«Sang pour sang, nous ne voulons pas de compensation», a scandé la foule à Al-Obeid, composée de jeunes Soudanais et d’adultes qui brandissaient des drapeaux du Soudan et des photographies des victimes.

Les Soudanais protestent contre la mort de six jeunes manifestants

AL-OBEID — Des centaines de manifestants ont défilé mercredi dans les rues d’Al-Obeid, dans le centre du Soudan, où six personnes, dont quatre étudiants, ont été tuées lors d’une manifestation lundi.

Lors de la répression d’un rassemblement de protestation contre les pénuries de pain et de carburant à Al-Obeid, à 420 km au sud-ouest de Khartoum, six manifestants ont été tués par balles.

Mercredi, un docteur du principal hôpital d’Al-Obeid a annoncé que seuls quatre des six victimes étaient des étudiants, et non pas cinq comme indiqué auparavant.

«Sang pour sang, nous ne voulons pas de compensation», a scandé la foule à Al-Obeid, composée de jeunes Soudanais et d’adultes qui brandissaient des drapeaux du Soudan et des photographies des victimes.

Mercredi, les manifestants ont d’abord défilé dans différents quartiers d’Al-Obeid, capitale de l’État du Kordofan-Nord, avant de se retrouver dans le centre-ville, selon un correspondant de l’AFP sur place.

«C’est inacceptable que des jeunes soient tués», a dénoncé Fatima Mohamed. «Ces étudiants étaient seulement en train de chanter des slogans. Pourquoi ont-ils été tués par balles?»

«Il faut que ceux qui ont commis ces crimes soient présentés devant la justice», a-t-elle appelé.

Certains manifestants ont accusé les redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) d’avoir tiré sur la foule à Al-Obeid. Plus de 60 personnes ont aussi été blessées.

Après la mort des manifestants, les autorités soudanaises ont annoncé la fermeture de l’ensemble des établissements scolaires à partir de mercredi, et ce «jusqu’à nouvel ordre».

Procès Béchir le 17 août

Le drame de lundi a également entraîné la suspension de négociations prévues mardi entre le mouvement civil et le Conseil militaire au pouvoir pour finaliser un accord sur la transition, les négociateurs de la contestation ayant décidé de se rendre à Al-Obeid.

Le Parti communiste soudanais, qui fait partie du mouvement de contestation, a indiqué mercredi qu’il ne participerait plus aux négociations avec les généraux.

«Nous ne nous retirons pas de l’Alliance pour la liberté et le changement, mais nous ne participerons plus aux négociations avec les généraux», a affirmé devant les journalistes Mohamed Mokhtar al-Khatib, à la tête du Parti communiste.

«Le Conseil militaire est une extension de l’ancien régime, nous ne ferons partie d’aucune institution de transition», a-t-il assuré.


« Ces étudiants étaient seulement en train de chanter des slogans. Pourquoi ont-ils été tués par balles? »
Fatima Mohamed

Depuis décembre, la répression de la contestation a fait plus de 250 morts, dont 127 manifestants tués le 3 juin dans la dispersion brutale d’un sit-in organisé à Khartoum pour réclamer un pouvoir civil, selon un comité de médecins proche de la contestation.

Mercredi, un des chefs de file de la contestation, Ismaïl al-Taj, a appelé à une «marche du million» jeudi à travers le pays.

«Nous tenons le Conseil militaire de transition responsable de la protection des manifestants, parce que dès qu’il y a une manifestation, des gens sont tués», a-t-il accusé lors d’une conférence de presse.

L’Union européenne a réclamé que les auteurs de la répression meurtrière de lundi «soient rapidement traduits en justice par les autorités soudanaises».

Ces violences rendent «la formation d’un gouvernement de transition largement soutenu par le peuple soudanais encore plus urgente», a déclaré mercredi Maja Kocijancic, la porte-parole de la diplomatie européenne. Dans un communiqué, elle a appelé le Conseil militaire et le mouvement civil à «mettre de côté leurs différences et à... ouvrir la voie à une transition conduite par les civils».

Pays pauvre à l’économie exsangue, le Soudan est en proie à un mouvement de contestation depuis décembre. Déclenchées après le triplement du prix du pain, les manifestations se sont transformées en opposition au président Omar el-Béchir, destitué et arrêté par l’armée le 11 avril après 30 ans au pouvoir.

Le procès de M. Béchir, inculpé pour corruption, s’ouvrira le 17 août, ont annoncé mercredi deux de ses avocats.