Les protestataires réclamant la peine de mort pour les violeurs d'enfants s'étaient déjà fait entendre en 2013, après un viol collectif survenu à New Delhi.

L’Inde instaure la peine de mort pour les violeurs d’enfants

NEW DELHI — Le gouvernement indien a approuvé samedi la peine de mort pour les violeurs d’enfants après le viol collectif et le meurtre d’une fillette de 8 ans qui a choqué le pays.

Dès son retour d’un sommet du Commonwealth, le premier ministre indien, Narendra Modi, a réuni samedi son gouvernement, qui a approuvé un amendement à la loi sur les violences sexuelles permettant de condamner à la peine capitale les violeurs d’enfants âgés de moins de 12 ans, a indiqué à l’AFP un responsable du gouvernement.

Les peines minimales pour viol ont également été durcies.

«Cette ordonnance sera soumise au président pour approbation», a souligné ce responsable sous couvert de l’anonymat, ce qui semble être une formalité.

Des milliers d’Indiens ont manifesté ces derniers jours à travers le pays après l’enlèvement, le viol et le meurtre par huit hommes d’une fillette d’une tribu musulmane nomade dans l’État du Jammu-et-Cachemire en demandant au premier ministre d’agir.

Selon la police, ce crime visait à terrifier la communauté de bergers musulmans des Bakarwals pour les forcer à quitter la zone, à majorité hindoue.

La loi indienne prévoit actuellement la peine de mort pour les assassinats particulièrement effroyables ainsi que pour les actes terroristes, même si les exécutions sont rares.

L’Inde avait déjà durci les lois pour les agressions sexuelles en 2013 après un viol collectif à New Delhi.

Mais les violences sexuelles y compris à l’encontre des enfants restent monnaie courante avec 11 000 cas de viols d’enfants enregistrés en 2015.

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HUIT HOMMES ACCUSÉS

Huit hommes se trouvent sur le banc des accusés dans cette affaire dont les secousses se font sentir jusqu’au sommet du gouvernement indien et ont déclenché une multitude de manifestations contre les violences sexuelles dans le pays. 

Le «viol de Kathua», du nom du district où se situe le village, a pris une tournure singulière ces derniers temps lorsque se sont tenus des rassemblements d’hindous dénonçant comme biaisée l’enquête des forces de l’ordre locales.

Les défenseurs de la victime «ont fait tout un tapage pour que des innocents soient jetés derrière les barreaux», s’insurge Rajimder Abrol, un avocat présent dans le cortège de la manifestation de Jammu.

Dans une ambiance toxique, rumeurs infondées et informations contradictoires prolifèrent sur place autour de cette affaire, entretenant l’atmosphère de théorie du complot permanente si coutumière au Cachemire — dont la région de Jammu forme la partie sud.

Un des huit accusés dans l'affaire du «viol de Kathua».

«Une conspiration»

Pour leurs partisans, les suspects sont les victimes d’une grande «conspiration» politique destinée à dénigrer les hindous. Quant au camp opposé, il voit au contraire dans ce crime une preuve des persécutions de la minorité musulmane par la majorité hindoue.

«Les musulmans se livrent aux trafics de drogues, de filles, aux activités terroristes», assure Deepak Kamora, un manifestant employé d’une compagnie d’assurance. «On appelle Jammu “la ville des temples”. Mais ils sont en train de la changer, ils remplacent les temples par des mosquées!»

La semaine dernière, les images d’avocats de l’association du barreau local tentant de bloquer physiquement les enquêteurs qui venaient déposer au tribunal de Kathua leur rapport final sur le viol ont fait le tour de l’Inde. Des vidéos sorties de leur contexte, rétorque Kirty Bhushan Mahajan, le président du barreau de la petite ville, à propos de cet incident objet d’une enquête en cours.

«Depuis le premier jour», cette affaire est «une conspiration destinée à perturber l’harmonie communautaire dans la région», affirme Me Bhushan à l’AFP. «Nous ne soutenons pas les violeurs. Nous ne savons pas qui sont les coupables» de ce crime, précise-t-il en fustigeant la conduite de l’enquête.

Cependant, le contexte est si explosif que la Cour suprême d’Inde a ordonné que la famille de la victime et son avocate, qui dit avoir reçu des menaces de mort, soient placées sous protection policière.

Protection policière

La maison de la fillette est désormais gardée par des hommes en armes. Le procès pourrait être dépaysé.

«Nous n’avons pas connu une telle polarisation depuis 1947!» lance l’activiste tribal Talib Hussain, en référence aux massacres commis au moment de partition de l’Inde et du Pakistan.

Au premier plan de cette affaire, qu’il a largement contribué à médiatiser, ce militant des communautés musulmanes nomades du Cachemire voit dans l’agitation actuelle la main des nationalistes hindous, au pouvoir à New Delhi depuis 2014, et particulièrement du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). Cette puissante organisation de masse, dont est issu le premier ministre Narendra Modi, est bien implantée dans la région de Jammu.

«Les fondamentalistes hindous montent les gens contre les musulmans», affirme cet avocat qui va pieds nus depuis cinq mois pour réclamer l’application au Cachemire de lois protégeant les droits des différentes communautés.

Depuis quelques années, les nomades «sont décrits comme des anti-hindous, des accapareurs de terres, des voleurs de forêts. Ce crime s’inscrit dans toute cette polarisation», déclare le jeune homme de 29 ans, auquel ses détracteurs reprochent d’avoir donné une teinte communautariste à ce fait divers.

À l’écart de la tempête et des débats de société qui agitent l’Inde, le père biologique de la fillette — qui avait été adoptée par des proches lorsqu’elle avait un an et demi — paraît fatigué. «Toute cette politisation n’aurait jamais dû arriver», soupire Akhtar Hussain.