Keiko Fujimori est détenue depuis le 31 octobre 2018 dans le cadre du scandale Odebrecht, du nom d’un géant brésilien du bâtiment qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants politiques latino-américains.

Pérou: la Cour ordonne la libération de Keiko Fujimori

LIMA — La Cour constitutionnelle du Pérou a ordonné lundi la libération de la chef de l’opposition Keiko Fujimori, en détention préventive depuis plus d’un an dans une affaire de corruption.

«Le tribunal a accepté» le recours présenté en faveur de Mme Fujimori par sa sœur Sachi Fujimori, a annoncé Ernesto Blume, le président de la Cour constitutionnelle, plus haute instance judiciaire du pays. La décision est sans appel.

Keiko Fujimori, 44 ans, ne sera pas toutefois libérée immédiatement, de nombreuses formalités devant encore être respectées.

Elle est détenue depuis le 31 octobre 2018 dans le cadre du scandale Odebrecht, du nom d’un géant brésilien du bâtiment qui a reconnu avoir versé des pots de vins à de nombreux dirigeants politiques latino-américains, dont quatre anciens présidents péruviens.

Pour éviter des interférences de la chef de l’opposition dans l’enquête, le procureur José Domingo Pérez avait réclamé 36 mois de détention préventive pour la fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000). La durée avait ensuite été réduite à 18 mois par la Cour suprême.

Ernesto Blume a toutefois précisé que la décision de la Cour constitutionnelle ne concernait pas le fond de l’affaire qui fait toujours l’objet d’une enquête judiciaire.

«Justice est faite»

«Justice a été rendue, une justice divine. Dieu est grand», a réagi le mari de Keiko Fujimori, l’Américain Vito Villanella, qui avait entamé une grève de la faim pour réclamer la libération de sa femme.

Des dizaines de partisans de la chef de l’opposition se sont rassemblées devant la prison pour femmes de Chorrillos, dans le sud de la capitale péruvienne, pour fêter cette décision.

«Justice a été faite. Keiko est une femme innocente», a déclaré une militante fujimoriste, Mabel Alcalà.

Mais plusieurs centaines de Péruviens se sont également rassemblés dans le centre de Lima pour protester contre la décision de la Cour suprême.

«C’est une décision injuste, c’est comme une insulte à notre pays», a ainsi déclaré un de ces manifestants à la chaîne de télévison N.

Keiko Fujimori, chef du parti Fuerza Popular (droite populiste), est accusée d’avoir reçu des fonds d’Odebrecht pour sa campagne électorale de 2011.

Considérée comme la personne la plus influente du Pérou entre 2016 et 2018, Keiko Fujimori trouvera à sa sortie de prison une situatition politique nettement moins favorable, tant sa popularité a chuté.

Des élections législatives anticipées ont été convoquées pour le 26 janvier par le président Martin Vizcarra, après la dissolution du Parlement le 30 septembre, dans le cadre de sa croisade anticorruption. Il a notamment fait ratifier par référendum en 2018 une réforme qui prévoit que les députés actuels ne pourront pas être réélus lors des prochaines législatives.