Donald Trump avait publié vendredi sur Twitter une vidéo associant des propos tenus par Ilhan Omar (photo), l’une des deux premières femmes musulmanes élues au Congrès, aux images des tours jumelles de New York en feu.

Trump accusé d’incitation à la violence contre une élue musulmane

WASHINGTON — Les élus démocrates ne décoléraient pas dimanche contre le président américain, l’accusant «d’inciter à la violence» contre une élue musulmane du Congrès, après son tweet associant des propos d’Ilhan Omar aux images des attentats du 11 septembre.

Face à la polémique, la Maison-Blanche a assuré que Donald Trump n’essayait «pas d’inciter à la violence».

La présidente démocrate de la Chambre des représentants a demandé à la police du Capitole de revoir la sécurité d’Ilhan Omar, celle de sa famille et de son équipe, indiquant que les forces de l’ordre continueraient à «surveiller et répondre aux menaces auxquelles elle fait face».

«Les mots du président pèsent énormément et sa rhétorique haineuse et incendiaire crée un véritable danger», a tonné Nancy Pelosi dimanche, dans un communiqué, exhortant le président à «retirer sa vidéo dangereuse et irrespectueuse».

Donald Trump avait publié vendredi sur Twitter une vidéo associant des propos tenus par Ilhan Omar, l’une des deux premières femmes musulmanes élues au Congrès, aux images des tours jumelles de New York en feu.

S’exprimant en mars dernier devant le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), la représentante du Minnesota à la Chambre basse avait alors estimé que l’organisation avait été fondée après les attentats du 11 septembre «parce qu’ils reconnaissaient que certaines personnes avaient fait quelque chose et que chacun d’entre nous commençait (de ce fait) à perdre accès à nos libertés citoyennes».

Des conservateurs ont accusé Ilhan Omar de minimiser, par sa formulation, l’attaque la plus meurtrière sur le sol américain.

La vidéo postée par le président républicain et visionnée plus de 9 millions de fois dimanche, a suscité un torrent de réprobations du côté démocrate.

«Rappeler à l’ordre» 

«Le président incite à la violence contre une membre du Congrès en exercice- et un groupe entier d’Américains en fonction de leur religion. C’est répugnant. C’est scandaleux», a par exemple tweeté la sénatrice candidate à l’élection présidentielle, Elizabeth Warren.

«La vie d’@IlhanMN est en danger», a aussi réagi la jeune élue de la Chambre des représentants Alexandria Ocasio-Cortez.

La Maison-Blanche a fermement défendu le président américain dimanche.

Donald Trump «n’essaie pas d’inciter à la violence contre quiconque», a justifié sa porte-parole Sarah Sanders, sur la chaîne Fox News.

«Le président ne souhaite assurément aucun mal ni aucune violence contre personne, mais (il) doit absolument rappeler à l’ordre la membre du Congrès pour, non pas un seul, mais de nombreux commentaires antisémites», a-t-elle dit sur ABC.

Sarah Sanders semblait faire ici référence à une autre polémique impliquant Ilhan Omar après de récents commentaires sur Israël jugés antisémites par de nombreux élus, y compris dans le camp démocrate.

Elle avait sous-entendu que des élus américains soutenaient Israël par intérêt financier. Elle s’était ensuite excusée publiquement.

«Merci de vous tenir à mes côtés - contre une administration qui cherche à bannir les musulmans de notre pays - dans le combat pour l’Amérique que nous méritons», a réagi sur Twitter Ilhan Omar, réfugiée somalienne, à la suite de la vidéo postée par le président républicain.

«Personne - peu importe à quel point il est corrompu, incompétent ou vicieux - ne peut menacer mon amour inconditionnel pour l’Amérique», a également tweeté la femme de 37 ans.

CAIR a été fondée en 1994 et non après les attaques du 11 septembre 2001 comme indiqué par Ilhan Omar. Cité par le Washington Post, son porte-parole explique qu’elle s’est mal exprimée et voulait dire que l’organisation avait vu ses effectifs doubler après le 11 septembre.

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LE TRANSFERT DE CLANDESTINS DANS DES «VILLES SANCTUAIRES» EST UNE «OPTION»

La Maison-Blanche a confirmé dimanche l’étude du transfert de clandestins dans des «villes sanctuaires», après une salve de tweets de Donald Trump, les démocrates l’accusant de «fabriquer le chaos», à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Les «villes sanctuaires», comme San Francisco ou Chicago, refusent d’arrêter à grande échelle les migrants en situation irrégulière, limitant leur coopération avec les agents fédéraux chargés de l’immigration.

«Cette option est sur la table», a précisé dans une interview à la chaîne ABC, Sarah Sanders, porte-parole de la Maison-Blanche, interrogée sur la possibilité de transférer des immigrés ayant traversé illégalement la frontière mexicaine et arrêtés, vers ces villes, souvent dirigées par des démocrates.

Le Washington Post avait rapporté jeudi, citant un responsable de la Maison-Blanche sous couvert d’anonymat, que l’idée avait été envisagée puis «rejetée». Mais Donald Trump lui-même, dans une salve de tweets vendredi et samedi, a confirmé toujours y songer.

Selon la presse américaine, les autorités de l’immigration ne sont pas favorables à ce plan, l’estimant inapproprié et questionnant sa légalité. Mais l’ex-magnat de l’immobilier estime être dans son bon droit.

«Les États-Unis  ont le droit légal absolu de transférer les immigrants illégaux appréhendés vers les villes sanctuaires», a-t-il tweeté samedi soir.

Sarah Sanders s’en est pris dimanche aux démocrates, les accusant de ne pas travailler avec le président républicain pour changer les lois sur l’immigration.

«Les démocrates affirment encore et toujours qu’ils soutiennent des frontières ouvertes, qu’ils supportent les villes sanctuaires. Alors, partageons un peu ce fardeau», a-t-elle poursuivi.

L’opposition a fortement critiqué un plan qui, selon elle, n’est pas légal.

«C’est une nouvelle fois le chaos organisé qu’il a créé ces deux dernières années à la frontière», a estimé, sur la chaîne ABC, Bennie Thompson, président de la Commission sur la Sécurité intérieure à la Chambre des représentants.

Donald Trump a fait de la lutte contre l’immigration illégale son cheval de bataille et a dépeint les milliers de migrants venus d’Amérique centrale ces derniers mois comme une menace à la sécurité nationale, accusant régulièrement les démocrates de laxisme.

Il a réclamé, en vain jusqu’ici en l’absence d’accord au Congrès, une refonte profonde des lois sur l’immigration, jugeant que les textes en vigueur aux États-Unis faisaient partie «des plus stupides au monde».

La porte-parole de M. Trump a toutefois assuré dimanche que l’option du transfert de clandestins vers les villes sanctuaires n’était pas «le premier choix». AFP