Cette fusillade dans une synagogue à Poway, en Californie, au dernier jour des festivités de la Pâque juive, est intervenue six mois exactement après celle qui avait coûté la vie à 11 personnes le 27 octobre dans une synagogue de Pittsburgh, en Pennsylvanie.

Le spectre de l’antisémitisme refait surface aux États-Unis

WASHINGTON — L’attaque samedi contre une synagogue californienne a ravivé les craintes d’une montée de l’antisémitisme aux États-Unis, bien que le président Donald Trump, souvent accusé d’attiser les tensions raciales et religieuses, ait rapidement dénoncé ce crime «motivé par la haine».

«Nous ne nous laisserons pas intimider. Le terrorisme ne l’emportera pas», a déclaré dimanche le rabbin Yisroel Goldstein, qui a perdu un doigt dans l’attaque à l’arme automatique menée la veille dans une synagogue de Poway, près de San Diego, par un homme de 19 ans se revendiquant comme antisémite et islamophobe.

Une femme y a perdu la vie et deux autres personnes ont été blessées.

«Nous, Américains, ne pouvons pas nous incliner face à la haine insensée qu’est l’antisémitisme», a-t-il ajouté sur la chaîne NBC.

Le rabbin, qui avait malgré ses blessures continué à prêcher à l’extérieur de la synagogue avant l’arrivée des secours, a expliqué avoir ainsi voulu «donner du courage» à sa congrégation. «Cet évènement horrible doit sonner l’alarme sur la sécurité de tous nos lieux de culte», a-t-il ajouté.

Dès samedi soir, Donald Trump a «condamné avec force les maux de l’antisémitisme et de la haine, qui doivent être vaincus». «Nous ferons la lumière sur beaucoup de choses qui se produisent dans ce pays», a-t-il promis, sans plus de précisions.

Le milliardaire républicain avait été vivement critiqué pour sa réponse aux manifestations néonazies d’août 2017 à Charlottesville, en Virginie, lors desquelles une manifestante antiraciste avait été tuée. À l’époque, il avait déclaré que «des gens bien» se trouvaient «des deux côtés», ce qu’a rappelé jeudi l’ancien vice-président démocrate Joe Biden quand il a annoncé sa candidature à la Maison-Blanche.

Sa proche conseillère Kellyanne Conway a tenté dimanche de dissiper l’impression que M. Trump se trouve sur la défensive sur le sujet de l’antisémitisme et du suprématisme blanc. «Le président a qualifié cela de crime motivé par la haine avant» les responsables californiens, a-t-elle affirmé sur CNN.

Cette fusillade, au dernier jour des festivités de la Pâque juive, est intervenue six mois exactement après celle qui avait coûté la vie à onze personnes le 27 octobre dans une synagogue de Pittsburgh, en Pennsylvanie.

Elle suit aussi les attentats suicides de Pâques, qui ont frappé dimanche dernier au Sri Lanka des églises de la minorité chrétienne et des hôtels de luxe, faisant 253 morts, ainsi que le carnage commis le 15 mars contre des mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, par un suprématiste blanc australien qui a tué 50 fidèles musulmans au moment de la prière.

Discours clivant

L’attaque contre la synagogue de Poway a été condamnée dans le monde entier, notamment par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a appelé la communauté internationale à «intensifier la lutte contre l’antisémitisme».

L’Anti-Defamation League, organisation combattant l’antisémitisme, a dénombré un bond de 57 % des incidents antisémites aux États-Unis en 2017, la hausse la plus brutale depuis les années 1970.

Sans citer Donald Trump, son président a souligné dans un communiqué que les discours clivants avaient des conséquences.

«Créer des divisions entre les gens à cause de la façon dont ils prient, à cause de leur apparence ou de leurs croyances, c’est donner de l’oxygène aux extrémistes», a déclaré Jonathan Greenblatt. «Les groupes religieux de toutes sortes doivent s’épauler et rejeter non seulement la violence, mais les discours destructeurs qui les dressent les uns contre les autres, partout, et tout le temps».

Signe de la généralisation de ce genre de discours, le très progressiste New York Times s’est excusé samedi pour avoir publié jeudi une caricature à forts relents antisémites représentant le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son homologue américain Donald Trump.

Le dessin, publié jeudi dans l’édition internationale, montre M. Netanyahu en chien-guide portant un collier avec une étoile de David et menant un M. Trump aveugle et coiffé d’une kippa.

Dans un tweet dimanche, le vice-président américain Mike Pence a condamné «l’antisémitisme sous toutes ses formes, y compris les caricatures politiques du New York Times».

La jeune élue musulmane Ilhan Omar, menacée de mort depuis que Donald Trump a tweeté un montage vidéo donnant l’impression qu’elle minimisait les attentats du 11-Septembre, a été l’une des premières à réagir à l’attaque de Poway.

«La réponse, c’est l’amour. Le moyen, c’est l’amour, et, oui, moins d’armes à feu», a-t-elle tweeté samedi soir.