Jacques Chirac, qui n’a jamais été aussi populaire qu’après son retrait de la vie politique, est considéré comme le meilleur président français, à égalité avec Charles de Gaulle.

Les Français saluent Chirac

PARIS — Les Français ont afflué par milliers dimanche aux Invalides, à Paris, pour honorer la mémoire de leur ancien président, Jacques Chirac, lors d’un hommage populaire organisé à la veille d’une cérémonie officielle en présence de nombreuses personnalités étrangères.

Cet hommage à celui qui fut une figure de la vie politique pendant quarante ans a commencé par une cérémonie inter-religieuse devant sa dépouille, en présence de la famille Chirac, mais sans son épouse Bernadette, trop affaiblie.

La foule a ensuite pu commencer à défiler devant le cercueil, exposé à l’entrée de la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Recouvert du drapeau bleu-blanc-rouge, il avait été placé sous un portrait géant de l’ancien président et entre deux colonnes aux couleurs l’une du drapeau européen, l’autre du drapeau français.

«Vous nous manquez déjà»

À l’extérieur de l’hôtel militaire, qui abrite notamment le tombeau de Napoléon, dans le calme et le recueillement, la file d’attente, impressionnante, s’étendait en milieu d’après-midi sur des centaines et des centaines de mètres. Dans la foule, une pancarte «Adieu président, vous nous manquez déjà», des fleurs... Certains ont patienté depuis le matin, malgré les averses.

Ont défilé des militants, des politiques, mais aussi des citoyens de tous âges comme Marin Menzin et Cyprien Lemaire, étudiants de 21 et 22 ans, venus pour «le président de [leur] enfance». «Il aurait vu la queue aujourd’hui, il se serait jeté dans la foule pour serrer des mains», a souligné le premier.

Ils avaient parfois fait le voyage de loin, comme Elouma Bokilo, 44 ans, arrivée spécialement de Belgique et vantant «la tolérance, l’attention aux autres» du président défunt.

La disparition à 86 ans de «Chichi», «l’humaniste» bon vivant et séducteur, a ému le pays qu’il a présidé durant douze ans (1995-2007) après avoir été maire de Paris entre 1977 et 1995.

Entre jeudi et samedi, environ 5000 personnes, parfois bien jeunes, se sont pressées pour signer des registres de condoléances au palais présidentiel de l’Élysée, exprimer leur «tendresse» et leur admiration pour l’homme qui avait lancé «Notre maison brûle» dès 2002 face à l’urgence climatique, dit non à la deuxième guerre d’Irak en 2003 ou reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des juifs.

Jacques Chirac, qui n’a jamais été aussi populaire qu’après son retrait de la vie politique, est désormais considéré par les Français comme le meilleur président de la Ve République (depuis 1958), à égalité avec Charles de Gaulle, selon un sondage Ifop publié dans le Journal du Dimanche.

Beaucoup préfèrent passer sous silence le bilan mitigé de ses douze ans à la tête de l’État et les affaires judiciaires accolées au nom de celui qui fut en 2011 le premier ancien chef de l’État français condamné au pénal pour une affaire d’emplois fictifs à la mairie de Paris.

«Pas un ange»

«Chirac, c’est entendu, n’était pas un ange. Ce bon vivant […] a franchi bien des lignes jaunes — la conquête du pouvoir était à ce prix», commente le Journal du Dimanche qui rend aussi hommage au «Compagnon des Français» et à ses «vertus» : «la simplicité, la bravoure, la résistance et l’ambition — pour lui bien sûr, mais aussi pour son pays».

Lundi, journée de deuil national, les honneurs militaires seront rendus dans la cour d’honneur des Invalides, en présence du président Emmanuel Macron. Un service solennel présidé par ce dernier sera célébré à midi à l’église Saint-Sulpice à Paris.

Une trentaine de chefs d’État et de gouvernement étrangers ont annoncé leur venue, parmi lesquels le président russe Vladimir Poutine, ses homologues italien Sergio Mattarella et congolais Denis Sassou Nguesso, le président allemand Frank-Walter Steinmeier, celui de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, les premiers ministres belge Charles Michel, libanais Saad Hariri et hongrois Viktor Orban. En revanche le roi du Maroc Mohammed VI sera absent pour cause de maladie et sera représenté par le prince héritier Moulay El Hassan.

Doivent aussi être présents des dirigeants en place à l’époque de la présidence de Jacques Chirac: l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, l’ancien Premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero, l’ancien président sénégalais Abdou Diouf.

La classe politique française devrait être largement représentée.

Mais la chef de l’extrême droite Marine Le Pen, dont le père avait fait de Jacques Chirac un «ennemi», a renoncé à s’y rendre, après les réserves de la famille Chirac sur sa présence.

Jacques Chirac, au fil d’évolutions parfois sinueuses, a toujours affiché un rejet intransigeant de l’extrême droite.

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CHRÉTIEN, CHAREST ET BOUCHARD ACCOMPAGNERONT JULIE PAYETTE

Malgré la pluie, des milliers de personnes ont fait la file aux Invalides, à Paris, afin de saluer l’ancien président français.

Deux anciens premiers ministres du Québec, Lucien Bouchard et Jean Charest, représenteront le Québec à l’occasion des funérailles officielles de l’ancien président de la République française Jacques Chirac qui se dérouleront lundi à l’église Saint-Sulpice de Paris.

Dans un communiqué de presse publié dimanche, le premier ministre du Québec François Legault a remercié ses deux prédécesseurs «d’avoir accepté de représenter le Québec et de s’être rendus disponibles dans de très courts délais pour ce mandat important». Il a expliqué qu’il ne pouvait pas se rendre lui-même dans la capitale française «en raison de différents engagements».

M. Legault a de nouveau souligné «l’apport considérable de Jacques Chirac à l’approfondissement des relations franco-québécoises et au rayonnement de la Francophonie dans le monde, de même qu’au maintien de la tradition des rencontres annuelles entre les chefs de gouvernement français et québécois».

C’est la gouverneure générale Julie Payette qui dirigera la délégation canadienne. Elle sera notamment accompagnée de l’ancien premier ministre canadien Jean Chrétien et de l’ambassadrice du Canada en France, Isabelle Hudon.  La Presse canadienne