Le président chinois Xi Jinping et le leader nord-coréen Kim Jong-un se serrent la main à la suite d’une réunion entre les deux hommes tenue à Pékin.

Pour sa première visite à l’étranger, Kim Jong-un se rend à Pékin

SÉOUL — Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a déclaré au président chinois Xi Jinping que faire de Pékin sa première destination à l’étranger relevait de son «devoir solennel» et l’a invité à se rendre à Pyongyang, a annoncé mercredi l’agence de presse nord-coréenne KCNA.

Les relations entre le Nord et son principal allié et protecteur s’étaient quelque peu dégradées ces dernières années. La Chine s’était montrée de plus en plus irritée par les ambitions nucléaires de son imprévisible voisin, faisant preuve récemment de bonne volonté en ce qui concerne l’application des sanctions de l’ONU contre Pyongyang.

Lors d’un banquet à Pékin offert par M. Xi, M. Kim a cependant déclaré : «Il n’y a aucun doute que ma première visite à l’étranger [devait être] pour la capitale chinoise».

«C’est mon devoir solennel, étant quelqu’un qui doit chérir et poursuivre les relations RPDC-RPC à travers les générations», a-t-il déclaré, utilisant les acronymes des noms officiels des deux pays, la République populaire démocratique de Corée et la République populaire de Chine.

Xi invité en Corée du Nord

Au nom du parti au pouvoir et du gouvernement nord-coréen, M. Kim a invité M. Xi «à effectuer une visite officielle en RPDC à un moment approprié, et l’invitation a été acceptée avec plaisir».

Une telle visite en Corée du Nord de la part d’un secrétaire général du Parti communiste chinois en exercice et président chinois serait extrêmement inhabituelle. 

La dernière en date fut celle de Hu Jintao en 2005. En 2009, l’ancien premier ministre Wen Jiabao fut le dernier responsable chinois de haut rang à se rendre en Corée du Nord. 

Pendant des décennies, a poursuivi M. Kim, les peuples chinois et nord-coréen «ont sacrifié leur vie et versé leur sang pour leur combat commun, ont expérimenté la réalité que leurs vies sont indivisibles, et les deux voisins séparés seulement par un fleuve sont conscients de l’importance de la paix et la stabilité régionale». 

Le numéro un nord-coréen a encore promis de «renforcer et de rehausser» les relations bilatérales, «le noble héritage transmis par nos prédécesseurs».

KCNA a présenté cette visite comme non officielle, ajoutant qu’elle avait duré de dimanche à mercredi. Cela impliquerait que le train blindé du dirigeant nord-coréen est entré en Chine au cours du week-end avant de rentrer en Corée du Nord tôt mercredi après être parti de Pékin mardi après-midi.

M. Kim était accompagné de sa femme Ri Sol Ju ainsi que de plusieurs dignitaires, poursuit KCNA, sans mentionner sa sœur Kim Yo Jong, qui avait joué le rôle d’émissaire spécial de Pyongyang lors des Jeux olympiques d’hiver organisés au Sud en février.

Après deux ans d’escalade, ces JO avaient été le déclencheur d’activités diplomatiques tous azimuts sans précédent dans la péninsule.

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QUE SAIT-ON DU MYSTÉRIEUX TRAIN NORD-CORÉEN?

La présence à Pékin d’un train lourdement blindé vert foncé orné de lignes jaunes très similaire réservé à celui de la famille Kim avait mis la puce à l'oreille que Kim Jong-un était en visite.

TOKYO — Quand les leaders de la Corée du Nord ont besoin de se déplacer, ils utilisent un train qui est sans égal.

Rien d’étonnant, donc, que l’apparition soudaine à Pékin d’un train vert foncé orné de lignes jaunes, et très similaire à celui réservé à la famille Kim, en ait poussé plusieurs à conclure que le dictateur nord-coréen Kim Jong-un avait décidé de rendre visite à ses voisins.

Le train est arrivé lundi et est reparti mardi, mais on ne sait toujours pas qui se trouvait à bord.

Mais si c’était Kim Jong-un, il s’agirait de son premier déplacement connu à l’étranger depuis qu’il a pris la tête de la Corée du Nord après la mort de son père, Kim Jong-il, en décembre 2011.

Et aussi étrange que cela puisse paraître, cette façon de voyager n’aurait rien de particulière.

Voici ce qu’on sait au sujet de la version personnelle de l’Orient Express de la famille Kim.

POUR LE TRAVAIL... ET POUR LE PLAISIR

On ne sait pas combien de fois Kim Jong-un a utilisé le train pour se déplacer en Corée du Nord.

Mais son père - qui détestait prendre l’avion et qui adorait faire la fête - s’était apparemment assuré qu’il ne s’ennuierait jamais à bord, qu’il s’agisse de beuveries épiques ou de séances de karaoké.

Selon ce qu’a raconté en 2002 Konstantin Pulikovski, un Russe qui a accompagné Kim Jong-il lors d’un voyage de trois semaines jusqu’à Moscou en 2001, le train était chargé de caisses de Bordeaux et de Beaujolais importées de Paris. Les passagers pouvaient se régaler de homard et de porc.

La version officielle du train est quelque peu différente.

La maquette d’un des wagons est ouverte en permanence au mausolée où sont exposés en chapelle ardente Kim Jong-il et son père Kim Il-sung. Selon la version officielle, Kim Jong-il a été terrassé par une crise cardiaque à bord du train.

La maquette est accompagnée d’une carte qui présente tous les déplacements effectués par les leaders nord-coréens. On voit à l’intérieur du wagon un bureau, des chaises et un divan - preuve, disent les guides, que les leaders travaillent sans relâche pour le bien-être du peuple.

SÉCURITÉ SUR LES RAILS

Kim Jong-il a effectué une dizaine de déplacements à l’étranger, surtout en Chine et presque toujours en train. Le premier est survenu en 1983, alors qu’il était le dauphin apparent de Kim Il-sung. C’est la seule fois où on peut confirmer que le train a été utilisé par quelqu’un d’autre que le leader suprême du pays - une autre raison pour laquelle plusieurs concluent que Kim Jong-un était le mystérieux visiteur qui s’est rendu à Pékin.

Le premier déplacement à l’étranger de Kim Jong-il en tant que leader s’est produit en 2000, six ans après la mort de son père. Six années se sont maintenant écoulées depuis la mort de Kim Jong-il.

Mais le train lourdement blindé se fait surtout remarquer pour la sécurité qui l’entoure.

Selon la presse sud-coréenne, la Corée du Nord dispose de 90 wagons qui sont divisés en trois trains qui voyagent ensemble - le premier pour vérifier pour l’état des rails, le deuxième pour transporter le leader et sa garde rapprochée, et le dernier pour tous les autres.

Des systèmes de communication sophistiqués et des télévisions à écran plat ont été installés à bord pour que le leader puisse être informé et transmettre ses ordres.

ON PEUT NIER DE FAÇON PLAUSIBLE

Les voyages des prédécesseurs de Kim Jong-un étaient souvent gardés secrets tant qu’ils n’étaient pas terminés.

Les experts sont incapables de dire combien de fois les leaders nord-coréens se sont rendus à l’étranger puisque plusieurs de ces déplacements n’ont jamais été rendus publics. N’étant que la courroie de transmission du régime, la presse chinoise et nord-coréenne est inutile en la matière.

Le voyage de Kim Jong-il en Chine en 2003, par exemple, n’a été annoncé que plusieurs jours plus tard. Quand il a pris le train pour traverser la Russie pour aller rencontrer le président Dimitri Medvedev en 2009, on a apparemment interdit aux photographes locaux d’immortaliser le tout. Les résidants de villes entières en Sibérie ont été confinés à l’intérieur lors du passage du train.

Cette fois-ci a été quelque peu différente.

La nouvelle de l’arrivée du train à Pékin s’est propagée en raison des images mises en ligne par des citoyens ordinaires. La presse japonaise s’est rapidement emparée de l’histoire, provoquant une frénésie médiatique à travers la ville.

À l’époque des réseaux sociaux et des téléphones portables, on dirait bien que la discrétion est une chose du passé.  AP