Le premier ministre français Édouard Philippe (au centre), accompagné de la ministre des Outre-mer Annick Girardin et du haut commissionnaire Thierry Lataste, arrive à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie.

La Nouvelle-Calédonie demeure française

NOUMÉA — Le premier ministre français Édouard Philippe est arrivé lundi en Nouvelle-Calédonie, où il vient rencontrer les forces politiques, au lendemain d’un référendum d’autodétermination qui a vu la victoire du maintien dans la France, malgré une forte percée des indépendantistes.

Édouard Philippe, qui arrive du Vietnam, doit rencontrer à tour de rôle chaque force politique présente au congrès de Nouvelle-Calédonie.

Il veut poursuivre le dialogue engagé depuis 30 ans de réconciliation après la quasi guerre civile des années 80 entre les Kanak, peuple autochtone du territoire, et les Caldoches, population d’origine européenne, et discuter avec chaque partie de l’avenir de ce territoire stratégique, qui dispose d’importantes réserves de nickel et représentera le dernier territoire de l’Union européenne dans la zone après le Brexit.

La Nouvelle-Calédonie a choisi dimanche de rester dans le giron français avec 54,6 % des voix lors d’un référendum d’autodétermination, consacrant selon le président Macron une «marque de confiance dans la République».

Mais les indépendantistes, que les sondages donnaient largement perdants, ont au contraire créé la surprise et conforté leur position, faisant notamment le plein des voix kanak sur la grande terre.

La participation a été massive, avec 80,63 % de votants.

Le chef de gouvernement, dont c’est la deuxième visite sur le Caillou, doit s’exprimer en fin de journée heure locale devant la presse. Auparavant, il se rendra dans le Nord, pour rencontrer deux figures des indépendantistes, Paul Néaoutyine, président de la province nord de la Nouvelle-Calédonie, et Daniel Goa, président de l’Union calédonienne.

Macron se dit fier

Sa visite marque l’attention du gouvernement pour le territoire calédonien, après l’intervention dimanche du président de la République Emmanuel Macron, qui a dit dans une allocution télévisée son «immense fierté que nous ayons passé ensemble cette étape historique» et que «la majorité des Calédoniens ait choisi la France».

Le chef de l’État a ajouté qu’il n’y avait désormais «pas d’autre chemin que celui du dialogue» et a invité «chacun à se tourner vers l’avenir».

Fort de leur score, les partisans d’une rupture avec la métropole ont dès dimanche soir réaffirmé leur volonté d’aller jusqu’au bout de l’accord de Nouméa (1998) et de demander l’organisation de deux autres référendums dans les quatre ans à venir, comme prévu par l’accord.

Pour Louis Mapou, chef du groupe UNI-FLNKS au Congrès, «les indépendantistes sont encore plus motivés qu’avant pour demander le deuxième et troisième référendum», a-t-il dit.

«On est à deux doigts de la victoire, et il nous reste deux consultations à venir», a aussi souligné Alosio Sako, président du rassemblement démocratique océanien (FLNKS).

Ambiance festive chez les perdants

De fait, l’ambiance était plus festive dimanche soir chez les perdants que les vainqueurs. «Ce sont ceux qui ont perdu qui font la fête», a constaté Philippe Gomès, leader du principal parti non indépendantiste, Calédonie Ensemble (droite modérée) à 1h dans un QG désert.

Les trois partis loyalistes, très divisés, avaient mis en avant la protection qu’apporte la France et les 1,3 milliard d’euros d’aide annuelle, et espéraient qu’une large victoire éloigne la perspective de nouveaux référendums.

Philippe Michel, secrétaire général de Calédonie Ensemble, «continue de penser que c’est mieux si on peut se passer d’un deuxième et d’un troisième référendum», mais qu’il ne s’opposerait pas à l’accord de Nouméa, qui est «constitutionnalisé».

«Est-ce que la Nouvelle-Calédonie a vraiment quatre ans à perdre?» a de son côté demandé Sonia Backès, présidente du groupe Les Républicains au Congrès. Elle plaide pour «trouver une solution et remplacer ce deuxième et troisième référendum» afin de «stabiliser enfin la Nouvelle-Calédonie».

Selon Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique, il est «clair qu’on ne discute pas de la même manière quand on fait 43 % plutôt que 30 %». «Cela va forcer les non-indépendantistes à revoir leur copie», ajoute l’expert.

Le référendum de dimanche était destiné à poursuivre le travail de réconciliation, entamé avec les accords de Matignon de 1988, entre les Kanak et les Caldoches. Ces accords avaient été signés après les violences des années 80, qui avaient culminé avec la prise d’otages et l’assaut de la grotte d’Ouvéa en mai 1988 (25 morts).