Même s’ils ont reçu environ 15 % moins de votes que les démocrates, les républicains de Donald Trump ont gagné deux sièges au Sénat.

Plus de votes mènent-ils à la victoire?

VÉRIFICATION FAITE / L’AFFIRMATION: «Le découpage opportuniste de la carte électorale, la suppression de votes et les procédures électorales douteuses gardent des républicains en poste [la nuit dernière, les démocrates ont reçu environ 15 % plus de votes au Sénat que les républicains mais ont perdu deux sièges quand même]», analysait le chroniqueur du magazine Maclean’s Scott Gilmore, dans la foulée des élections américaines de mi-mandat. Cette idée que les démocrates auraient dû faire des gains parce qu’ils ont obtenu nettement plus de voix est revenue souvent sur les médias sociaux, mercredi, alors voyons ce qu’il en est.

LES FAITS

En date de mercredi après-midi (la compilation des résultats n’était pas finie partout), les candidats démocrates au Sénat avaient obtenu 45,6 millions de votes contre 33,3 millions pour les républicains. Alors à première vue, oui, cela peut sembler anormal.

Mais le nombre total des voix est une donnée beaucoup moins parlante qu’il n’y paraît parce que seulement le tiers des sièges du sénat sont en jeu à tous les deux ans (les mandats sont de six ans). Ce sont 33 postes de sénateurs qui étaient ouverts mardi, plus 2 autres «élections spéciales» à cause de départs prématurés. Du nombre, 24 étaient détenus par des démocrates, 9 par des républicains et 2 par des indépendants. Les sièges en jeu s’adonnaient à se trouver disproportionnellement dans des régions plus démocrates, qui avaient donc plus à perdre qu’à gagner, du moins en principe.

En outre, des bastions démocrates très populeux, comme New York et la Californie, étaient appelés aux urnes. Ces endroits ont donné de fortes majorités aux candidats démocrates (il n’y avait même pas de républicain en lice en Californie, que des démocrates!) ce qui a amplifié l’avantage des «bleus» en termes de voix — mais cela ne veut pas dire grand-chose.

Quand on compare les élections de 2012 et de 2018, on constate que le nombre de votes n’a presque pas bougé dans les 33 États concernés. Au total (sauf les deux sièges détenus par des indépendants), les appuis républicains y ont progressé d’environ 1 point par rapport à 2012 (46 vs 45 %), tandis que les démocrates ont perdu 1 point (de 54 vs 54 %) d’après une compilation maison. Pas étonnant, donc, que presque tous les sièges en jeu (sauf 4) ont été conservés par le parti qui les détenait déjà.

Notons que le portrait fut différent (et sans doute plus complet) pour les élections à la Chambre des représentants, où le New York Times a mesuré un glissement moyen de 10 points par rapport aux élections de 2016 en faveur du parti démocrate — qui possède maintenant une majorité de représentants. Cette «vague bleue» ne fut toutefois pas d’une très grande amplitude, dans l’ensemble.

LE VERDICT

Pas vrai. Le système électoral américain a des défauts, mais le fait que les démocrates aient perdu deux sièges au Sénat même s’ils ont remporté nettement plus de voix que les républicains n’en est pas un symptôme. C’est plutôt le résultat du fait que les sièges en jeu se trouvaient en grande majorité en territoire démocrate.