Un drone américain

L’Iran abat un drone américain, Trump se fait menaçant

WASHINGTON et Téhéran — L’Iran a assuré jeudi avoir retrouvé, dans ses eaux territoriales, des débris d’un drone américain qu’il a abattu, un incident qui a encore fait monter la tension avec les États-Unis où Donald Trump a vivement réagi.

«Notre pays n’acceptera pas cela, je peux vous le dire», a lancé, menaçant, le président américain avant d’essayer de faire baisser la température en évoquant la piste d’une erreur du côté iranien faite par quelqu’un de «stupide». «J’ai du mal à croire que cela était délibéré», a-t-il affirmé depuis le Bureau ovale.

Washington et Téhéran se sont livrés toute la journée à une guerre de communication sur la localisation exacte du drone de l’US Navy au moment de la frappe.

Tard jeudi soir, Washington a d'ailleurs interdit aux compagnies aériennes américaines le survol de l'espace aérien contrôlé par Téhéran au-dessus du Golfe et du Golfe d'Oman «jusqu'à nouvel ordre».

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a assuré que des morceaux de l’appareil avaient été retrouvés dans les eaux territoriales iraniennes, «à l’endroit où il a été abattu». Le drone «a été touché à 4h05 [jeudi, 23h35 GMT mercredi] par 25°59’43” de latitude Nord et 57°02’25” [de longitude Est]», a-t-il tweeté.

De son côté, le Pentagone a assuré qu’il se trouvait à 34 km des côtes iraniennes et n’avait «à aucun moment» violé l’espace aérien iranien.

Le Pentagone a publié dans la soirée une carte de la trajectoire du drone, qui le montre dans les eaux internationales ou omanaises, mais jamais dans les eaux iraniennes. Le document présente également une photo d’un appareil en feu, à 23h39 GMT à 25°57’42” de latitude Nord et 56°58’22” de longitude Est. Il y a notamment une différence de quatre minutes dans l’horaire donné par les deux pays.

Selon le commandement central des forces américaines, le drone a été abattu par un missile sol-air iranien au-dessus du détroit d’Ormuz. Ce détroit est un point de passage stratégique pour l’approvisionnement mondial de pétrole, près duquel deux navires-citernes ont été attaqués le 13 juin, environ un mois après des sabotages contre quatre navires à l’entrée du Golfe.

«Catastrophe»

En dépit des affirmations répétées des États-Unis et de l’Iran selon lesquelles ils ne cherchent pas la guerre, l’escalade et la multiplication des incidents dans la région du Golfe font craindre qu’une étincelle ne mette le feu aux poudres.

Le président russe Vladimir Poutine a mis en garde jeudi contre un éventuel recours des États-Unis à la force contre l’Iran, estimant que cela serait «une catastrophe» pour la région.

De son côté, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé la communauté internationale à soutenir les États-Unis face à l’Iran qui a intensifié «ses actes d’agression».

«J’appelle toutes les nations qui souhaitent la paix et la sécurité à soutenir les États-Unis dans leurs efforts contre l’agression iranienne», a-t-il ajouté.

Le drone Global Hawk (du fabricant américain Northrop Grumman) avait décollé mercredi à 19h44 GMT d’une base américaine sur «la rive sud du golfe persique», «éteint tous ses dispositifs de reconnaissance», passé le détroit d’Ormuz et mis le cap vers l’est en direction du port iranien de Chabahar, ont affirmé les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique d’Iran.

Selon eux, l’appareil a été abattu au retour de sa mission, dans la zone côtière près de Bandar-é Jask.

La violation des frontières iraniennes est la «ligne rouge» à ne pas franchir, a prévenu le général de division Hossein Salami, commandant en chef des Gardiens. «Notre réaction est, et sera, catégorique et absolue».

Les tensions ne cessent de monter depuis que le président américain a décidé en mai 2018 de retirer son pays de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, et de rétablir de lourdes sanctions contre Téhéran.

Et de nouvelles frictions sont à prévoir : l’Iran a annoncé que ses réserves d’uranium enrichi dépasseraient à partir du 27 juin la limite prévue par l’accord de Vienne.