Le président français Emmanuel Macron serre la main d'étudiants après s'être livré à une période de questions-réponses à l'Université George Washington, mercredi.

Les États-Unis pressés d'abandonner l'isolationnisme

WASHINGTON — Le président français Emmanuel Macron a pressé les États-Unis de mettre de côté la peur et l'isolationnisme, mercredi, pour plutôt embrasser la relation historique qui unit les deux pays et établir une nouvelle ère de leadership et de sécurité.

M. Macron a déclaré devant le Congrès américain que «les Américains et les Français ont eu un rendez-vous avec la liberté».

S'adressant presque directement au président Donald Trump, il a rapidement abordé les enjeux majeurs concernant la Syrie, l'accord sur le nucléaire en Iran, le libre-échange et l'accord de Paris sur le climat. Des thèmes sur lesquels les deux chefs d'État ne s'entendent pas. Il a alors exhorté les États-Unis à ne pas abandonner leur rôle historique et militaire sur la scène internationale.

Le président français a souligné que le monde traverse une période de colère et de peur en raison de menaces qui pèsent partout sur la planète. Il a interpellé les élus américains en leur mentionnant que la peur et la colère ne peuvent rien bâtir.

Emmanuel Macron a pris en exemple plusieurs grands leaders américains, dont l'ancien président Franklin D. Roosevelt, pour mettre le Congrès en garde contre l'idée de s'isoler dans la peur du reste du monde.

Il a proposé d'adopter une «nouvelle sorte de militarisme» plus efficace, plus imputable et orientée sur les résultats. Une stratégie qui nécessite plus que jamais l'implication des États-Unis, selon lui.

«Nous avons deux choix devant nous. On peut choisir l'isolationnisme, le retrait et le nationalisme. Cela peut paraître comme un remède temporaire tentant pour calmer nos peurs, mais fermer la porte au reste du monde ne va pas arrêter l'évolution du monde», a déclaré M. Macron.

Le président français a réitéré son appui aux sanctions américaines contre la Corée du Nord. Au sujet de l'Iran, Emmanuel Macron a insisté sur le fait que l'objectif est clair et que cet État ne doit jamais posséder d'arme nucléaire. Il a toutefois mis en garde contre la tentation de renier le traité déjà signé.

Le président Macron a par ailleurs dit s'attendre à ce que les États-Unis réintègrent l'accord de Paris sur le climat.

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«SOYEZ DIRECTS!»

Debout en bras de chemise sur une estrade aux allures de ring de boxe, le président français Emmanuel Macron s'est offert un moment d'expression libre mercredi au dernier jour de sa visite d'État à Washington, lors d'une séance de questions-réponses avec plus d'un millier d'étudiants de l'université George Washington.

«Je suis là pour vous, soyez directs!» a-t-il dit en anglais en grimpant sur l'estrade dressée au centre de la salle de basket de la GWU, applaudi par les étudiants assis sur des gradins bleus aux couleurs de l'équipe.

Signe de l'intérêt qu'il suscite, les spectateurs avaient été tirés au sort par l'université, dépassée par les 5000 demandes de billets alors que les 1200 places disponibles s'étaient arrachées en 10 minutes.

Arrivé à pied, en retard, après avoir bavardé sur le trottoir avec quelques étudiants arborant des pancartes contre le «bombardement en Syrie», il a été chaleureusement ovationné debout par le public. La GWU, qui compte 36 000 étudiants, est connue pour être très engagée politiquement.

Grève des cheminots

Emmanuel Macron apprécie beaucoup ces échanges à bâtons rompus, une forme de communication directe avec la jeunesse qu'il a déjà expérimentée lors de ses visites au Burkina Faso et en Inde.

Surprise, la première question à laquelle il a répondu portait sur les grèves dans la fonction publique aux États-Unis et en France, ainsi que dans les chemins de fer.

«La grève est un expression de la démocratie», «il y a beaucoup de grèves et de manifestations, c'est normal quand on fait des réformes, il y a des désaccords, mais au bout du compte vous avez une loi qui est votée», a-t-il répondu.

Il a ensuite répondu à des questions variées : avenir de l'Europe, montée de l'antisémitisme, relation avec le dalaï lama, politique africaine, Syrie, lutte contre Daech, immigration, guerre commerciale. Mais il a aussi été questionné sur la situation française, comme le retour ou non de la division gauche-droite.

Il s'est notamment dit prêt à agir comme médiateur entre le dalaï lama et la Chine pour résoudre la crise au Tibet.

«Si la France peut être utile pour régler la situation entre le dalaï lama et son peuple, et la Chine, je ferai de mon mieux», a-t-il affirmé.

Mais c'est sur une question sur l'immigration, l'islam et l'insécurité, posée par une étudiante qui voyait un lien entre ces sujets, qu'il a le plus longuement répondu, avec un plaidoyer pour la tolérance qui a été très applaudi.

Il était particulièrement attendu là-dessus, certains étudiants le soupçonnant d'être anti-immigrant et islamophobe. Une image alimentée par les félicitations que lui avait adressées la veille Donald Trump, qui a salué les mesures «pas toujours populaires» prises par la France pour lutter contre «l'immigration incontrôlée».

«L'islam est un défi pour nos sociétés parce que cette religion est nouvelle, originaire d'une autre partie du monde», a plaidé le président français. «Maintenant des millions de personnes y croient et ce sont nos concitoyens, avec les mêmes droits. Il existe une tension avec l'islam parce que nos populations ne sont pas habituée, parfois. La bonne réponse n'est pas de dire que nous devons nous en débarrasser», a-t-il dit, déclenchant des applaudissements de la salle.

«La meilleure réponse est la tolérance et que chacun respecte les règles. Si au nom de votre religion, vous ne respectez pas les lois, je suis contre vous mais vous pouvez croire à ce que vous voulez», a-t-il dit.

Quant à l'immigration il a défendu le principe de la loi en cours d'adoption en France, qui améliore le droit d'asile mais limite l'entrée de ceux venus pour des raisons économiques. «Vous ne pouvez pas accepter tout le monde car n'est pas une charge soutenable pour la société française», a-t-il plaidé.

Kimberly Hernandez, 22 ans, a trouvé le chef de l'État «charismatique» et «convaincant», en espérant toutefois «qu'il colle à ses idées». Quant à Kiara Montevon, 22 ans elle aussi, elle a salué le fait «qu'il a répondu aux questions sans se défiler».

Cyril Julien, Agence France-Presse