La fusillade qui a fait 58 morts à Las Vegas dimanche a de nouveau relancé l'éternel débat sur le contrôle des armes individuelles aux États-Unis.

La tuerie de Las Vegas relance un vieux débat

WASHINGTON - La Maison-Blanche et des élus républicains se sont dits prêts jeudi à discuter de l’éventualité d’interdire les mécanismes transformant les fusils semi-automatiques en fusils automatiques, un dispositif qui a permis au tueur de Las Vegas de multiplier le nombre de ses victimes.

Après des décennies de résistance, le Grand Old Party pourrait ainsi faire un petit pas en direction des démocrates sur le sujet sensible de l’encadrement des armes individuelles, même si cela resterait largement symbolique et qu’une réforme en profondeur est encore loin.

«Clairement, c’est une chose sur laquelle nous devons nous pencher», a affirmé le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan. Dans la foulée, la Maison-Blanche s’est déclarée, par la voix de sa porte-parole, «ouverte» à un débat sur ce sujet.

Fait rare, la National Rifle Association (NRA), plus grande organisation du lobby des armes à feu, a aussi estimé que ces mécanismes devraient être soumis à davantage de contrôle.

«Personne ne devrait posséder un dispositif qui transforme un fusil semi-automatique en l’équivalent d’une mitrailleuse», a déclaré le démocrate David Cicilline, en introduisant à la Chambre un projet de loi qui bannirait un tel système.

Une initiative similaire a été lancée au Sénat, la chambre haute du Congrès. «Monsieur et Madame Amérique, l’heure est venue de se dresser. Vous devez dire ‘‘Trop c’est trop’’», a lancé d’un ton solennel la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, tout habillée de noir.

De telles déclarations côté démocrate sont attendues dans un débat qui patine depuis un quart de siècle.

Chaque fusillade endeuillant les États-Unis engendre de façon cyclique les mêmes stades : après la réaction horrifiée vient celle de l’unité dans la peine, puis l’indignation à laquelle succède la division politique, et enfin... l’inaction.

Cette fois cependant, des frémissements inhabituels sont observables, venant d’un côté républicain souvent présenté comme otage de la NRA. «Je suis en discussion concrète avec au moins cinq ou six de mes collègues républicains», a ainsi confié M. Cicilline à CNN.

Au Sénat, au moins deux élus de l’équipe de direction des républicains, John Cornyn (Texas) et John Thune (Dakota du Sud), se sont déclarés ouverts à la discussion.

D’autres ont écarté une telle éventualité, notamment Steve Scalise, pourtant grièvement blessé en juin lorsqu’un forcené a ouvert le feu sur l’équipe de baseball républicaine du Congrès, près de Washington.

Centaines de coups par minute

Mme Feinstein, une élue au long cours et poids lourd du parti démocrate, était devenue mairesse de San Francisco en 1978 après l’assassinat par balle du précédent maire, George Moscone, et du conseiller municipal Harvey Milk.

Près de quatre décennies plus tard, elle a lancé son énième appel avec l’espoir de faire bouger les lignes grâce à une mesure ciblant le dispositif nommé bump stock, qu’elle a désigné de façon pédagogique sur une photo affichée à côté de son pupitre.

Le bump stock est une crosse amovible qui utilise l’énergie du recul de l’arme pour imprimer un mouvement de va-et-vient extrêmement rapide au fusil, dont les projectiles se rechargent au même rythme.

L'arme utilisée par le tueur, Stephen Paddock, était munie d'un bump stock, crosse amovible qui permet d'accélérer considérablement la vitesse de tir.

Douze des fusils retrouvés à Las Vegas dans la suite hôtelière de Stephen Paddock étaient équipés d’un tel système.

Une analyse de certaines rafales qu’il a tirées depuis le 32e étage de l’hôtel Mandalay Bay a établi une cadence de 90 coups sur 10 secondes. Cela lui a permis de faucher des centaines de spectateurs d’un concert de musique country, faisant 58 morts.

Quatre jours après cette pire fusillade de l’histoire récente des États-Unis, l’enquête se poursuivait sans pouvoir lever le mystère sur les motifs du geste de cet homme de 64 ans, qui s’est suicidé.

Sa compagne d’origine philippine, Marilou Danley, a décrit au FBI un homme «gentil, attentif, tranquille».

Les investigations ont pour l’instant montré que Stephen Paddock, inconnu des services de police, avait préparé sa fusillade avec minutie. Celle-ci a duré 10 minutes, mais il a fallu une heure et quinze minutes aux agents de police pour localiser et donner l’assaut à sa suite.