Le président Donald Trump a mis fin aux séparations des familles de migrants arrivées illégalement aux États-Unis. Il montre le décret qu’il a signé en ce sens accompagné de Kirstjen Nielsen, secrétaire de la Sécurité intérieure.

Migrants: Trump met fin à la séparation des familles

WASHINGTON — Dans un spectaculaire retournement, Donald Trump a annoncé mercredi qu’il mettait fin aux séparations des familles de migrants arrivées illégalement aux États-Unis qui ont provoqué une vague d’indignation mondiale et un profond malaise au sein de son parti.

Depuis l’annonce début mai d’une politique de «tolérance zéro», plus de 2300 enfants et jeunes migrants, fuyant pour la plupart la violence qui ronge l’Amérique centrale, ont été séparés de leurs familles après leur arrestation à la frontière.

«Cela me tient particulièrement à cœur (...) Nous n’aimons pas voir des familles séparées», a affirmé dans le Bureau ovale le président américain en signant le décret.

Le texte stipule que des poursuites pénales continueront à être engagées contre ceux qui traversent la frontière illégalement, mais que parents et enfants seront détenus ensemble dans l’attente de l’examen de leur dossier.

«Nous allons avoir des frontières très fortes, mais nous allons garder les familles ensemble», a encore dit M. Trump.

Volte-face 

Cette volte-face a créé la surprise à Washington et à travers le pays : depuis plusieurs jours, la Maison-Blanche répétait qu’elle ne faisait qu’appliquer la loi et que seule une modification de cette dernière par le Congrès permettrait de mettre fin aux séparations si critiquées.

Nombre d’élus et d’organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé le cynisme du locataire de la Maison-Blanche.

«Le président s’accorde le mérite d’avoir héroïquement résolu la crise scandaleuse créée de toutes pièces par sa propre politique», a ironisé David Axelrod, ancien conseiller de Barack Obama.

L’association de défense des droits civiques ACLU a déploré que cette crise ait causé «des dégâts irréparables pour des milliers de familles de migrants». Elle a par ailleurs jugé que le décret annoncé allait remplacer une crise par une autre : «Les enfants n’ont pas leur place en prison», a-t-elle martelé.

Griffin, pédiatre qui s’occupe depuis dix ans des enfants retenus à la frontière entre le Texas et l’État mexicain de Chihuahua, a raconté à l’AFP le désespoir des enfants séparés.

«Les enfants tendaient les mains à travers la clôture métallique, pleurant et tentant d’atteindre leur mère», a-t-elle relaté. «C’était horrible (..) des tout-petits et des bébés sont enfermés dans ces centres».

Au Texas, ce sont 93 mineurs arrivés du Salvador qui ont été séparés de leurs familles, a annoncé mercredi la vice-ministre salvadorienne des Affaires étrangères, Liduvina Magarin, précisant que 71 d’entre eux étaient âgés de quelques mois à 12 ans, les 22 autres de 13 à 17 ans.

«Un drame inhumain», a jugé la responsable lors d’une conférence de presse à San Salvador, après avoir visité un centre de détention le 12 juin à Aurora, dans le Colorado.

M. Trump, qui a une nouvelle fois appelé le Congrès à se saisir du dossier de l’immigration, a reconnu que sa femme Melania et sa fille Ivanka avaient pesé sur cette décision, soulignant que le sujet leur tenait particulièrement à cœur.

«Merci président d’avoir pris cette décision cruciale pour mettre fin aux séparations des familles à la frontière», a tweeté Ivanka Trump quelques minutes après la signature.

En signant son décret, le milliardaire républicain ôte l’«urgence» avec laquelle les parlementaires sentaient encore ce matin qu’ils devaient agir, a reconnu le sénateur républicain Marco Rubio, tout en poussant pour qu’une loi soit tout de même approuvée afin de graver dans le marbre législatif la volonté de ne pas séparer les familles.

Le parcours parlementaire s’annonce toutefois ardu malgré la majorité républicaine au Congrès.

Dans une certaine confusion, le chef de file des républicains à la Chambre des représentants, Paul Ryan, avait annoncé quelques heures plus tôt qu’il soumettrait au vote jeudi un projet de loi afin d’empêcher ces séparations.

Mais il n’est pas encore certain qu’il parvienne à rallier toutes ses troupes autour d’un texte qui devrait inclure également d’autres volets sur l’immigration crispant ses ailes dures comme modérées (statut des «Dreamers», nette réduction de l’immigration légale).

Les démocrates eux ont déjà dit qu’ils ne voteraient pas pour cette loi. Et même si elle passe la Chambre basse, son approbation est largement compromise au Sénat, où les républicains disposent d’une très faible marge (51-49).