Le gestionnaire du pont montré du doigt

GêNES — Le gouvernement populiste italien a déclaré la guerre à la société autoroutière gestionnaire, qui compte bien se défendre, et a par ailleurs annoncé la fin du péage pour les ambulances, après l’effondrement dramatique d’une portion de viaduc à Gênes, dans le nord du pays.

Sur place, les grues et les pelleteuses continuaient jeudi de déblayer des décombres alors que des personnes sont encore portées disparues. «Nous cherchons toujours des cavités qui puissent héberger des gens, vivants ou pas», a déclaré à l’AFP Emanuele Gissi, un responsable des pompiers.

Le bilan n’a pas évolué de la journée : 38 morts et 15 blessés, dont cinq se trouvent encore dans un état grave. Une vingtaine de personnes seraient également disparues.

L’Italie observera samedi une journée de deuil national, à l’occasion d’une cérémonie de funérailles solennelles qui seront célébrées à 11H30 (9H30 GMT) à la Fiera de Gênes, un centre d’expositions, en présence de toutes les plus hautes autorités de lÉtat.

Alors que le championnat de football doit reprendre ce week-end, les matches prévus dimanche de la Sampdoria et du Genoa, les deux équipes de Gênes, ont été reportés à une date ultérieure. Pour les autres rencontres, les joueurs observeront une minute de silence et porteront un brassard noir.

Pendant ce temps, des pompiers ont escorté des habitants des 11 immeubles évacués en contrebas de ce qui reste du pont, afin qu’ils viennent y chercher des affaires. Une partie de ces immeubles sont condamnés, mais dans la soirée, les habitants de quatre d’entre eux ont été autorisés à s’y réinstaller.

«Moi je suis né ici, je suis né dans cet immeuble juste là, donc je suis un peu ému», a déclaré à l’AFP Francesco Formichella, 68 ans, l’un des premiers à rentrer.

La plupart de ses voisins moins chanceux sont hébergés par des proches, tandis que d’autres logent désormais dans un hôtel qui accueille aussi des familles de victimes, venues pour reconnaître les corps et participer aux funérailles.

Depuis deux jours, la presse et les réseaux sociaux saluent ces destins brisés : une famille en route vers la Sardaigne, des jeunes Français partis faire la fête, un couple de retour de voyage de noces...

«Mourir en payant le péage»

Mais au-delà du deuil, il y a aussi la colère. «On ne peut pas mourir en payant le péage en Italie», a martelé le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste).

Le gouvernement a annoncé son intention de révoquer la concession d’Autostrada per l’Italia sur le tronçon où se trouve le pont effondré.

«Nous ne pouvons pas attendre la justice pénale», a fait valoir le chef du gouvernement, Guiseppe Conte. «Autostrade avait le devoir et l’obligation, l’engagement, d’assurer l’entretien de ce viaduc et la sécurité de tous ceux qui voyageaient dessus».

La société Autostrade per l’Italia, qui appartient au groupe Atlantia, lui-même contrôlé par la famille Benetton, a réagi en évoquant le sérieux de ses contrôles de sécurité.
La société a aussi assuré travailler «d’arrache-pied» à la reconstruction du pont, qui pourrait «être achevé dans les cinq mois» une fois le site accessible après la fin des recherches et des relevés d’enquête.

Atlantia a pour sa part dénoncé une annonce faite «en l’absence de toute certitude sur les causes effectives» du drame. Et a prévenu que la révocation coûterait cher en indemnités à l’Etat. Selon des médias italiens, cela se chiffre en milliards d’euros.

Cela n’a pas empêché le titre de plonger à la Bourse de Milan, où il a clôturé sur une baisse de 22 %.

Gratuit pour les ambulances

«Si j’avais été un dirigeant d’Autostrade per l’Italia, j’aurais suspendu quelques péages, mais dans l’heure qui a suivi» le drame, a aussi lancé l’autre vice-Premier ministre, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite).

Message entendu : dans l’après-midi, Autostrade per l’Italia a annoncé que dorénavant, les ambulances ne paieraient plus le péage sur l’ensemble de son réseau, qui couvre près de la moitié des quelque 6.000 km d’autoroute du pays.

Autre cible du gouvernement italien : l’Union européenne et sa politique d’austérité accusée d’empêcher les investissements.

«Les investissements qui sauvent des vies, des emplois et le droit à la santé ne doivent pas faire l’objet des calculs rigides et des règles imposées par l’Europe», a déclaré M. Salvini.
La Comission européenne a réagi en assurant avoir encouragé l’Italie à investir dans ses infrastructures et en rappelant que les Etats membres étaient «libres de fixer» leurs priorités.

Alors que l’enquête judiciaire est en cours, le ministère des Infrastructures a annoncé jeudi la création d’une commission d’inspection chargée de remettre un rapport au ministre «dans les 30 jours» sur les causes du drame.

Le ministère a aussi lancé une série de contrôles sur l’état des routes et demandé à tous les exploitants d’infrastructures de signaler avant le 1er septembre les interventions nécessaires.

Jeudi, les grues et les pelleteuses continuaient de déblayer des décombres. «On essaie de sectionner les grands morceaux de béton qui sont tombés du pont, et après on les déplace avec les grues et on envoie des chiens de recherche, puis notre personnel s’il y a des signes positifs», a expliqué M. Gissi.

Personne ne se hasarde à donner un chiffre sur le nombre de disparus. Mais M. Salvini a assuré : «Ceux qui sont en train de fouiller nous disent qu’il y en encore d’autres personnes là-dessous».