Les enquêteurs marchent dans l’aire du concert jonchée d’effets personnels, qui est restée bouclée mardi. Le FBI continuait à «documenter» la scène.

Las Vegas: l’énigme reste entière

Près de deux jours après la fusillade de Las Vegas, les enquêteurs américains n’avaient toujours pas établi mardi de mobile pour Stephen Paddock, le retraité auteur de la tuerie, qui reste une énigme nationale.

«Nous progressons, mais je n’ai pas encore toutes les réponses», a admis le shérif de Las Vegas, Joseph Lombardo, lors d’une conférence de presse.

Une chose est certaine : l’attaque, qui a fait 59 morts et plus de 500 blessés, était «évidemment préméditée». «C’était planifié. Je suis sûr qu’il avait anticipé tout ce qu’il a fait», a dit le shérif Lombardo.

Outre les 23 armes à feu retrouvées dans sa suite de l’hôtel Mandalay Bay, la police a confirmé avoir trouvé plusieurs caméras ou appareils photo, installés à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur sur un chariot repas, afin de surveiller apparemment l’arrivée des forces de l’ordre.

Des photos de la chambre diffusées par une chaîne locale de Boston, ainsi que par le magazine allemand Bild, montrent plusieurs fusils d’assaut, des dizaines de cartouches au sol, et le corps du tueur.

Ce dernier s’est suicidé avant l’arrivée des policiers dans la chambre, plus d’une heure après la première alerte, selon plusieurs médias. Le shérif s’est plaint de ces fuites, tendant à confirmer leur authenticité.

Tirs pendant neuf minutes

Au total, selon l’estimation du policier, Stephen Paddock aurait tiré pendant environ neuf minutes dimanche soir sur les 22 000 spectateurs du festival en plein air Route 91 Harvest, visés depuis le 32e étage du Mandalay Bay.

Le shérif a refusé de confirmer le temps mis par les unités d’intervention de la police pour forcer la porte de la chambre, se bornant à vanter l’action de ses hommes, de concert avec le service de sécurité de l’hôtel, dont un vigile a été blessé à la jambe par Stephen Paddock, à travers la porte.

Donald Trump, mardi matin, a félicité les forces de l’ordre, assurant qu’elles étaient intervenues rapidement, ce qui était selon lui «un vrai miracle».

Personnalité mystère

Âgé de 64 ans, Stephen Paddock, comptable et gérant d’appartements à la retraite, était un joueur invétéré, habitué des hôtels-casinos où il pariait des sommes très importantes et où il pouvait vivre pendant des mois consécutifs, selon son frère Eric.

Étrange et reclus, selon ses voisins, il était devenu millionnaire grâce à des investissements immobiliers, a dit son frère. Il a vécu en Californie, au Texas et en Floride avant de s’installer dans le Nevada il y a deux ans.

Inconnu des services de police, il a accumulé dans la plus grande discrétion un arsenal de 49 fusils et armes de poing, des explosifs et des milliers de munitions.

Il avait une petite amie, Marilou Danley, une Australienne de 62 ans d’origine philippine, ancienne employée de casinos. La police a annoncé mardi qu’elle se trouvait aux Philippines, après avoir dit la veille qu’elle était à Tokyo, au Japon. Dans tous les cas, après avoir indiqué qu’elle n’était pas «soupçonnée», le shérif l’a qualifiée mardi de «témoin d’intérêt pour l’enquête».

Père, braqueur de banques

Le père du tueur était un braqueur de banques qui s’est évadé de prison dans les années 60 avant d’être rattrapé.

NBC News a révélé, citant des sources policières, que Stephen Paddock avait viré 100 000 $US (125 000 $) sur un compte bancaire aux Philippines la semaine précédant son crime, et qu’il avait parié un total de 160 000 $US (200 000 $)  dans des casinos ces dernières semaines.

Pour la police, il était un «loup solitaire» ayant agi seul. L’organisation État islamique (EI) a affirmé qu’il était l’un de ses «soldats», converti à l’islam, mais le FBI a dit lundi n’avoir absolument rien trouvé liant Stephen Paddock au groupe jihadiste.

Pour le président américain, «c’est un malade, un fou». «Nous avons affaire à un individu très très malade», a dit Donald Trump.

Las Vegas ouverte

Stephen Paddock était arrivé à l’hôtel Mandalay Bay jeudi dernier, où il avait réservé une suite surplombant le festival, sur une aire en contrebas à quelques centaines de mètres.

Il y a discrètement apporté ses armes sans que le service aux chambres ne s’en aperçoive ou n’en rapporte la présence.

L’arsenal incluait un mécanisme permettant de transformer un fusil semi-automatique en mode automatique, ce qui permet de tirer des rafales en gardant le doigt sur la détente.

L’aire du concert restait bouclée et jonchée d’effets personnels mardi, le FBI continuant à «documenter» la scène.

Mais Las Vegas n’avait rien d’une ville fermée. Le Mandalay Bay était ouvert, y compris son casino, tout comme le reste des établissements de la «Strip», le boulevard central.

Joanice Green, en train de fumer penchée sur une machine à sous, était visiblement secouée par l’attaque, mais stoïque dans sa réaction.

«Il y a des fous partout. Ça peut arriver n’importe où, tout le temps, dans votre propre jardin», assure cette résidente de San Francisco âgée de 45 ans.

«Alors, ça ne va pas me faire arrêter ce que j’ai besoin de faire, ou me détourner des raisons pour lesquelles je suis venue. Mais c’est très triste. J’ai passé la majeure partie de la nuit dernière en larmes, en sachant que les gens en bas souffraient.»

Conséquences très politiques

Les policiers ont également découvert 19 armes à feu au domicile de Stephen Paddock à Mesquite, ainsi que des explosifs et des milliers de balles. Dans son véhicule, ils ont trouvé du nitrate d’ammonium, un engrais qui peut servir à fabriquer des explosifs.

Les conclusions des investigations sur la personnalité et le mobile du tueur auront des conséquences très politiques.

Comme lors de précédentes fusillades, le débat sur la législation sur les ventes d’armes a été relancé par les démocrates. Au Congrès, la majorité républicaine a indiqué que ce n’était pas à l’ordre du jour.