Des «gilets jaunes» se rassemblent pour regarder sur leurs écrans l'incendie de Notre-Dame de Paris.

Les dons suscitent le débat dans la France des «gilets jaunes»

PARIS — Devant l’afflux vertigineux des dons pour reconstruire Notre-Dame, des voix dénoncent une générosité sélective, dans une France secouée depuis des mois par la crise des «gilets jaunes», et où les dons aux plus démunis sont en baisse.

«S’ils sont capables de donner des dizaines de millions pour reconstruire Notre-Dame, qu’ils arrêtent de nous dire qu’il n’y a pas d’argent pour satisfaire l’urgence sociale», a ainsi dénoncé Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, l’un des principaux syndicats français.

Ingrid Levavasseur, une des figures des «gilets jaunes», acteurs d’une crise sociale en France depuis novembre, a souhaité «qu’on revienne à la réalité» et dénoncé «l’inertie des grands groupes face à la misère sociale, alors qu’ils prouvent leur capacité à mobiliser en une seule nuit “un pognon de dingue” pour Notre-Dame».

L’expression familière «on dépense un pognon de dingue» avait été utilisée par le président Macron à propos des aides sociales, suscitant de vives critiques.

«Que l’oligarchie donne pour Notre-Dame, c’est bien. L’exemplarité fiscale serait encore mieux. La bonne conscience ne cache pas la misère et l’austérité», a dénoncé sur Twitter Benjamin Cauchy, autre «gilet jaune».

De fait, la générosité des donateurs est en partie payée par de l’argent public, car une loi de 2003 prévoit que les entreprises qui investissent dans la culture peuvent déduire 60 % de leurs dépenses en faveur du mécénat.

Pour éteindre les critiques, le premier ministre Édouard Philippe a annoncé mercredi une déduction de 75 % jusqu’à 1000 euros (66 % au-delà) pour les dons des particuliers en faveur de la reconstruction.

Et devant la polémique montante, François-Henri Pinault, patron du groupe de luxe Kering, a décidé de renoncer à cet avantage fiscal.

De nombreuses voix soulignent aussi que l’élan de générosité pour Notre-Dame intervient à un moment où les associations de lutte contre la pauvreté font face à une baisse des dons.

La sénatrice écologiste Esther Benbassa a tweeté en rêvant d’«un élan aussi spontané et massif en faveur des associations et structures prenant en charge l’extrême pauvreté, l’exclusion sociale, les sans-abri».