La chancelière allemande Angela Merkel

Merkel au pied du mur

BERLIN — Conservateurs, libéraux et écologistes allemands se sont donné vendredi jusqu’à dimanche pour tenter de trouver un accord de principe afin de former un gouvernement commun, des négociations à haut risque pour Angela Merkel qui joue son avenir.

Les travaux entre les quatre partis politiques (CDU, CSU, FDP et Verts) se sont achevés vendredi dans la soirée sans percée notable et se sont fixé dimanche comme date butoir pour obtenir un résultat, quel qu’il soit.

«Il est clair pour tout le monde que nous devons avoir terminé dimanche à 18H00», a déclaré Wolfgang Kubicki, l’une des figures des Libéraux du FDP.

Les pourparlers avaient repris à la mi-journée à huis clos après que les quatre formations, qui tentent depuis un mois de mettre sur pied une coalition, ont décidé de prolonger leurs discussions au-delà du 16 novembre, date-butoir fixée par la chancelière.

Ces pourparlers vont donc se poursuivre samedi et dimanche. «Il faut parvenir à un résultat ce week-end», avait insisté le chef des députés conservateurs, Volker Kauder, cité par l’agence DPA.

Beaucoup de points demeurent conflictuels, mais «si vous me demandez si nous allons y arriver, je vous répondrais oui», a estimé de son côté M. Kubicki, alors que le chef des conservateurs bavarois (CSU) Horst Seehofer, n’avait pas exclu un échec.

Peu avant la reprise des travaux, Angela Merkel avait admis que les prochaines séances seraient «certainement dures», mais «cela vaut la peine de se lancer dans un second tour» de discussions, notamment sur la question brûlante de l’immigration, qui oppose conservateurs et écologistes.

Un autre vote?

La chancelière se retrouve plus que jamais au pied du mur. Si elle ne parvient pas à élaborer une feuille de route pour gouverner avec le parti libéral (FDP) et les Verts, les Allemands devront sans doute revoter. Un scrutin qui pourrait signer le clap de fin pour celle qui dirige l’Allemagne depuis 12 ans.

De telles législatives anticipées seraient une première dans l’Allemagne d’après-guerre et la conséquence de l’éclatement du paysage politique avec l’entrée en force au Parlement de l’extrême droite (AfD) en septembre. Celle-ci a sérieusement compliqué la constitution d’une majorité parlementaire.

D’ailleurs, la perspective d’une élection n’allèche personne, les partis traditionnels craignant que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), avec son discours anti-immigration, anti-islam et anti-Merkel, fasse encore mieux.

C’est justement sur l’immigration, sujet phare en Allemagne depuis l’afflux de réfugiés de 2015, que les négociations en cours pourraient échouer en raison de positions idéologiques aux antipodes.

Face à l’émergence de l’AfD et à la pression de l’aile conservatrice de son parti, Angela Merkel a promis de donner un sérieux tour de vis en matière d’accueil des demandeurs d’asile (200 000 maximum par an) après avoir ouvert les portes de son pays à plus d’un million d’entre eux en 2015-2016.

Particulièrement épineuse, la question du regroupement familial fait l’objet d’une âpre bataille. Les écologistes exigent une reprise l’an prochain des regroupements familiaux pour les réfugiés n’ayant obtenu qu’un titre de séjour d’un an renouvelable (la protection subsidiaire), ce que refusent catégoriquement conservateurs et libéraux.

Les Verts refusent de bouger, considérant avoir fait suffisamment de compromis dans d’autres dossiers, notamment sur la sortie du charbon et des moteurs à combustion.

«Mise en scène»

Autre pomme de discorde: la politique fiscale, notamment l’éventuelle suppression d’un impôt créé en soutien aux régions déshéritées d’ex-RDA. Les négociateurs se disputent aussi sur l’Europe et l’environnement.

Vendredi peu après 4 heures du matin, après 15 heures de négociations sans relâche, les visages étaient fermées. «Les fronts se sont durcis», avait même affirmé Wolfgang Kubicki, patron des députés libéraux.

De son côté, le Parti social-démocrate (SPD), qui a opté pour une cure d’opposition après un échec historique aux législatives, n’a pas mâché ses mots envers Mme Merkel.

«La chancelière de l’à-peu-près [...] fait ce qu’elle a toujours fait : elle regarde», a critiqué le président du SPD, Martin Schulz. Pour lui, «la championne de la mise en scène [...] fait monter la pression pour que la plus petite des réussites nous soit vendue comme un grand succès».