Durant la journée, des coups de feu ont été entendus à Khartoum, où des paramilitaires, les Forces de soutien rapide, ont été déployés ainsi que dans d’autres villes du pays en proie à une contestation inédite depuis décembre qui a abouti à la destitution du président Omar el-Béchir le 11 avril.

Plus de 100 morts dans la répression au Soudan

KHARTOUM — Les chefs du mouvement de contestation au Soudan ont rejeté mercredi l’offre de dialogue des généraux au pouvoir dans un pays plongé dans l’instabilité après la répression des manifestants qui a fait plus de 100 morts depuis lundi selon un comité de médecins.

Face aux craintes d’une aggravation de la situation, l’ONU a décidé de relocaliser son personnel au Soudan, alors que le Royaume-Uni a rappelé les employés «non essentiels» de son ambassade à Khartoum et déconseillé aux Britanniques de se rendre dans ce pays.

Durant la journée, des coups de feu ont été entendus dans les rues de la capitale soudanaise Khartoum, où des paramilitaires, les Forces de soutien rapide (RSF), ont été déployés ainsi que dans d’autres villes du pays en proie à une contestation inédite depuis décembre qui a abouti à la destitution du président Omar el-Béchir le 11 avril.

Considérées comme issues des anciennes milices des Janjawid accusées d’atrocités durant le conflit au Darfour dans l’ouest soudanais, ces forces sont accusées par les chefs de la contestation d’être les principaux auteurs de la dispersion brutale des rassemblements, principalement le sit-in devant le QG de l’armée lundi, qualifiée de «massacre».

Un dernier bilan du comité central des médecins a fait état de 101 civils tués et de plus de 300 blessés en trois jours, la grande majorité dans la dispersion du sit-in. Parmi les morts, 61 ont été recensés dans des hôpitaux et 40 retrouvés dans les eaux du Nil, a dit cette source sans autre détail.

En raison de l’insécurité, la capitale ressemble quasiment à une ville fantôme en ce jour de célébration de la fête musulmane du Fitr, marquant la fin du ramadan : boutiques au rideau de fer baissé, circulation très réduite, seules quelques personnes se sont aventurées dans la rue.

L’Internet mobile n’est plus accessible depuis lundi, alors que les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans le mouvement de contestation.

Faisant craindre un conflit ouvert, les chefs de la contestation, qui réclame depuis la chute de M. Béchir le transfert du pouvoir aux civils, ont rejeté l’offre de dialogue du Conseil militaire de transition qui a succédé au président déchu et est accusé d’avoir ordonné la répression.

«Le peuple soudanais n’est ouvert ni aux négociations ni à ce Conseil militaire qui tue des gens», a indiqué à l’AFP Amjad Farid, porte-parole de l’Association des professionnels soudanais, l’une des formations clés de la contestation.

Négos suspendues

Les négociations entre les deux camps ont été suspendues le 20 mai, chaque camp refusant de céder. Et les milliers de manifestants au sit-in qui était en place devant le QG de l’armée depuis le 6 avril exigeaient le transfert du pouvoir aux civils.

Les généraux nient avoir «dispersé par la force» le sit-in, évoquant une «opération de nettoyage» à proximité qui a mal tourné.

Dans un discours télévisé plus tôt dans la journée, le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane, a dit «regretter ce qu’il s’est passé» à Khartoum lundi, et affirmé être «ouvert» «aux négociations sans restriction», mettant en avant «l’intérêt national» et appelant à ouvrir «une nouvelle page».

La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) et deux organisations soudanaises des droits humains ont jugé «nécessaire» une «action urgente» de la communauté internationale au Soudan face à la «répression violente» de la contestation par les RSF et d’autres forces de sécurité».

La communauté internationale, y compris Ryad, un allié des généraux soudanais, a appelé à la reprise du dialogue.