Des volontaires présentent une simulation pour sensibiliser aux dangers de la cohabitation avec les éléphants sauvages, dont les camps de réfugiés ont perturbé l’habitat naturel au Bangladesh.

Rohingyas: apprendre à vivre avec les éléphants

KUTUPALONG, Bangladesh — Au son d’une sirène, deux «éléphants» grandeur nature chargent un groupe de Rohingyas qui s’enfuit en courant. Une simulation qui divertit le public, mais surtout le sensibilise aux dangers de la cohabitation avec ces animaux sauvages, dont les camps ont perturbé l’habitat naturel au Bangladesh.

Sous un soleil accablant, une équipe de volontaires manœuvre habilement ces marionnettes pachydermiques à taille réelle, fabriquées de vieux vêtements cousus ensemble et soutenues par une structure en bambou, arrachant des cris de joie aux enfants qui assistent à la scène.

La menace est pourtant sérieuse : depuis un an, une dizaine de Rohingyas sont morts piétinés par des éléphants sauvages.

Plus grand camp de réfugiés du monde avec près de 600 000 âmes, la cité de tentes de Kutupalong a vu sa superficie se démultiplier avec l’exode massif de membres de la minorité musulmane rohingya à l’automne dernier. Ils fuyaient des violences en Birmanie voisine considérées par l’ONU comme une épuration ethnique menée par l’armée.

Déforestation

Collines rasées de leur végétation pour planter des cabanons sommaires, arbres abattus pour obtenir du bois pour cuisiner... Cette explosion démographique s’est accompagnée d’une déforestation de cette région reculée du sud du Bangladesh, empiétant sur le territoire de la faune locale.

En conséquence, l’homme et la bête rentrent de plus en plus en conflit.

Pour maintenir l’harmonie avec les 35 à 45 éléphants qu’on estime vivant dans la région, des séances d’entraînement sont désormais organisées pour apprendre aux réfugiés l’attitude à avoir.

«Les éléphants empruntent toujours la même route migratoire, c’est dans leur mémoire génétique. Maintenant plus de 600 000 Rohingyas se trouvent au milieu de cette route», explique Raquibul Amin, directeur Bangladesh de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), lors d’une simulation à Kutupalong.

«Le but est de démystifier l’éléphant comme un ennemi (...) et d’entraîner les gens à réagir face à eux lorsqu’ils les rencontrent», ajoute-t-il.

«Si gros» 

Des volontaires rohingyas montrent ainsi comment contenir un éléphant qui s’est aventuré dans les zones habitées, le repousser à coups de sifflet et en formant une chaîne humaine.

Enchantés de cette distraction dans un environnement où les divertissements sont rares, des enfants s’amusent à sauter dans des empreintes d’éléphant - celles-ci bien réelles - qui ont séché dans la boue d’un champ abandonné.

Pour décrire son face-à-face surprise avec l’un de ces mammifères, Rina Aktar, 10 ans, étire grand les bras pour essayer de représenter sa taille gigantesque.

«Je ramassais du bois pour le feu dans la forêt quand je l’ai vu», raconte-t-elle. «C’était si gros, je me suis juste enfui».

À l’heure où les perspectives de retour en Birmanie semblent plus au point mort que jamais, malgré les déclarations officielles, les réfugiés rohingyas doivent se préparer à davantage de rencontres impromptues avec leurs imposants voisins.

«J’ai déjà géré des éléphants trois fois depuis que je suis ici», dit Nabi Hussein, volontaire du programme du Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU, «je n’ai pas paniqué».