Blessés en tête, ils étaient entre 300 et 400 à défiler dans le calme pour dénoncer les «mutilations policières».

Manifestation de «mutilés gilets jaunes» à Paris

PARIS — «Qu’est-ce qui vous a autorisés à nous mutiler à vie?» lance une manifestante aux policiers entourant un cortège de «gilets jaunes mutilés», venus manifester dimanche à Paris.

Blessés en tête, ils étaient entre 300 et 400 à défiler dans le calme pour dénoncer les «mutilations policières» et réclamer l’interdiction des lanceurs de balles de défense (LBD) et de certaines grenades lacrymogènes, «inutilement dangereux».

Le cortège a traversé l’est de la capitale aux cris de «Stop aux mutilations», «Police partout, justice nulle part» ou «Macron démission, Castaner [le ministre de l’Intérieur] en prison». Un bref moment de tension a agité le cortège quand les manifestants sont passés devant des policiers postés à des carrefours. «Honte à vous! Qu’est-ce qui vous a autorisés à nous mutiler à vie alors que nous ne faisions que manifester? N’êtes-vous donc pas là pour nous protéger normalement?» leur a lancé une manifestante.

Antoine Boudinet, la main arrachée en décembre à Bordeaux par l’explosion d’une grenade lacrymogène qu’il avait ramassée, s’est alors avancé et leur a tendu sa prothèse. «Il faut que les coupables soient punis, les responsables de la police s’ils ont donné l’ordre de blesser ainsi les gens, ou les policiers s’ils l’ont fait de leur propre initiative», a-t-il souligné.

À ses côtés Dylan, 18 ans, sérieusement atteint à un œil par un éclat de grenade fin avril à Montpellier, confiait : «Tout a changé dans ma vie, par exemple je devais passer mon permis de conduire, et là je ne peux plus».

 «Vies fracassées» 

D’autres manifestants ont aussi réclamé justice et décrit leurs «vies fracassées» par les blessures, les pertes d’emploi, les «nuits sans sommeil ou peuplées de cauchemars» alors que, assurent-ils, ils manifestaient pacifiquement.

Selon les organisateurs, depuis le début des manifestations de «gilets jaunes» en France, le 17 novembre dernier, «23 personnes ont été éborgnées, cinq ont perdu une main, un a été amputé d’un testicule, un a perdu l’odorat et une dizaine d’autres» ont souffert d’autres blessures graves.

Le ministère de l’Intérieur recensait de son côté à la mi-mai 2448 blessés côté manifestants et 1797 parmi les forces de l’ordre.