Billy Graham et le président Richard Nixon à Charlotte, en Caroline du Nord, en octobre 1971

Mort du «pasteur de l’Amérique» Billy Graham

WASHINGTON - L’influent prédicateur évangéliste américain Billy Graham, interlocuteur incontournable des présidents des États-Unis pendant plusieurs décennies, est mort à 99 ans, a annoncé mercredi sa fondation.

William Franklin Graham Jr est décédé mercredi matin chez lui à Montreat, en Caroline du Nord (sud-est des États-Unis), a tweeté la Billy Graham Evangelistic Association (BGEA), qu’il avait fondée en 1950.

De santé fragile ces dernières années, il souffrait notamment de la maladie de Parkinson et d’un cancer de la prostate.

«Le GRAND Billy Graham est mort. Il était unique! Il manquera aux chrétiens et à toutes les religions. Un homme très spécial», a tweeté le président américain Donald Trump.

«Mon plus grand réconfort vient du fait que j’appartiens au Christ et que, peu importe ce qu’il se passe, il ne me quittera ni ne m’abandonnera jamais», avait dit le prédicateur au Minneapolis Tribune.

Il avait eu une révélation religieuse à 16 ans et, grâce à son charisme, sa voix de stentor et ses prêches fougueux, il avait très vite attiré les foules devenant une véritable pop-star de la Bible et un quasi «pape» protestant.

Des années 1940 au milieu des années 2000, il multiplie les prêches aux quatre coins de la planète, y compris en URSS et en Chine. Et même deux fois, en 1992 et 1994, en Corée du Nord.

Billy Graham à Charlotte, en mai 2007

Tous les présidents

De la reine Elizabeth —il apparaît comme un confident de la jeune souveraine dans la série «The Crown» sur Netflix— au pape Jean-Paul II, en passant par Mère Teresa, il rencontre tous les grands de ce monde.

Son influence est particulièrement importante auprès des présidents américains, de Harry Truman à Barack Obama: golf avec Eisenhower, proche de Nixon et des époux Reagan, mais aussi au mieux avec les Clinton.

George W. Bush a confié avoir arrêté de boire et «trouvé le chemin de Dieu» grâce à lui. Son père, le président George H.W. Bush, a invité Graham à venir prier à la Maison-Blanche en 1991 pour l’aider à surmonter le premier jour de la première Guerre du Golfe.

«Je pense que Billy n’a pas touché uniquement le coeur des chrétiens, mais (celui) des gens de toutes fois parce qu’il était un homme tellement bon», a indiqué Bush père dans un communiqué.

Billy Graham et le président John F. Kennedy à Washington, en décembre 1961

L’ancien président Jimmy Carter s’est dit «profondément attristé» par la disparition de celui qui «a forgé la vie spirituelle de dizaines de millions de personnes à travers le monde». Et, pour Barack Obama, Graham était «un humble serviteur qui a prié pour tant de personnes -et qui, avec sagesse et grâce, a donné espoir et conseils à des générations d’Américains».

L’archevêque de Canterbury Justin Welby, première personnalité religieuse de l’Église anglicane, a salué un «exemple pour des générations de chrétiens modernes». «La dette de l’église mondiale envers lui est incommensurable et inexprimable», a-t-il ajouté.

En soixante ans de carrière, celui qui était surnommé le «Pasteur de l’Amérique» a organisé plus de 400 immenses rassemblements dans des stades et des salles de concert, mené des «croisades» dans 185 pays, écrit une trentaine de livres traduits en une quarantaine de langues.

Billy Graham et le président Lyndon Johnson à Washington, en mai 1966

Prédicateur cathodique

Ce prédicateur très cathodique a su habilement utiliser la radio et la télévision dès le début des années 1950 pour faire renaître le mouvement évangéliste, devenant ainsi un pionnier du «télévangélisme».

Son refus de prêcher à partir de 1953 devant un public où Blancs et Noirs étaient séparés aurait permis d’accélérer la fin de la ségrégation dans son État natal.

Considéré comme une présence réconfortante en temps de crise, il a dirigé un service religieux national après les attentats du 11 septembre 2001.

Né le 7 novembre 1918, aîné de quatre enfants, Graham a été élevé dans une ferme laitière de Charlotte en Caroline du Nord.

Ordonné pasteur baptiste en 1939, il a épousé la fille d’un missionnaire chrétien en Chine, Ruth McCue Bell avec laquelle il a eu cinq enfants. Décédée en 2007 à 87 ans, elle est toujours restée presbytérienne malgré leurs près de 64 ans de mariage.

Son fils aîné William Franklin Graham III, 65 ans, a repris le flambeau paternel: ordonné en 1982, il est prédicateur évangéliste et préside notamment la BGEA depuis 1995.

Son autre fils, Nelson, et l’une de ses filles, Anne Graham Lotz, ont également été ordonnés et sont des prédicateurs.

Billy Graham en compagnie de sa femme Ruth et de leurs trois filles à New York, en juillet 1954