Le candidat Andrej Babis refuse obstinément l’adoption de l’euro, une monnaie «en faillite» selon lui.

Le «Trump tchèque» au seuil du pouvoir

PRAGUE - En dépit de soupçons de fraude aux fonds européens, le milliardaire Andrej Babis se dirige vers une victoire aux législatives tchèques de vendredi et samedi, avec son discours anticorruption et anti-euro.

Qualifié de «version tchèque de Trump» par le magazine Forbes, l’entrepreneur de 63 ans aux cheveux courts poivre et sel, magnat de l’agroalimentaire, de la chimie et des médias, est le deuxième homme le plus riche du pays.

Entré en politique en 2011 avec son mouvement populiste ANO («oui»), il réussit une percée grâce à ses promesses d’une politique plus «propre» dans ce pays membre de l’Union européenne (UE) de 10,6 millions d’habitants, plus corrompu que le Botswana à en croire Transparency International.

Les législatives de 2013 font d’ANO la deuxième force politique du pays. Depuis, Andrej Babis est souvent accusé d’affaires et de transactions douteuses, ce qu’il nie catégoriquement.

À la veille du scrutin, il continue à répéter son mantra de «maintenant ou jamais», exhortant ses électeurs à saisir la «dernière chance» pour battre «l’hydre perfide de la corruption étouffant le pays».

Andrej Babis refuse obstinément l’adoption de l’euro, une monnaie «en faillite» selon lui. Et il fait écho à d’autres dirigeants de pays d’Europe de l’Est hostiles aux quotas pour la répartition des migrants ainsi qu’à d’autres règles perçues comme une tentative de Bruxelles de limiter leur souveraineté nationale.

En revanche, il ne prône pas un «Czexit», mais se fait plutôt partisan de réformes de l’UE en vue d’encourager la libre circulation des capitaux, des marchandises, de la main d’oeuvre et des services.

Entreprise familiale

ANO fait partie depuis janvier 2014 d’une coalition contre nature avec les sociaux-démocrates CSSD et les chrétiens-démocrates KDU-CSL.

Les électeurs de M. Babis apprécient ses promesses de «gérer l’État comme une entreprise familiale», sans se soucier de ceux qui lui reprochent d’avoir étendu les avantages fiscaux pour les biocarburants, mesure bénéfique pour son conglomérat de sociétés Agrofert.

En mai, M. Babis a perdu le portefeuille des Finances à la suite d'un conflit avec le premier ministre social-démocrate Bohuslav Sobotka. Ce dernier voit d’un mauvais oeil ses transactions financières douteuses ainsi que de possibles fraudes fiscales et conflits d’intérêts.

En même temps, le chef d’ANO se retrouve au coeur d’une affaire de fuites des enregistrements de ses conversations, laissant supposer qu’il a tenté d’influencer un journaliste pour qu’il s’attaque à ses rivaux politiques.

Depuis début octobre, il fait aussi l’objet d’une inculpation de fraude aux fonds européens d’un montant de 2 millions d’euros, destinés à financer la construction en 2007 de sa ferme Nid de cigogne, avec un complexe hôtelier.

La Cour constitutionnelle slovaque fait quant à elle ressurgir les soupçons de sa collaboration d’avant 1989 avec la police secrète communiste StB.

«Il n’y a aucune preuve, je n’ai rien signé, je n’ai pas collaboré avec la police secrète», répète-t-il. L’accusation doit faire l’objet d’une nouvelle instruction.

Selon M. Babis, toutes ces affaires ne visent qu’à torpiller la popularité d’ANO.

Plus riche que Trump

Ex-communiste qui aime distribuer des beignets à ses partisans, Andrej Babis a accumulé selon Forbes une fortune de 3,49 milliards d’euros, dépassant celle de Donald Trump (3,1 milliards $).

Né le 2 septembre 1954 à Bratislava, le jeune Andrej fréquente l’école primaire à Paris et secondaire à Genève, grâce à son père, un «cofondateur du commerce extérieur slovaque» selon lui.

«Je faisais de petits boulots depuis l’âge de 15 ans, je distribuais du lait, je déchargeais des colis, je travaillais sur des chantiers», se souvient-il.

Diplômé d’économie, il se lance lui aussi dans le commerce extérieur et franchit régulièrement le rideau de fer avant la chute du régime totalitaire en 1989.

Représentant commercial au Maroc de 1985 à 1991, il regagne son pays, divisé en 1993 en deux États indépendants, et commence à bâtir son groupe Agrofert. Avant d’être attiré par la politique.

«Je suis un homme riche. J’ai réalisé presque tous mes rêves. J’ai gagné beaucoup d’argent grâce à un travail honnête», affirme ce père de quatre enfants, dont deux avec sa deuxième épouse Monika, de 20 ans sa cadette.