Si la décision de la Cour suprême pourrait aboutir à la présentation devant la justice de Juan Guaido, il est difficile d’anticiper ses conséquences dans ce pays où personne ne reconnaît la légitimité de personne.

L’immunité de Guaido menacée

CARACAS — La Cour suprême du Venezuela, contrôlée par le régime du président chaviste Nicolas Maduro, a demandé lundi la levée de l’immunité parlementaire du chef de file de l’opposition Juan Guaido, un rebondissement aux conséquences imprévisibles dans un pays plongé dans le chaos.

Dans un arrêt rendu lundi, la plus haute juridiction vénézuélienne a demandé au président de l’Assemblée nationale constituante «de lever l’immunité parlementaire» de M. Guaido, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays.

La Cour suprême et l’Assemblée constituante sont jugées comme acquises au pouvoir en place par l’opposition, tous leurs membres ayant été désignés par le chavisme, du nom du défunt Hugo Chavez (1999-2013).

Il est reproché à Juan Guaido, qui est le président du Parlement vénézuélien contrôlé par l’opposition, de ne pas avoir respecté une interdiction de sortie du territoire.

L’opposant de centre-droit de 35 ans avait bravé cette décision prise le 29 janvier par la Cour suprême en quittant clandestinement le pays pour effectuer une tournée en Colombie voisine, au Brésil, au Paraguay, en Argentine et en Équateur, de fin février à début mars.

Ce rebondissement intervient alors que Nicolas Maduro et son principal opposant se disputent le pouvoir depuis le début de l’année dans un Venezuela sous tension à cause des pannes de courant à répétition et où l’eau courante manque cruellement.

Ministre limogé

Signe de cette fébrilité, le président a changé lundi soir de ministre de l’Énergie. «J’ai décidé de nommer un travailleur de l’industrie électrique avec 25 ans d’expérience, un ingénieur qui a eu de nombreuses responsabilités [...] Igor Gavidia Leon», a déclaré sur les médias officiels le chef de l’État, qui limoge ainsi le général à la retraite Luis Motta Dominguez, en poste depuis août 2015.

Si la décision de la Cour suprême pourrait, en théorie, aboutir à la présentation devant la justice ordinaire de Juan Guaido, il est difficile d’anticiper ses conséquences concrètes dans ce pays où personne ne reconnaît la légitimité de personne.

Ces dernières semaines, plusieurs sanctions du pouvoir vénézuélien ont visé le chef de file de l’opposition.

Jeudi, le Contrôleur général de la République, Elvis Amoroso, chargé de veiller à la transparence de l’administration au Venezuela, l’a déclaré inéligible pour 15 ans.

Selon M. Amoroso, jugé proche du pouvoir en place, l’opposant n’a pas justifié, dans ses déclarations de patrimoine, certaines dépenses réalisées au Venezuela et à l’étranger avec des fonds provenant d’autres pays.

Illégale et «ridicule»

La sanction de jeudi a été jugée illégale par Juan Guaido et «ridicule» par Washington. Les États-Unis ont déjà mis en garde Caracas à plusieurs reprises contre toute représaille à l’encontre de celui qu’ils considèrent comme le chef de l’État légitime du Venezuela.

Visé par une enquête préliminaire, notamment pour «des actions ayant porté atteinte à la paix de la République», le chef du Parlement avait été soumis le 29 janvier à une «interdiction de sortir du pays sans autorisation jusqu’à la fin de l’enquête» et un «gel de [ses] comptes bancaires», avait annoncé le président de la Cour suprême, Maikel Moreno.