Courant sur la plage ou se baignant, certains migrants passaient la tête entre les barreaux des hautes clôtures métalliques de la frontière.

La tête de la caravane touche au rêve américain

TIJUANA — Plusieurs centaines de migrants de la caravane partie il y a un mois du Honduras ont atteint la frontière entre le Mexique et les États-Unis, pendant que des milliers d’autres progressaient rapidement mercredi vers le nord.

Les premiers groupes de migrants centraméricains se sont rassemblés sur la plage de Tijuana, dans l’État mexicain de Basse-Californie, une ville frontière qui jouxte San Diego en Californie, et certains sont montés sur la barrière métallique qui sépare les deux pays.

«Nous ne sommes pas des criminels», ont scandé certains migrants à l’adresse du président américain Donald Trump, qui a déployé environ 6000 militaires à la frontière.

Au moins huit migrants ont franchi la barrière métallique et ont été rapidement arrêtés par les agents frontaliers américains, a constaté un journaliste de l’AFP.

Le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, a effectué mercredi une visite à McAllen au Texas où il a déclaré que le déploiement militaire était «nécessaire» et «absolument légal».

Au poste frontalier de San Diego, les autorités américaines ont réduit les voies d’accès pour les automobiles et installé des barrières en ciment ainsi que des barbelés, ainsi qu’à San Ysidro et Otay Mesa, autres points d’entrée vers la Californie.

Le 9 novembre, Donald Trump a signé un décret qui permet de rejeter automatiquement les demandes d’asile déposées par des personnes ayant traversé illégalement la frontière avec le Mexique, pour tenter de dissuader les migrants de poursuivre leur route.

Une centaine de migrants de la caravane étaient parvenus dimanche à Tijuana et, mardi, 350 autres les ont rejoints.

Tous appartiennent à la caravane composée en majorité de Honduriens partie le 13 octobre de la ville de San Pedro Sula, dans le nord du Honduras.

Émus d’être enfin arrivés, courant sur la plage ou se baignant, certains passaient la tête entre les barreaux des hautes clôtures métalliques de la frontière, comme pour contempler leur rêve américain.

Des agents frontaliers américains surveillent les environs du mur entre les États-Unis et le Mexique, à Tijuana, mercredi.

«Plus tôt que nous le pensions» 

Derrière eux, la partie principale de la caravane progressait rapidement à travers l’État de Sonora, au nord-ouest du Mexique.

Mardi soir, ils avaient préféré poursuivre leur trajet de nuit à bord de véhicules plutôt que se reposer. Plus d’un millier ont atteint mercredi la localité de Guaymas.

«Nous sommes une machine, rien ne nous arrête!» criait Soyer Dominguez, un migrant guatémaltèque de 32 ans depuis l’un des vingt autobus scolaires jaunes, qui forment le convoi.

«Nous voulons arriver dès que possible, le plus rapidement, cela fait plus d’un mois que nous avons quitté notre pays», a confié à l’AFP Saul Rivera, un Salvadorien de 40 ans.

Des groupes de «catholiques, des propriétaires d’autobus et des membres de la société civile se sont organisés» pour mettre à disposition ces autobus, a indiqué Edmundo Marquez, chargé de la protection des migrants au sein du gouvernement local de l’État de Sonora.

«Nous allons arriver plus tôt que nous le pensions !» s’enthousiasmait dans la matinée, en attendant de monter dans un autobus, Lilian Canales, une Hondurienne de 23 ans qui a porté son bébé sur les 2500 kilomètres déjà parcourus par la caravane.

Le prêtre Miguel Angel Soto, qui a aidé ses migrants à obtenir des autobus, se montrait toutefois pessimiste : «Ils sont déterminés, mais ils ne vont pas passer. Tijuana va être un cul-de-sac, où les gens ne sont pas prêts à accueillir autant de personnes».

Selon les Nations unies, la caravane a compté jusqu’à 7000 migrants, mais nombre d’entre eux ont abandonné en route ou se sont détachés en petits groupes du cortège principal. Ils sont 6011 (dont 902 mineurs) à être parvenus à Guadalajara, dans l’État de Jalisco (ouest), selon des chiffres des autorités locales.

Outre des Honduriens, des ressortissants du Chili, de Colombie, de Costa Rica, du Salvador, du Guatemala, du Mexique, du Nicaragua, du Panama, du Pérou et du Venezuela se sont joints au cortège.

Deux autres caravanes, d’environ 2000 personnes chacune, ont également pris le chemin des États-Unis à partir de l’Amérique centrale.

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L'ENVOI DE MILLIERS DE SOLDATS À LA FRONTIÈRE «NÉCESSAIRE» SELON LE PENTAGONE

Des migrants nouvellement arrivés à Tijuana, près de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, mercredi.

WASHINGTON — Le ministre américain de la Défense Jim Mattis a justifié mercredi, à l’occasion d’une visite aux troupes déployées à la frontière avec le Mexique, la nécessité de cette opération controversée.

«Il est évident qu’un soutien à la police aux frontières et aux gardes-frontières est nécessaire à l’heure actuelle», a déclaré M. Mattis à des journalistes alors qu’il se rendait sur la base militaire de Donna, au Texas.

L’opération, initialement baptisée «Patriote fidèle», est «absolument légale», a-t-il insisté. «Il s’agit clairement d’une mission morale et éthique pour soutenir nos forces à la frontière».

Alors que des milliers de migrants venus d’Amérique centrale traversent actuellement le Mexique en direction des États-Unis, le chef du Pentagone a indiqué que 5900 soldats américains se trouvaient désormais à la frontière.

Mais leur nombre pourrait atteindre 9000, entre soldats d’active et réservistes de la Garde nationale, amenés principalement selon lui à tenir un rôle de soutien logistique.

Ordonné par Donald Trump en pleine campagne pour les élections de mi-mandat, l’envoi de milliers de soldats supplémentaires à la frontière avec le Mexique a été dénoncé par l’opposition démocrate comme un coup politique coûteux destiné à mobiliser la base conservatrice du président, qui n’a eu cesse de brandir la menace d’une «invasion» de migrants.

Le Pentagone n’a pas communiqué le coût de cette opération, dont la facture pourrait s’élever à plus du 200 millions de dollars, selon les médias américains.

Ce déploiement massif de troupes à la frontière Sud fait grincer des dents au sein même du camp républicain. «C’est malheureux d’avoir des soldats là-bas», a ainsi estimé mercredi sur la chaîne MSNBC le sénateur de l’Arizona Jeff Flake.

«On ne peut pas ne pas y voir un coup politique», a-t-il ajouté, regrettant que des milliers de soldats soient «éloignés de leurs familles» pour la fête de Thanksgiving, qui tombera cette année le 22 novembre, «sans que nous sachions très bien pourquoi».