la population.

«Inacceptable»

«Est-ce que cela vous dérange que nombre de gens trouvent vos tweets racistes?» a demandé lundi un journaliste à Donald Trump. «Cela ne me dérange pas, car beaucoup de gens sont d’accord avec moi», a-t-il répondu.

La veille, le 45e président des États-Unis avait appelé les élues démocrates à retourner dans «ces endroits totalement défaillants et infestés par la criminalité dont elles viennent». Trois d’entre elles sont nées aux États-Unis.

Rompant avec le silence initial des élus républicains, la sénatrice du Maine Susan Collins a appelé le président milliardaire à revenir sur ses propos. «Le tweet du président dans lequel il disait que des élues du Congrès devraient retourner “d’où elles viennent” était totalement déplacé et devrait être retiré», a-t-elle déclaré.

Le sénateur noir républicain de Caroline du Sud Tim Scott lui a emboîté le pas, dénonçant des propos à «connotation raciste [...] inacceptables». L’élu de l’Ohio Mike Turner a lui appelé le président à «s’excuser» pour ces tweets «racistes».

Mitt Romney, ancien candidat du «Grand Old Party» à la ­Maison-Blanche, a qualifié les propos du président de «destructeurs et dégradants».

«Froid et cynique»

Dans le camp démocrate, les courts messages présidentiels ont suscité une avalanche de réactions outrées. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, a vivement dénoncé des commentaires «xénophobes» et appelé les élus à soutenir une motion devant la Chambre les condamnant explicitement.

La stratégie politique du locataire de la Maison-Blanche est claire : enfoncer des coins dans la famille démocrate, traversée de tensions.

Le président américain cible sciemment quatre jeunes élues du Congrès qui se situent sur l’aile gauche du parti et dont les désaccords avec Nancy Pelosi alimentent régulièrement la chronique à Washington.

«Avec cette sortie délibérément raciste, Donald Trump cherche à rendre les personnes ciblées plus visibles, à pousser les démocrates à les défendre et à en faire des emblèmes du parti tout entier», a estimé David Axelrod, ancien proche conseiller de Barack Obama. «C’est un calcul froid et cynique».

Quelques heures plus tard, Donald Trump validait lui-même point par point cette analyse en expliquant dans un tweet que les démocrates avaient essayé de prendre leurs distances avec les quatre élues, mais étaient «désormais contraints de les défendre».

«Cela signifie qu’ils soutiennent le socialisme, la haine d’Israël et des États-Unis!» a-t-il conclu.

Une réaction venue de l’autre côté de l’Atlantique a retenu l’attention lundi dans la capitale fédérale américaine : celle de la première ministre britannique sur le départ Theresa May, qui a jugé «totalement inacceptables» les propos du président de la première puissance mondiale.

+

TRUDEAU ÉVITE DE CRITIQUER DIRECTEMENT TRUMP

Le premier ministre Justin Trudeau a évité de critiquer directement le président Trump pour les insultes qu’il a lancées à l’endroit d’élues démocrates, se contentant de dire que «ce n’est pas comme ça que nous faisons les choses au Canada». Interrogé sur le sujet en marge d’un événement à la base militaire de Petawawa, en Ontario, M. Trudeau a affirmé que les Canadiens et les gens du monde entier «savent exactement ce [qu’il] pense de ces commentaires». Il a ajouté que «ce n’est pas comme ça que nous faisons les choses au Canada».

M. Trudeau a poursuivi en disant que la diversité du Canada était «l’une de ses plus grandes forces» et «une source extraordinaire de résilience et de fierté pour les Canadiens». «Nous continuerons de défendre cela», a-t-il soutenu.  La Presse canadienne

LA PREMIÈRE MINISTRE DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE EN DÉSACCORD «COMPLET» AVEC TRUMP

La première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern s’est jointe mardi au concert de condamnations des propos xénophobes du président américain Donald Trump contre quatre élues démocrates issues de minorités.

Mme Ardern, dirigeante charismatique qui a été saluée par la presse américaine comme «l’anti-Trump», a déclaré qu’elle était fière de la diversité de son pays.

«D’habitude, je ne me mêle pas des affaires politiques des autres, mais il est évident pour beaucoup de monde que je suis complètement et totalement en désaccord avec lui», a-t-elle dit sur Radio New Zealand.

En Nouvelle-Zélande, «nous pensons que notre Parlement doit être un endroit représentatif», a poursuivi Mme Ardern. «Il doit ressembler à la Nouvelle-Zélande, être constitué de toute une palette de cultures et d’ethnies différentes». «Jamais on ne doit juger les origines de quelqu’un ou son droit, en conséquence, d’être au Parlement en tant que représentant.»  AFP