Une manifestante en faveur du droit à l’avortement

Le droit à l’avortement se heurte au Sénat argentin

BUENOS AIRES — Après l’Irlande en mai, un autre pays catholique et conservateur se dotera-t-il du droit à l’avortement? Les sénateurs d’Argentine vont probablement rejeter le projet de loi, après son adoption par les députés.

Dans un pays où l’Église exerce une influence historique, renforcée par la présence d’un pape argentin à Rome, une majorité de sénateurs (37 sur 72) ont fait connaître leur intention de voter contre le texte.

Le débat parlementaire se poursuivait tard mercredi soir dans l’hémicycle.

Le texte légalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) au cours des 14 premières semaines de grossesse a été adopté de justesse par les députés le 14 juin (129 voix pour, 125 contre).

Le Sénat est plus conservateur, car chacune des 24 provinces dispose de trois représentants, quel que soit son poids démographique. La capitale et la province de Buenos Aires, plus favorables à l’IVG, y sont sous-représentées alors qu’elles abritent plus du tiers de la population du pays.

Dans une atmosphère festive, les militants pro et anti-IVG étaient mobilisés en nombre sur la place du Congrès à Buenos Aires, divisée en deux, à l’image de la société argentine sur la question de l’avortement.

«Avortement légal à l’hôpital», scandaient un groupe de jeunes femmes, portant des perruques vertes, la couleur du foulard triangulaire symbole de leur lutte. «Personne ne t’oblige à avorter, ne m’oblige pas à accoucher», peut-on lire sur une pancarte que tient Sol Barel, une étudiante vétérinaire de 24 ans, un bandeau vert peint sur le visage.

«Ce n’est pas oui à l’avortement, ou non à l’avortement, c’est avortement légal ou clandestin», souligne Adriana Saucedo, 57 ans.

Environ 500 000 avortements sont pratiqués chaque année en Argentine.

L’étudiante, mobilisée depuis trois ans pour le droit à l’avortement, se fait à l’idée que le texte ne sera pas approuvé. «Les sénateurs ne veulent pas se mettre l’Église à dos», estime-t-elle.

Lors du débat au Congrès, la sénatrice de l’UCR (Union civique radical, centre) Pamela Verasay a dénoncé la violence de groupes anti-IVG : «Ils disent qu’ils défendent la vie et nous menacent de mort».

Ce sont les mouvements féministes qui ont donné ces deux dernières années un élan déterminant à la revendication du droit à l’avortement en Argentine, ce qui a conduit le président argentin de centre-droit Mauricio Macri à ouvrir le débat au parlement, pour la première fois de l’histoire du pays sud-américain. Il est pourtant opposé à l’IVG.

Plusieurs centaines de femmes ont marché en faveur du droit à l’avortement durant les 14 premières semaines de grossesse, en Argentine.

Bleu contre vert

Si un côté de la place du Congrès est à dominante verte, le camp des anti-IVG est, lui, bleu ciel. Des curés en soutane y supervisent l’installation d’une chapelle, d’affiches de la Vierge de Lujan. Une tente a été transformée en centre d’échographie.

Les opposants au projet de loi ont comme slogan «Sauvons les deux vies», celle de la femme enceinte et celle du foetus, qui figure sur leur foulard bleu ciel, créé par opposition au foulard vert.

Si le «non» l’emporte, il faudra probablement attendre 2020 avant que la question de l’avortement puisse de nouveau être examinée par le parlement.

Le député de la coalition gouvernementale Cambiemos (Changeons) Daniel Lipovetzky, évoque la possibilité de convoquer un référendum. «Quand les députés pensent d’une manière et les sénateurs d’une autre. Cela mérite peut-être un système de démocratie directe. C’est possible qu’on le propose».