Plusieurs centaines de personnes sont venues dès jeudi soir, au palais présidentiel de l’Élysée, pour signer les livres d’or installés dans le vestibule, devant une grande photo de l’ancien chef d’État disparu.

Les Français commencent à rendre hommage à Jacques Chirac, «président sympa»

PARIS — La France se prépare vendredi à rendre hommage à Jacques Chirac, au lendemain de la mort, à 86 ans, du chef d’État, qui ne fut jamais plus populaire qu’après la fin de sa très longue carrière politique, couronnée par douze années à l’Élysée.

Afin d’honorer la mémoire de l’ancien chef de l’État, une cérémonie populaire, en présence de la famille, aura lieu dimanche en début d’après-midi aux Invalides, avant une journée de deuil national décrétée lundi, marquée par une messe solennelle et une minute de silence dans les administrations et les écoles.

Cet hommage est lié à «la relation forte que Jacques Chirac entretenait avec les Français. Tous ceux qui l’ont aimé pourront venir» se recueillir auprès du cercueil de Jacques Chirac, a indiqué à l’AFP son gendre Frédéric Salat-Baroux.

L’ancien président sera ensuite inhumé, vraisemblablement le lendemain, dans un cadre strictement privé au cimetière du Montparnasse aux côtés de sa fille Laurence, décédée en avril 2016, a-t-il ajouté, conformément au souhait de son épouse Bernadette.

Jacques Chirac «entre dans l’Histoire et manquera à chacun d’entre nous désormais», a conclu le président Emmanuel Macron jeudi soir, à la fin d’une allocution télévisée remémorant l’action de son prédécesseur, le héraut d’une «France indépendante et fière, capable de s’élever contre une intervention militaire injustifiée lorsqu’il refusa en 2003 l’invasion de l’Irak sans mandat des Nations unies».

Près de 700 personnes sont venues dès jeudi soir au palais présidentiel de l’Élysée pour signer les livres d’or installés dans le vestibule, devant une grande photo de l’ancien chef d’État disparu, et qui resteront accessibles jusqu’à dimanche, pour dire «adieu au président +sympa+», selon les mots vendredi du quotidien Le Parisien.

«Pas vraiment transformé la France»

L’ex-chef de l’État, malade depuis de longues années, s’est éteint «très paisiblement, sans souffrir» et entouré des siens jeudi matin à son domicile, rue de Tournon dans le centre de Paris.

Avec lui disparait l’une des grandes figures de la droite française dont la longévité pendant près de 40 ans, entre brillants succès et échecs cuisants, a démontré une exceptionnelle capacité de rebond.

«Jacques Chirac, c’est plus un style qu’un bilan», a estimé le politologue Pascal Perrineau, qui rappelait le jugement de l’un de ses anciens ministres, Philippe Séguin, disant qu’il était «un Don Juan de la politique, qui préfère la conquête du pouvoir à son exercice».

Un avis partagé par l’historien Jean Garrigues: «C’est sa personnalité qui lui a donné sa popularité, mais il n’a pas pris beaucoup de décisions quand il était président. On ne peut pas dire qu’il ait véritablement transformé la France».

Au fil des évolutions parfois sinueuses de sa ligne politique, restent toutefois quelques constantes: le rejet intransigeant de l’extrême droite, le souci de la cohésion nationale, une approche gaulliste du rôle international de la France, vue comme une puissance d’équilibre devant parler à tous.

Les dirigeants du monde entier ont réagi rapidement, certains évoquant avec émotion leur amitié pour celui qui a présidé la France de 1995 à 2007. La chancelière allemande Angela Merkel a salué «un formidable partenaire et ami», et le président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a considéré que l’Europe «perdait une de ses figures de proue, la France un grand homme d’État et moi un ami fidèle». Le président chinois Xi Jinping a évoqué un «vieil ami de la Chine».

«Notre maison brûle»

La présidence de Jacques Chirac restera marquée par son «non» en 2003 à la guerre d’Irak, la fin de la conscription militaire, la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans les crimes nazis et le cri d’alarme face à la dégradation de l’environnement («notre maison brûle», lors du Sommet de la Terre de 2002).

En 2007, affaibli par un accident vasculaire cérébral qui l’a frappé deux ans plus tôt, il doit voir triompher son ancien ministre et rival Nicolas Sarkozy.

«Pertes de mémoire», «absences», surdité: Jacques Chirac apparaîtra ensuite de plus en plus rarement en public.

Particulièrement populaire depuis qu’il avait quitté le pouvoir, Jacques Chirac avait essuyé de cuisants échecs, comme en 1997, quand sa dissolution de l’Assemblée nationale, qui devait lui permettre de conforter sa majorité, avait finalement provoqué une humiliante déroute de la droite en France.

Il avait aussi été rattrapé par les juges après son retrait de la politique et avait été, en 2011, le premier ancien chef de l’État français condamné au pénal, à deux ans d’emprisonnement avec sursis, pour une affaire d’emplois fictifs à la mairie de Paris.

Jacques Chirac vivait à Paris avec son épouse Bernadette. Il avait deux filles, Laurence, anorexique depuis sa jeunesse, décédée en avril 2016, et Claude, qui fut sa conseillère en communication.