Donald Trump, cherchant le dernier mot, a persisté pendant des jours, transformant l'histoire en bras de fer politique, déclenchant la consternation dans la communauté scientifique et ouvrant un gouffre entre les hauts responsables de l'administration et les milliers de fonctionnaires des services météo, qui ont vécu l'épisode comme une trahison.

L'étrange tempête déclenchée par Trump au service météo américain

WASHINGTON — Les fonctionnaires du service public américain de météorologie sont entrés en résistance ouverte contre Donald Trump, qu'ils accusent de vouloir politiser un service dont l'intégrité scientifique est vénérée. Tout est parti d'un seul tweet.

Le dimanche 1er septembre, Donald Trump écrit que «Caroline du Sud, Caroline du Nord, Géorgie et Alabama» seraient «très probablement touchés [beaucoup] plus fort que prévu» par l'ouragan Dorian, né quelques jours plus tôt dans l'Atlantique.

Vingt minutes exactement plus tard, le bureau du National Weather Service — l'équivalent de Météo France — à Birmingham, dans l'Alabama, écrivait sur Twitter : «L'Alabama ne subira PAS d'impact de Dorian. Nous répétons, aucun impact de l'ouragan Dorian ne sera ressenti dans l'Alabama».

L'affaire aurait pu s'arrêter là, mais le président Trump, cherchant le dernier mot, a persisté pendant des jours, transformant l'histoire en bras de fer politique, déclenchant la consternation dans la communauté scientifique et ouvrant un gouffre entre les hauts responsables de l'administration et les milliers de fonctionnaires des services météo, qui ont vécu l'épisode comme une trahison.

On ne sait pas pourquoi le président a inclus l'Alabama dans son tweet initial. Goût de l'hyperbole? Désir de se montrer mobilisé auprès des habitants de l'État? En tout cas, il est allé jusqu'à présenter dans le Bureau ovale une carte où, d'un coup de feutre noir, l'Alabama se retrouvait incluse dans le prolongement de la trajectoire possible de l'ouragan, au-delà de cinq jours.

Dorian n'a jamais touché l'Alabama. Il n'est même pas entré à l'intérieur des terres américaines, remontant au large de la côte Est en direction du Canada.

Mais la Maison-Blanche a mis la pression sur les hauts responsables politiques de l'Administration océanique et atmosphérique (NOAA), qui chapeaute les services météo, afin qu'ils désavouent leurs propres prévisionnistes. Le ministre du Commerce Wilbur Ross serait allé jusqu'à menacer de limoger de hauts responsables, selon le New York Times.

Dont acte : les informations initiales montraient que des vents forts «pouvaient toucher l'Alabama», a déclaré la NOAA vendredi dans un communiqué sec, épinglant son bureau de l'Alabama pour avoir parlé «en termes absolus» et soulignant qu'il existait, à un moment, une faible probabilité de vents forts (mais pas de catégorie ouragan) dans l'Alabama.

Ovation

Ce lâchage politique a stupéfait les météorologues, transformant l'affaire en crise interne.

Une enquête interne a été lancée par le scientifique en chef de la NOAA.

Le patron du service météorologique national, Louis Uccellini, a fermement défendu les siens, lundi, lors d'une conférence annuelle de météorologie, qui se tient... dans l'Alabama.

«Quand les téléphones et les réseaux sociaux ont commencé à s'agiter vers 10 heures du matin le 1er septembre», a dit Louis Uccellini, «ils ont mis fin à ce qu'ils pensaient être des rumeurs».

«Le bureau de Birmingham a fait cela pour empêcher toute panique», a-t-il martelé, défendant l'«intégrité» des prévisionnistes.

La salle a répondu par une ovation.

«Il est dommage que ce soit devenu une situation politique», regrette un prévisionniste qui a assisté à la scène, Bill Murray, président de The Weather Factory à Birmingham. «Nous soutenons complètement le service météo de Birmingham, tous les météorologues les soutiennent», dit-il à l'AFP.

Les prévisions météo sont un acte d'équilibriste. Le Centre national des ouragans, un petit service basé à Miami qui dépend de la NOAA, doit éviter de produire des prévisions d'itinéraires erronées ou trop étroites, ce qui coûterait des vies, mais une prévision trop large conduirait à l'évacuation inutile de millions de personnes.

L'exactitude des prévisions sur la course d'un ouragan a encore une marge d'erreur de l'ordre d'une centaine de kilomètres à 48 heures, mais elle s'est nettement améliorée depuis les années 1970, au point qu'au début des années 2000, le centre a commencé à produire des cartes à quatre et cinq jours.

Prédire au-delà de cinq jours reste un exercice trop aléatoire, d'où la révolte contre le coup de feutre du Bureau ovale qui prolongeait la prévision officielle.

Finalement, mardi à la même conférence de météorologie, le patron de la NOAA, Neil Jacobs, a semblé chercher un compromis. Il a répété que l'Alabama avait bien été sur la trajectoire possible au début de la tempête...

Mais il a tenté de donner des gages à la communauté scientifique et de clore la polémique.

«La météo ne doit pas être une question partisane», a déclaré solennellement Neil Jacobs. «Personne ne perdra son travail, ni moi, ni vous. Le Service météo national a mon soutien entier.»