Les magasins sont demeurés fermés, vendredi, notamment à Managua, au Nicaragua.

Le Nicaragua paralysé par une grève

MANAGUA — Le président nicaraguayen Daniel Ortega a mobilisé vendredi ses partisans pour marcher sur Masaya, la ville la plus rebelle du pays, en réponse à une grève générale décrétée par l’opposition paralysant le pays.

La plupart des marchés, banques, magasins, stations-service et restaurants à travers le pays étaient fermés, en réponse à l’appel des adversaires du chef de l’État ou par peur des pillages, a constaté l’AFP.

Ces actions des deux camps se déroulent dans un pays sous tension: le Nicaragua est secoué par une vague de violence qui a fait 264 morts en trois mois, selon la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH).

«Je travaille par nécessité. Mais la grève est une arme pour mettre la pression sur le gouvernement, car cette situation semble sans fin. C’est nous, les pauvres, qui sommes en train de mourir», a déclaré à l’AFP Adolfo Diaz, cireur de chaussures de 67 ans, perdu au milieu des rideaux de fer du vaste marché Huembes, qui réunit 4500 échoppes dans l’est de Managua.

À Managua, les fidèles d’Ortega sont partis à bord de centaines de véhicules et motos, agitant des drapeaux rouge et noir du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche), le parti au pouvoir, en direction de Masaya, 30 km plus au sud.

Le président Ortega et sa femme Rosario Murillo, également sa vice-présidente, se trouvaient dans ce convoi qui commémore la révolution sandiniste de 1979. Les gardes du corps courraient autour du puissant 4X4 blanc de marque allemande.

«On veut faire une démonstration de force, prouver que le FSLN n’est pas enterré, qu’il est toujours puissant et qu’il représente la majorité», a déclaré à l’AFP Carlos Lopez, 57 ans.

Opposant détenu

Cette deuxième grève générale de 24 heures a débuté dans la nuit de jeudi à vendredi, à l’appel de l’Alliance civique pour la démocratie et la justice, coalition de l’opposition qui inclut des secteurs de la société civile. Un premier mouvement social identique avait bloqué le pays le 14 juin, faisant quatre morts.

Les adversaires d’Ortega demandent justice, des élections anticipées ou le départ du président, accusé d’avoir durement réprimé les manifestations et mis en place avec sa femme Rosario Murillo une «dictature» marquée par la corruption et le népotisme.

Pour le gouvernement, les protestataires sont des «délinquants» issus de la «droite putschiste» soutenue par les États-Unis.

Selon l’opposition, la grève était suivie à 90 %, tandis que des médias proches du pouvoir faisaient état d’une situation normale dans certaines zones.

La grève s’inscrit dans une série d’actions sur trois jours lancée par le camp anti-Ortega pour renforcer la pression sur le gouvernement.

La veille, une marée bleu et blanc, les couleurs du Nicaragua, a envahi les rues de la capitale et d’autres villes. Des affrontements durant une marche à Morrito, dans le sud-est du pays, ont fait cinq morts: quatre policiers et un manifestant.

Un dirigeant de l’opposition Medardo Mairena, qui participe aux pourparlers avec le gouvernement, a été arrêté vendredi dans cette affaire, a annoncé la police.

Samedi, un convoi d’opposants en véhicules doit parcourir les quartiers est de la capitale, où la police et les groupes paramilitaires ont réalisé de violentes opérations pour démonter les barricades des manifestants.

Le pays le plus pauvre d’Amérique centrale est secoué par des manifestations d’une ampleur historique contre Daniel Ortega, ex-guérillero de 72 ans au pouvoir depuis 2007 après l’avoir déjà été de 1979 à 1990.

«Marche vers la victoire»

Le «repli», du nom de cet épisode historique, a eu lieu le 27 juin 1979: des milliers de guérilleros de Managua s’étaient alors repliés à Masaya pour rassembler leurs forces avant de renverser le dictateur Anastasio Somoza.

«Tous les marcheurs de la paix, de l’avenir, de l’amour, à [la marche du] repli avec Daniel [...] car nous sommes en train de faire gagner la paix»,  a déclaré Rosario Murillo en mobilisant les fidèles du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche), le parti au pouvoir.

«La marche vers la victoire ne s’arrête pas», a ajouté Murillo.

Masaya, le quartier indigène de Monimbo, était en alerte. «Non au repli», «on ne se rendra jamais», «Monimbo résiste aujourd’hui, demain et toujours», pouvait-on lire sur les murs et les barricades.

Face à l’aggravation de la situation, l’Organisation des Etats américains (OEA) tenait une session extraordinaire vendredi sur le Nicaragua.

Très influente au Nicaragua, l’Église catholique joue le rôle de médiatrice entre le gouvernement et l’opposition, en demandant notamment des élections anticipées, mais sans succès: le président Ortega a rejeté cette éventualité.