S’exprimant vendredi lors d’un petit-déjeuner dans le New Hampshire, William Weld a annoncé qu’il avait créé un comité exploratoire présidentiel. Il a blâmé M. Trump pour avoir placé la nation en «grave péril».

Présidentielles 2020: Weld pourrait défier Trump

BEDFORD — L’ancien gouverneur du Massachusetts William Weld, qui avait brigué le poste de vice-président sur la liste du Parti libertarien en 2016, est devenu vendredi le premier républicain à indiquer qu’il envisage sérieusement de défier le président Donald Trump pour l’investiture du parti en vue de l’élection présidentielle de 2020.

S’exprimant vendredi lors d’un petit-déjeuner dans le New Hampshire, M. Weld a annoncé qu’il avait créé un comité exploratoire présidentiel. Il a blâmé M. Trump pour avoir placé la nation en «grave péril».

«Nous avons un président dont les priorités sont biaisées en faveur de sa promotion plutôt que pour le bien du pays, a dénoncé M. Weld. Il a peut-être une grande énergie et un talent brutal considérable, mais il ne l’utilise pas de manière à promouvoir la démocratie, la vérité, la justice et l’égalité des chances pour tous. Pour aggraver les choses, notre président est tout simplement trop instable pour assumer les responsabilités du bureau exécutif le plus important du pays.»

M. Trump pourrait devenir le premier président en exercice depuis George H.W. Bush, en 1992, à affronter un défi important lors des élections primaires. Deux anciens gouverneurs républicains, John Kasich de l’Ohio et Larry Hogan du Maryland, sont aussi intéressés par une campagne présidentielle.

M. Trump reste très populaire auprès des républicains et ne risque donc pas de perdre la nomination au GOP. Mais de telles contestations sont souvent de mauvais augure pour le président en exercice. M. Bush et Jimmy Carter ont échappé un deuxième mandat après avoir été défiés à l’interne.

«Qui?»

Invitée à commenter la campagne de M. Weld, l’attachée de presse de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a répondu : «Qui?»

Stephen Stepanek, le président du Parti républicain du New Hampshire, a rappelé le soutien antérieur de M. Weld au président Barack Obama et déclaré qu’il ne «s’attendait pas à ce que sa campagne aille très loin parmi les électeurs primaires républicains».

«Le Parti républicain est une grande tente, mais quelqu’un qui a soutenu Barack Obama en 2008 et 2012 et soutenu Hillary Clinton en 2016 en tant que candidat à la vice-présidence du Parti libertarien a vraiment besoin de se demander s’il est le bienvenu au sein du Parti républicain», a prévenu M. Stepanek dans un rapport.

Libertarien

Fiscalement conservateur, mais socialement libéral, M. Weld, âgé de 73 ans, s’était présenté sous la bannière libertarienne en 2016 avec l’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique, Gary Johnson. Ils avaient reçu environ 4,5 millions de voix, soit un peu plus de 3 % du vote national.

En dépit de la promesse faite aux libertariens qu’il resterait fidèle au parti, M. Weld est entré le 17 janvier dans le bureau du greffier de la Ville du Massachusetts où il vit et s’est réenregistré auprès du GOP, ajoutant à la spéculation qu’il défierait M. Trump lors des primaires.

M. Weld n’a pas gagné de course politique depuis sa réélection facile au poste de gouverneur de son État fortement démocrate en 1994. Il a été élu pour la première fois à ce poste en 1990, battant un candidat démocrate conservateur, et est rapidement devenu l’un des gouverneurs les plus populaires de l’histoire récente du Massachusetts.

À l’encontre des Républicains

Tout en maintenant le cap sur les dépenses et les taxes, M. Weld, en tant que gouverneur, a adopté des positions libérales opposées aux républicains nationaux sur l’avortement et les droits des homosexuels. Son style discret et son esprit vif semblent également bien séduire les électeurs, de même que son penchant pour l’imprévu : il a déjà mis fin à une conférence de presse pour vanter les progrès réalisés en matière de nettoyage de la rivière Charles polluée de Boston en plongeant entièrement vêtu dans la voie navigable.

Après avoir remporté un second mandat, l’attention de M. Weld a semblé se détourner du bureau du gouverneur et s’orienter vers d’autres poursuites politiques. Il a brièvement présenté sa candidature à la présidence en 1996 avant de monter une campagne infructueuse cette année-là pour renverser le sénateur démocrate John Kerry.

Il a démissionné de son poste de gouverneur l’année suivante, après que le président de l’époque, Bill Clinton, l’eut nommé ambassadeur au Mexique, mais il n’occupera jamais ce poste. Le sénateur républicain Jesse Helms, de la Caroline du Nord, a refusé de convoquer une audience concernant sa candidature, affirmant notamment que le soutien de M. Weld envers la marijuana médicale et les programmes d’échange de seringues l’empêchait de servir dans un pays où le trafic de drogue est florissant.

M. Weld a répliqué à M. Helms, laissant entendre que son refus d’organiser une audience publique concernant un poste d’ambassadeur très visible était antiaméricain.

M. Weld quitta l’arène publique, mais s’installa plus tard à New York où il fit une brève tentative infructueuse pour devenir la première personne, depuis Sam Houston, à occuper le poste de gouverneur de deux États différents.

À son retour au Massachusetts, il a rejoint ML Strategies, la branche de lobbying du cabinet d’avocats très réputé Mintz Levin. Il a consulté pour le magnat des casinos Steve Wynn au cours d’un processus réglementaire qui a abouti en 2014, quand la société Wynn a obtenu une licence convoitée pour exploiter le seul casino de la région de Boston.

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DÉMOCRATES: BIDEN ET SANDERS SE FONT ATTENDRE

WASHINGTON — Avec une dizaine de démocrates déjà dans la course à la présidentielle américaine de 2020, et tandis qu’une dizaine d’autres y réfléchissent sérieusement, une question subsiste dans le parti d’opposition à Donald Trump : où sont Joe Biden et Bernie Sanders?

Les deux plus gros noms démocrates (un ancien vice-président et un sénateur qui a tenu la dragée haute à Hillary Clinton en 2016) n’ont pas encore annoncé leur candidature à la primaire, même si à Washington les rumeurs veulent que l’annonce de Joe Biden soit imminente.

Selon plusieurs médias américains, l’ancien vice-président de Barack Obama (2009-2017) serait sur le point de déclarer sa candidature.

«Ils ont tous les deux encore du temps. Ils attendent la bonne fenêtre de tir», explique à l’AFP Calista Lake, une sondeuse démocrate.

Plusieurs sénateurs et sénatrices se sont déjà lancés dans la course, les élections de mi-mandat de 2018 à peine finies : Kamala Harris, Amy Klobuchar, Elizabeth Warren, Cory Booker...

Mais si ces «petits» candidats se lancent aussi tôt, selon les spécialistes, c’est qu’ils font de nécessité vertu : ils partent de plus loin.

Joe Biden et Bernie Sanders ont, eux, le «luxe» de pouvoir attendre, explique Mike Mikus, stratège du parti démocrate.

Cela n’empêche pas Joe Biden de faire la course en tête des premiers sondages. Cette semaine, une enquête nationale de l’institut Morning Consult lui a donné 29 % d’intentions de vote devant... Bernie Sanders (15 %).

Derrière eux, Kamala Harris

(13 %), Elizabeth Warren (8 %), Beto O’Rourke (7 %) et Cory Booker (5 %).

L’attrait principal des deux septuagénaires réside dans une qualité cruciale : la menace qu’ils représentent pour le président républicain. Tant par leur capacité à séduire ses électeurs que par leur sens de la formule, qui leur permettrait de répondre sans problème aux attaques personnelles de M. Trump.

«Nous avons beaucoup de bons candidats, mais si on regarde qui peut battre Donald Trump», Joe Biden et Bernie Sanders «ont un avantage», appuie la sondeuse Calista Lake.

Selon elle, l’âge des deux hommes (76 ans pour M. Biden, 77 pour Sanders) n’est pas un problème.

«Les gens veulent du changement, mais ça ne veut pas nécessairement dire de la jeunesse», explique-t-elle. AFP