Jacques Chirac à Paris, en mars 2007

Le décès de Jacques Chirac endeuille la France [PHOTOS]

PARIS — La France se prépare vendredi à rendre hommage à Jacques Chirac, au lendemain de la mort, à 86 ans, du cinquième président de la Ve République, qui ne fut jamais plus populaire qu’après la fin de sa très longue carrière politique.

Jacques Chirac «entre dans l’Histoire et manquera à chacun d’entre nous désormais», a conclu Emmanuel Macron jeudi soir, à la fin d’une allocution télévisée remémorant l’action de son prédécesseur et insistant sur la personnalité d’un «homme d’État que nous aimions autant qu’il nous aimait».

Plusieurs centaines de personnes sont venues dès jeudi soir au palais présidentiel de l’Élysée pour signer les livres d’or installés dans le vestibule, devant une grande photo de l’ancien président disparu, et qui resteront accessibles jusqu’à dimanche.

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Né le 29 novembre 1932 à Paris, il est trop jeune pour participer à la Résistance contre l’occupant nazi. Après avoir épousé Bernadette Chodron de Coursel, il intègre l’École nationale d’administration (ÉNA) où il se convertit au gaullisme.

M. Chirac devra beaucoup à Georges Pompidou. Alors premier ministre, celui-ci l’engage au sein de son cabinet. Dès lors, son ascension est fulgurante. Il traînera longtemps l’image d’arriviste prêt à tout pour aider les maîtres du jour. Il sera même caricaturé comme tel dans une aventure d’Astérix, «Astérix et Compagnie», où il personnifie le méchant de service, Caius Saugrenus.

Élu député en 1967, il occupe successivement le secrétariat d’État aux Affaires sociales - où il mène des négociations secrètes avec la puissante centrale syndicale CGT en mai 1968 -, le secrétariat d’État à l’Économie et aux Finances (1968-1971), le ministère des Relations avec le Parlement (1971-1972), avant de s’imposer au ministère de l’Agriculture (1972-1974).

Mais à 42 ans, il a pour ambition le poste de premier ministre. Et pour y arriver, il trahira celui qu’il aurait dû normalement appuyer, Jacques Chaban-Delmas, au profit de celui qui deviendra président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, en 1974. Juste récompense, celui-ci le nomme à Matignon, dont il finira par claquer la porte avec fracas, deux ans plus tard.

À partir de ce moment, il vise la magistrature suprême. S’étant constitué en 1976 une machine de guerre, le Rassemblement pour la République (RPR), il est élu maire de Paris en 1977, poste qu’il n’abandonnera qu’en 1995 lorsqu’il aura atteint l’Élysée.

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Jacques Chirac et sa femme, Bernadette, à Paris, en avril 2004

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Une journée de deuil national a été décrétée lundi, et un service solennel sera rendu ce jour-là à 12h dans l’église Saint-Sulpice à Paris. La date et le lieu des obsèques n’ont pas encore été communiqués.

L’ex-chef de l’État, qui était souffrant depuis de longues années, s’est éteint «très paisiblement, sans souffrir» et entouré des siens jeudi matin à son domicile, rue de Tournon dans le centre de Paris, la ville dont il avait été le maire pendant 18 ans avant d’accéder à l’Élysée, en 1995.

«C’est une part de ma vie qui disparaît aujourd’hui», a commenté Nicolas Sarkozy, son successeur immédiat à l’Élysée, tandis que François Hollande saluait «un combattant» qui «avait su établir un lien personnel avec les Français».

On éteint La tour Eiffel

«Paris est en deuil», a aussi déclaré Anne Hidalgo, maire de la capitale, depuis l’Hôtel de Ville sur lequel il avait régné pendant 18 ans. En signe d’hommage, la tour Eiffel s’est éteinte jeudi soir.

Avec Jacques Chirac disparaît l’un des principaux acteurs à droite de la vie politique française, depuis la fin des années 60 jusqu’au milieu des années 2000. Celui qui fut également député de Corrèze, département rural du sud-ouest de la France, et était jugé comme l’un des siens par le monde paysan, fut deux fois président de la République, de 1995 à 2007, mais aussi deux fois premier ministre (1974-1976 et 1984-1986), trois fois maire de Paris, fondateur de deux partis (le RPR et l’UMP), ainsi que ministre à répétition à partir de l’âge de 34 ans.

Les mandats élyséens de Jacques Chirac, point culminant d’une carrière politique entamée en 1967 à l’Assemblée nationale, resteront marqués par son «non» à la deuxième guerre d’Irak, par la fin de la conscription militaire, la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans les crimes nazis, le passage au quinquennat, le cri d’alarme face à la dégradation de l’environnement («notre maison brûle»), et une première victoire importante sur la mortalité routière.

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Jacques Chirac à Paris, en novembre 2014
Jean Chrétien et Jacques Chirac lors d'un sommet du G8 tenu à Kananaskis, en Alberta, en juin 2002
Jacques Chirac et la reine Élisabeth II à Londres, en mai 1996
Le président Jacques Chirac est entouré (de gauche à droite) du premier ministre japonais Tomiichi Murayama, du premier ministre canadien Jean Chretien, du premier ministre britannique John Major, d'un interprète non-identifié, du président Bill Clinton et du chancelier allemand Helmut Kohl, lors d'un sommet du G7 tenu à Halifax, en Nouvelle-Écosse, en juin 1995.
Madonna et Jacques Chirac lors d'un événement caritatif pour les victimes du SIDA tenu à Paris, en août 1987
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Jacques Chirac à Nice, en mars 1976
Jacques Chirac, sa femme Bernadette et leurs enfants Claude et Laurence, lors d'un voyage officiel em Roumanie, en juillet 1975