Le pape François a refusé en mars la demande de démission de l'archevêque de Lyon (centre-est) Philippe Barbarin, condamné à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'agressions sexuelles commises dans son diocèse.

Scandales dans l'Église : quand des Français renient leur baptême

PARIS — Scandales de pédophilie, attitude du pape : en réaction, des catholiques français demandent à ce que leur acte de baptême soit radié des registres, un mouvement à l'ampleur difficile à mesurer, mais qui témoigne d'un acte de "rupture" avec l'Église.

Anne-Lise, 50 ans, qui a suivi le catéchisme jusqu'à la confirmation, se «sentait catholique» et «dans la culture chrétienne», même si elle n'a pas baptisé ses enfants et ne s'est pas mariée à l'Église. Mais il y a un mois, elle a écrit à l'évêque de Gap et d'Embrun, dans les Alpes françaises, pour lui faire part du «reniement» de son baptême.

C'est «à la fois le film de François Ozon», Grâce à Dieu, sur des victimes de pédophilie «et la réaction du pape au sujet du cardinal Barbarin» qui l'a poussée à cette démarche, dit-elle à l'AFP.

Le pape François a refusé en mars la demande de démission de l'archevêque de Lyon (centre-est) Philippe Barbarin, condamné à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'agressions sexuelles commises dans son diocèse.

«Ça me paraissait contradictoire avec le message du Christ.»

Le geste lui a coûté: «je faisais partie d'une grande famille et j'ai coupé ces liens-là». Mais elle espère qu'ils seront nombreux à l'imiter, «pour faire masse».

Olivier, 50 ans, réfléchissait lui depuis «quelques années» à apostasier. Se définissant comme «croyant», il ne va plus à la messe depuis une vingtaine d'années, car «lassé des discours de repentance, de péché». «La répétition des affaires de pédophilie» et leur ampleur «en Irlande, aux États-Unis, en France» l'ont particulièrement indigné.

L'élément déclencheur, pour cet informaticien dont le frère est prêtre ? «L'affaire Barbarin, le fait que des prêtres laissent des prédateurs avec des enfants en connaissance de cause.»

Début mars, il a écrit au Vatican, puis à l'évêque de Beauvais (nord), le diocèse de son lieu de baptême. Dans sa lettre, il fait valoir que «puisque l'Église catholique n'est toujours pas en capacité, de par le monde [...], de se réformer pour protéger ses brebis», il ne lui est «plus possible de se dire catholique».

Mention dans la marge 

Guy, un ancien ingénieur dans l'aéronautique de 65 ans, dit avoir lui-même été violé à l'âge de 11 ans par un prêtre, des faits qu'il n'a «jamais pu dénoncer». Adulte, il «s'oppose à la religion», et se dit aujourd'hui «sérieusement anticlérical».

Après avoir vu le film de François Ozon et avoir été en contact avec l'association lyonnaise de victimes La Parole Libérée à sa création en 2015, il vient de faire sa demande de «radiation» - il insiste sur le terme, car il ne veut pas simplement «renier».

Marie, elle, a été baptisée «pour faire plaisir à sa grand-mère paternelle» et se dit «pas croyante». Elle a pourtant rédigé sa lettre d'apostasie en septembre, après avoir vu qu'en Argentine - pays du pape François - quelques jours après le rejet par le Sénat du droit à l'avortement, 3000 Argentins avaient fait la démarche collectivement pour protester contre le poids de l'Église dans le débat public.

«C'était hypocrite de rester baptisée, ça ne correspondait pas à mes valeurs», explique la jeune femme. «C'est un acte public, officiel, qui est posé» à travers cette demande, reconnaît Emmanuel Coquet, l'un des secrétaires généraux adjoints de la Conférence des évêques de France (CEF). En quelque sorte «une profession faite contre la foi».

Mais le baptême étant considéré par l'Église «comme un fait, historique, un sacrement qu'on ne peut effacer, on ne raye pas quelqu'un d'un registre, mais on inscrit une mention dans la marge», sans effacer ni le nom ni la date, souligne-t-il.

En revanche, si une personne souhaite plus tard se marier religieusement, «il lui faudra refaire profession de foi catholique».

Un droit

Difficile d'obtenir des statistiques sur ce sujet. Ces dernières semaines, «quelques évêques témoignent d'une augmentation des demandes», dit-on à la CEF. A contrario, il y a «une hausse des demandes de baptêmes d'adultes et d'adolescents», ajoute-t-on.

Le site Apostasie pour tous, qui propose une lettre type, enregistre «des pics de fréquentation en fonction de l'actualité», selon l'un des co-concepteurs du site, Rémi Duval.

Depuis sa création en 2013, trois pics sont à noter selon lui: le premier pendant les débats sur le mariage homosexuel, le deuxième en août dernier lors de propos du pape sur l'homosexualité et le troisième ces dernières semaines - plus grosse affluence depuis 2013 - avec le refus du pape d'accepter la démission du cardinal Barbarin.

Ce développeur web, ex-enfant de choeur et fils d'une prof de catéchisme, mais qui dit n'avoir «jamais cru en Dieu», avait décidé de lancer ce site pour faciliter les démarches. «Afin de montrer à l'Église qu'on n'est pas toujours d'accord avec ses prises de position».

Plusieurs personnes demandent à ce que leur nom soit véritablement effacé des registres paroissiaux, notamment au regard de l'entrée en vigueur en mai 2018 du Réglement européen sur la protection des données et du «droit à l'oubli».

Interrogée, la Cnil affirme avoir été saisie d'une dizaine de plaintes de personnes réclamant cet effacement.

Jean Baubérot, ancien titulaire de la chaire histoire et sociologie de la laïcité à l'École pratique des Hautes études, est favorable à ce droit, «qui traduit une volonté de rupture avec l’Église».

Pour cet historien, «on baptise des enfants à un âge où ils sont trop jeunes, donc pas volontaires» et «l'adulte a le droit de rompre avec les choix faits par ses parents».