Les distributeurs de gels hydroalcooliques se généraliseront. Les entreprises pourraient repenser l'organisation des espaces communs, ne plus faire partager des postes de travail, ordinateurs et téléphones.
Les distributeurs de gels hydroalcooliques se généraliseront. Les entreprises pourraient repenser l'organisation des espaces communs, ne plus faire partager des postes de travail, ordinateurs et téléphones.

Moins de réunions, plus de savon: comment le monde du travail va changer

WASHINGTON — Quand les salariés reviendront au travail après le confinement, ils peuvent s'attendre à un environnement et des pratiques modifiés par la pandémie. Au programme: moins de mains serrées et de réunions, plus de congés maladie, et peut-être des toilettes adaptées. Voici quelques aspects du «nouveau normal» à venir.

Poignées de mains et réunions

Les poignées de mains seront à éviter «pour une durée indéterminée», dit Tom Frieden, qui dirigeait les Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) pendant la présidence Obama.

Les bureaux devront ensuite définir de meilleures pratiques.

«Pouvons-nous avoir des portes qui n'ont pas besoin d'être ouvertes par des gens? Faudra-t-il prendre la température de toutes les personnes qui entrent?», a interrogé Tom Frieden dans un appel avec des journalistes.

Les distributeurs de gels hydroalcooliques se généraliseront. Les entreprises pourraient repenser l'organisation des espaces communs, et ne plus faire partager des postes de travail, ordinateurs et téléphones.

Les masques seront recommandés, des entreprises en fourniront à leurs salariés.

Les supermarchés régulent déjà le nombre de clients présents en même temps dans le magasin, et beaucoup ont placé des parois en plastique pour séparer les caissiers des clients. Le reste des commerces pourrait adopter des mesures similaires, et notamment des règles de distanciation à l'intérieur.

Etaler les horaires des employés, voire les jours travaillés, afin de limiter leur nombre à tout moment, sera au menu.

«L'une des conséquences positives de la COVID-19 est, j'espère, qu'il y aura moins de réunions», a ajouté Tom Frieden.

Davantage de congés maladie

«Les gens seront peut-être encouragés à rester chez eux quand ils sont malades», dit Brandon Brown, épidémiologiste à l'université de Californie Riverside.

Les États-Unis n'ont jamais établi, au niveau national, de droit à des congés maladie payés (il n'y a pas non plus de congés payés obligatoires).

Il en ressort que les Américains ont tendance à continuer à travailler quand ils sont malades, pour ne pas perdre de salaire: un tiers le font, selon un sondage réalisé en octobre 2019 par le cabinet Robert Half.

Le télétravail, soudainement pratiqué par des millions de gens confinés, va sans doute s'installer, selon les professions.

«La pandémie et le confinement ont montré que les réunions en personne ne sont pas si nécessaires que cela. Les réunions virtuelles doivent devenir une option systématique», ajoute Brandon Brown.

Aide psychologique

Le bilan de la pandémie pourrait conduire des entreprises à prendre en charge une aide psychologique pour leurs salariés.

«N'oublions pas que beaucoup de gens vont retourner travailler après avoir perdu des proches», relève Marc Wilkenfeld, médecin à l'Université de New York.

En tout cas aux États-Unis, où le système de protection sociale n'est pas universel, «les grandes entreprises, et peut-être des plus petites, devront se confronter au problème, car tout le monde a besoin que les travailleurs reviennent en bonne santé, physiquement et mentalement», ajoute-t-il.

Des couvercles de toilettes?

L'hygiène au travail sera un incontournable, répètent les experts.

Il faudra nettoyer les surfaces les plus touchées, en particulier dans les toilettes. La plomberie devra être impeccable, car il existe des indices que le nouveau coronavirus peut circuler dans les matières fécales.

Une étude publiée par la revue médicale très cotée The Lancet recommande «de ne pas ignorer les mauvaises odeurs qui viennent des toilettes, des cuisines et des lavabos». La plomberie devra empêcher les gaz de s'échapper des circuits d'eaux usées.

Une mesure pour atténuer les risques serait de fermer les toilettes avec un couvercle, car une chasse d'eau peut libérer en une fois jusqu'à 80.000 gouttelettes, qui peuvent retomber sur des surfaces et rester dans l'air ambiant pendant des heures, selon une étude récente à Hong Kong.

Mais dans les toilettes au travail, il n'y a souvent pas de couvercles aujourd'hui.

Qui revient en premier?

Les salariés de plus de 65 ans, ou ceux qui ont des maladies préexistantes comme le diabète ou de l'hypertension, pourraient être les derniers à revenir au travail.

«Je ne pense pas que tout le monde reviendra en même temps», estime Marc Wilkenfeld.