Brazilian Army soldiers patrol during an operation at Vila Kennedy favela in Rio de Janeiro, Brazil, on March 17, 2018. The chaos in the favelas continues despite President Michel Temer's decision a month ago to put the army in charge of Rio state's security, supposedly to bring order and resources to a failing police force. Since the military took over the command of security, the Brazilian army deployed on a permanent operation at Vila Kennedy favela, to set up a model of the Federal Security Intervention for the rest of the state. /

Rio: un enfant et deux adultes tués dans une favela

RIO DE JANEIRO — Un petit garçon d’un an, un homme et une femme ont été tués par des balles perdues lors d’une fusillade entre des trafiquants de drogue et la police vendredi dans le Complejo de Alemao, une favela du nord de Rio de Janeiro, a annoncé la police brésilienne samedi.

Ce drame survient trois jours après l’assassinat de Marielle Franco, conseillère municipale de Rio qui avait dénoncé ces dernières semaines un accroissement de la violence policière dans les favelas, quartiers populaires où les autorités mènent une guerre sans merci contre le trafic de drogue.

La police affirme avoir riposté aux tirs d’une bande de narcotrafiquants depuis une jeep volée vendredi soir. Un des trois suspects a été arrêté. La voiture criblée de balles, ainsi qu’un revolver et un fusil d’assaut, ont été confisqués.

La mère de l’enfant tué ainsi qu’un autre enfant ont été blessés dans cet échange de tirs, selon les autorités.

La chaîne TV Globo chiffre pour sa part à quatre le nombre de personnes qui ont perdu la vie dans cet échange de tirs, y compris l’enfant d’un an qui était assis dans une poussette au moment où les balles ont commencé à siffler.

Violence «hors de contrôle»

«Cette violence est hors de contrôle et notre gouvernement n’a pas de solution. Mon fils avait à peine un an. Sa vie s’est arrêtée stupidement à cause d’un système qui a provoqué la ruine de notre pays», s’est plaint le père de la jeune victime, Fabio Antonio da Silva, interrogé par TV Globo.

Ces drames font partie du quotidien des habitants des favelas, ces quartiers pauvres et souvent insalubres où s’entasse un quart de la population de Rio.

Les bandes criminelles y opèrent au grand jour, s’exhibant avec des fusils d’assaut, rackettant les riverains et enrôlant les enfants dans les trafics. La police est régulièrement accusée par les organisations de défense des droits de l’homme d’avoir la «gâchette facile», voire de pratiquer des exécutions sommaires.

Après la mort du petit garçon vendredi, la police a fait savoir que les agents impliqués étaient en train d’être interrogés et que leurs armes étaient en cours d’analyse. «Nos agents cherchent de possibles témoins et les images de caméras de surveillance», a-t-elle indiqué.

«Nous voulons en finir avec ces morts d’enfants à cause de balles perdues dans les quartiers», a affirmé le maire de Rio Marcelo Crivella en visitant samedi une autre favela, celle de Vila Kennedy. Il a également rappelé «la tragédie de la conseillère municipale assassinée par balles à neuf heures du soir. Sa fille ne la verra jamais rentrer à la maison».

Marielle Franco

Une mort qui dérange

L’assassinat mercredi de la conseillère municipale Marielle Franco, femme noire charismatique de 38 ans fortement engagée contre le racisme et la violence policière, a provoqué une intense émotion et un sentiment de révolte au Brésil, le crime ayant apparemment été commis avec des munitions de la police.

Jeudi, 50 000 personnes avaient manifesté leur colère et leur chagrin dans les rues de Rio, quelque 30 000 à Sao Paulo et des milliers d’autres dans d’autres grandes villes du pays.

TV Globo a révélé que les balles de calibre 9 mm qui ont tué la conseillère municipale et son chauffeur venaient d’un lot vendu à la police fédérale en 2006.

Les deux quotidiens de Rio, O Globo et O Dia, ont cité la phrase «combien d’autres vont devoir mourir?» publiée par Marielle Franco mardi sur les réseaux sociaux, à la veille de sa propre mort.

Elle avait écrit ce message en réaction au décès d’un jeune tué par balles alors qu’il sortait d’une église, une possible bavure policière.