La Nasa et le patron de SpaceX, Elon Musk, ont confirmé samedi matin que la météo, bien qu’incertaine, ne stopperait pas les préparatifs pour un décollage à 15H22 (19H22 GMT) du centre spatial Kennedy, sur la côte atlantique en Floride, sous les yeux du président Donald Trump.
La Nasa et le patron de SpaceX, Elon Musk, ont confirmé samedi matin que la météo, bien qu’incertaine, ne stopperait pas les préparatifs pour un décollage à 15H22 (19H22 GMT) du centre spatial Kennedy, sur la côte atlantique en Floride, sous les yeux du président Donald Trump.

SpaceX a lancé deux astronautes dans l’espace

CENTRE SPATIAL KENNEDY — La société américaine SpaceX a lancé samedi depuis la Floride deux astronautes de la NASA dans l’espace, brisant six décennies de monopole des États pour les vols habités, et offrant à l’Amérique un nouveau moyen de transport spatial après neuf ans d’interruption.

Petit point brûlant s’évanouissant dans le ciel, les astronautes Bob Behnken et Doug Hurley se sont retrouvés propulsés en dix minutes 200 km au-dessus des océans, filant à 20 fois la vitesse du son vers la Station spatiale internationale qu’ils devraient rattraper dimanche si tout va bien.

«Félicitations (...) pour ce premier voyage habité pour Falcon 9, c’était incroyable», a dit l’astronaute Doug Hurley, commandant du vaisseau, filmé tout le long avec son coéquipier par une caméra à bord.

Les deux hommes ont ensuite procédé à des tests de la capsule en orbite, notamment une prise manuelle des commandes du vaisseau qui est entièrement automatisé, et retiré leurs combinaisons, une fois en apesanteur dans le vide spatial.

Alors que le mauvais temps menaçait de provoquer un nouveau report, la fusée construite par SpaceX près de Los Angeles a décollé sans encombre, dans un ciel finalement majoritairement bleu, à 15H22 du centre spatial Kennedy, sous les yeux de dizaines de milliers de personnes installés le long des plages de la zone, et de Donald Trump, venu assister en personne à ce que la NASA appelle l’aube d’une nouvelle ère spatiale.

«D'anciens dirigeants ont mis les États-Unis à la merci de pays étrangers pour envoyer nos astronautes en orbite. C'est fini», a-t-il déclaré dans une allusion au fait que depuis la fin des navettes spatiales en 2011, les fusées russes envoyaient les Américains vers l'ISS.

«Le lancement d'aujourd'hui démontre que l'avenir appartient à l'industrie spatiale privée», a-t-il dit, après avoir fait applaudir Elon Musk, le fondateur de SpaceX en 2002.

Le président Donald Trump était présent pour le lancement de la fusée. 

Nouveau modèle économique

«Je suis submergé d'émotion», a dit le patron lors d'une conférence de presse plus tard. «J'ai du mal à parler, cela fait 18 ans que nous travaillions avec cet objectif. J'ai du mal à croire que c'est arrivé».

La mission peut sembler un pas modeste dans l’exploration spatiale: «Bob» et «Doug» n’iront ni sur la Lune ni vers Mars, seulement dans la vieille station spatiale, à 400 km de la Terre, où Russes et Américains et d’autres vont et viennent depuis 1998.

La Nasa, pourtant, y voit une «révolution», car SpaceX va redonner aux États-Unis un accès à l’espace, low-cost, moins cher que ses programmes précédents. Pour trois milliards accordés depuis 2011, SpaceX a entièrement développé un nouveau taxi spatial et promis à sa cliente six allers-retours vers l’ISS.

Ce faisant, elle a battu le géant Boeing, dont la capsule Starliner a raté un vol d’essai à vide l’an dernier.

Ajoutant à la mythologie naissante de la société, le lancement s’est fait depuis le pas 39A d’où décollèrent les missions Apollo d’exploration de la Lune dans les années 1960 et 1970, réaménagé par SpaceX.

«Nous n'avions plus vu d'astronautes américains s'envoler du territoire américain à bord de fusées américaines depuis neuf ans», a dit l'administrateur de la Nasa, Jim Bridenstine. «Aujourd'hui, nous l'avons refait».

Pour Elon Musk, génial et impétueux entrepreneur obsédé par la planète rouge, les sauts de puce à 400 km de la Terre ne sont qu'une étape, «une première étape dans notre voyage pour établir une civilisation sur Mars», et faire de l'humanité une «espèce multiplanétaire».

Hollywood

La confiance a dû se gagner. Elon Musk ne connaissait rien aux fusées quand il a fondé SpaceX en 2002. Ses trois premiers lancements échouèrent. Une fusée a explosé au sol avec un précieux satellite dans sa coiffe, une autre peu après le lancement avec un ravitaillement pour l’ISS. L’an dernier, la capsule Dragon elle-même a explosé lors d’un test des moteurs au sol. Le programme aurait dû commencer en 2017.

In fine, les responsables de la Nasa ont donné le feu vert pour confier à SpaceX deux de ses astronautes. Ils parlent de ce partenariat dans des termes extrêmement laudateurs: la responsable des vols commerciaux habités a évoqué «les miracles» accomplis par la collaboration des deux équipes.

Samedi dans la mythique salle d’allumage du centre Kennedy, ce n’était pas un homme de la Nasa qui a donné le «go» ultime pour le décollage, mais le directeur de lancement de SpaceX, Michael Taylor, les officiels de l’agence spatiale américaine n’ayant pas de rôle formel dans le compte à rebours.

Crew Dragon est une capsule comme Apollo, mais version XXIe siècle. Des écrans tactiles ont remplacé boutons et manettes. L’intérieur est dominé par le blanc, l’éclairage plus subtil. Un seul cordon «ombilical» relie les combinaisons aux sièges pour fournir air frais et communications aux deux hommes, habillés de combinaisons spatiales ajustées, dessinées avec l’aide d’un costumier d’Hollywood.

Contrairement aux navettes, dont une a explosé en 1986 après le décollage (Challenger), Dragon peut s’éjecter en urgence si la fusée a un problème.

Si elle est certifiée sûre après sa mission dans l’espace, qui pourrait durer jusqu’en août, les Américains ne dépendront plus des Russes pour accéder à l’espace: depuis 2011, les Soyouz étaient les seuls taxis spatiaux disponibles.

Les acheminements depuis la Floride redeviendront réguliers, avec quatre astronautes à bord. SpaceX entend aussi faire voyager des passagers privés en orbite, voire dans l’ISS, peut-être l’an prochain.