Plus de 700 rassemblements ont eu lieu samedi à travers les États-Unis, dont à Chicago, où a été prise cette photo.

Les familles de migrants doivent rester unies, scandent des milliers d'Américains

WASHINGTON — Des centaines de manifestations, petites et grandes, se sont déroulées samedi à travers les États-Unis contre la politique migratoire de Donald Trump et pour réclamer le regroupement immédiat des enfants et de leurs parents clandestins appréhendés à la frontière mexicaine.

L’un des grands rassemblements avait lieu dans le parc jouxtant la Maison-Blanche, à Washington, avec des milliers de personnes de tous les âges, dans une atmosphère oscillant entre indignation et tristesse, par 33 degrés sous un soleil implacable.

«Nous ne croyons pas aux frontières, nous ne croyons pas aux murs», a lancé Sebastian Medina-Tayac, membre de la nation indienne de Piscataway, en espagnol et en anglais.

L’enregistrement d’un enfant de migrants pleurant à la recherche de ses parents a été diffusé sur des haut-parleurs. Jocelyn, une mère brésilienne, séparée de son fils pendant neuf mois, a témoigné de son calvaire au micro: «On lui a dit qu’il finirait peut-être par être adopté», a-t-elle raconté à la foule, déclenchant un cri collectif spontané: «Honte! Honte!»

«C’est du racisme à peine voilé», dit Dorothy Carney, une professeure de français venue de Charlottesville, en Virginie. «Le mal l’emportera si les gens bien ne font rien. Au moins, on fait quelque chose», relève-t-elle.

D’autres prenaient moins de précautions. Pour Rick, originaire de Puerto Rico, «c’est fasciste».

«Je suis en colère, triste, écoeurée», dit Rita Montoya, avocate de Washington originaire du Mexique, venue comme beaucoup d’autres avec ses jeunes enfants. «Nous sommes des enfants d’immigrés, nous contribuons à ce pays depuis suffisamment longtemps, il faut que ce pays commence à nous montrer un peu de respect».

«Les familles doivent rester ensemble» est le slogan de cette journée, alors que les autorités fédérales américaines ont désormais pour ordre de ramener les enfants auprès de leurs parents, une tâche qui s’éternise.

Mêmes scènes à New York, où l’on voyait aussi des slogans tels que «Abolissez l’ICE», la police de l’immigration, une cause auparavant marginale, mais qui est en train de gagner en popularité au sein de la gauche américaine.

Sur une pancarte, Courtney Malloy, avocate new-yorkaise de 34 ans, a écrit que «le seul bébé qui mérite d’être en cage est Donald Trump». «C’est vraiment très important pour nous de montrer au monde, et en particulier aux immigrés, que nous sommes de leur côté. Ceci n’est pas l’Amérique», dit-elle.

«C’est tellement cruel de séparer les enfants», renchérit Julia Lam, 58 ans, immigrée de Hong Kong dans les années 1980. «Je ne sais pas s’il se rend compte de ce qu’il a fait aux enfants».

Des milliers de New-Yorkais rassemblés samedi pour protester contre la politique migratoire de Donald Trump.

Abolir l’ICE

Le président américain a annulé le 20 juin sa politique de séparation des familles, mais vendredi, environ 2000 enfants sur plus de 2300 attendaient toujours de retrouver leurs parents. Les mineurs sont pris en charge dans des foyers répartis dans tout le pays, parfois à des milliers de kilomètres du centre de détention où sont retenus leurs parents.

Un juge fédéral de San Diego a donné 30 jours aux autorités fédérales pour ces regroupements, et deux semaines quand les enfants ont moins de cinq ans.

C’est la lenteur de ce processus et l’annonce du gouvernement Trump que les familles entières seraient dorénavant placées en détention, sans exception pour la présence d’enfants, qui provoquent la colère de la gauche et le malaise d’une partie des républicains.

Plusieurs élus démocrates de haut rang souscrivent depuis quelques jours à la revendication de la suppression de l’ICE, dont le maire de New York, Bill de Blasio, et la sénatrice de New York, Kirsten Gillibrand, candidate potentielle à l’élection présidentielle de 2020.

Créée en 2003, moins de deux ans après les attentats du 11 septembre 2001, l’ICE incarne la politique de «tolérance zéro» de l’administration Trump, ses agents ayant pour tâche principale d’interpeller les personnes en situation irrégulière, en vue de leur expulsion.

«À tous les hommes et femmes courageux de l’ICE: ne vous inquiétez pas, gardez le moral. Vous faites du travail fantastique pour nous protéger en éradiquant les pires éléments criminels», a-t-il tweeté samedi matin.

«Les démocrates de la gauche radicale ne veulent plus de vous. Bientôt ce sera toute la police. Aucune chance que ça arrive!» a-t-il ajouté.

Le milliardaire était samedi près de New York, à son golf de Bedminster dans le New Jersey. Quelque 200 manifestants se trouvaient à l’extérieur. «Même la famille Trump doit rester ensemble», disait l’une des pancartes.

+

MANIFESTATIONS AU CANADA

TORONTO — Plusieurs manifestations se sont déroulées partout au Canada, samedi, afin de dénoncer la politique des États-Unis entraînant la séparation des familles qui traversent illégalement la frontière américano-mexicaine.

Alexandra Vaz, qui a organisé le rassemblement devant le consulat américain à Toronto, a confié avoir décidé de passer à l'action parce que, en tant que mère d'une petite fille, elle ressentait beaucoup de frustration relativement à ce qui se passe aux États-Unis.

«Quand on est témoin de quelque chose qui est mal, on est l'obligation morale d'agir et de montrer que ce ne sera pas toléré», a commenté Mme Vaz.

Le président américain, Donald Trump, a récemment ordonné que les familles ne soient plus séparées, mais les autorités estiment que 2000 enfants n'ont toujours pas été ramenés à leurs parents.

Le message que voulaient exprimer les manifestants de Toronto samedi était clair : les membres d'une même famille doivent rester ensemble.

Laura Prado, une Urugayenne arrivée au Canada en 1986, a déclaré qu'elle ne pouvait pas supporter l'idée d'être séparée de son enfant.

Elle a été horrifiée d'entendre un enregistrement des enfants en détention réclamer leurs parents.

«C'était cruel et inhumain, mais ce qui m'a le plus choqué c'est que tout ça était fait publiquement», observe Mme Prado.

«Si on ne dit rien, les choses vont s'aggraver. Nous avons cinq petits-enfants et nous nous inquiétons pour leur avenir», a confié John, un manifestant qui a fait le trajet de Barrie à Toronto avec sa femme.

Plus d'une dizaine de manifestations avaient été organisées dans plusieurs villes au pays, dont Toronto, Halifax, Ottawa et Vancouver.

Tout au long de la manifestation, la pile d'animaux en peluche a continué de prendre de l'ampleur. Ces jouets représentaient les enfants séparés de leur famille et détenus aux États-Unis. Les peluches faisaient toutes face au consulat américain.

Pour certains manifestants, le drame qui se joue au sud de la frontière a des échos jusqu'ici.

«J'ai grandi avec certains traumatismes moi-même et voir ces enfants m'a replongée dans le passé, témoigne Amy Miranda, qui a pris part à l'organisation. C'est douloureux et ça brise le coeur, de nombreuses personnes ont la nausée et c'est ce qu'on devrait ressentir. C'est une crise humanitaire, pas de la politique.»

Plusieurs manifestants un peu partout au pays ont souligné le fait que le Canada aussi a séparé de nombreuses familles à travers son histoire et qu'il continue de le faire.

À Halifax, la militante Masuma Khan, s'est rappelée l'arrivée de sa famille qui a immigré d'Afghanistan il y a quelques décennies. «Je n'arrive pas à imaginer ce que ç'aurait été d'être séparé de mes parents», dit-elle.

«Mais la réalité c'est que ce pays a séparé des enfants de leurs parents autochtones depuis sa création», soutient Mme Khan en citant l'exemple de la rafle des années 1960. 

Gabriele Roy, La Presse canadienne