Les autorités mexicaines disaient vouloir expliquer aux marcheurs qu’ils auront l’occasion d’obtenir le statut de réfugié s’ils interrompent leur périple - une offre que la caravane avait pourtant rejetée en bloc la veille.

La caravane de migrants refuse de mettre fin à son périple vers le Mexique

ARRIAGA, Mexique - La caravane de migrants centraméricains a pu reprendre la route samedi, au Mexique, après que des centaines d’agents fédéraux munis de boucliers de plastique lui eurent barré le chemin en matinée.

Les autorités mexicaines disaient vouloir expliquer aux marcheurs qu’ils auront l’occasion d’obtenir le statut de réfugié s’ils interrompent leur périple - une offre que la caravane avait pourtant rejetée en bloc la veille.

Les agents ont finalement levé leur blocus après que des représentants de la Commission nationale des droits de la personne eurent signalé qu’un tronçon de route en plein soleil, sans accès à de l’eau ou à des toilettes, ne constitue pas un endroit approprié pour mener de telles négociations.

Le plan «Vous êtes chez vous» du président mexicain Enrique Pena Nieto, présenté comme une première étape vers l’obtention du statut de réfugié permanent, offre aux migrants des soins médicaux, une éducation et des emplois dans les États méridionaux du Chiapas et d’Oaxaca.

Selon des responsables, plus de 1700 membres de la caravane ont déjà demandé l’asile au Mexique et plusieurs autres se disent prêts à en discuter une fois qu’ils auront atteint la capitale.

Après l’un des plus longs jours de marche de la caravane, vendredi, la plupart de ses membres avaient réitéré avec agitation leur volonté de franchir la frontière américaine.

Toujours à 1600 kilomètres du plus proche point d’entrée aux États-Unis, au poste de McAllen, au Texas, le périple pourrait s’avérer deux fois plus long si le groupe se dirige plutôt vers le passage frontalier entre Tijuana et San Diego, comme l’avait fait une autre caravane plus tôt cette année. Seulement 200 personnes avaient alors réussi à atteindre la frontière.

Le groupe a déjà rétréci, passant d’un sommet d’environ 7000 marcheurs à seulement 4000 vendredi.

Bien que de telles caravanes ne soient pas chose rare, celle-ci n’est pas passée inaperçue en raison de la vive opposition du président américain Donald Trump.

Attisant les craintes pour rallier sa base républicaine à l’approche des élections de mi-mandat, Donald Trump a laissé entendre que des membres de gangs criminels et des ressortissants du Moyen-Orient se sont mêlés à la caravane. Le président américain a plus tard admis n’avoir aucune preuve pour appuyer ses propos.

Les migrants clandestins empruntent habituellement des camions et des bus de passeurs ou marchent sous le couvert de la nuit pour éviter d’être repérés. Le fait que ce groupe s’expose en plein jour suggère qu’il adopte la tactique de la caravane, assez imposante pour échapper à des détentions massives.

Le soleil tropical est accablant, la route est longue et les autorités mexicaines peuvent leur mettre des bâtons dans les roues, mais plusieurs disent que voyager au sein d’une caravane les protège de nombreux périls.

C’est aussi un moyen relativement peu coûteux de faire le voyage, alors que l’intensification des efforts pour sceller la frontière des États-Unis a conduit les passeurs à exiger jusqu’à 12 000 $ US - une somme que ceux qui fuient la pauvreté et la violence peuvent difficilement se permettre. Sans compter que de plus en plus de gangs criminels mexicains ont recours à l’enlèvement et l’extorsion de migrants comme source de revenus.

De l’autre côté de la frontière, des milices d’extrême droite collectent des fonds pour attendre la caravane de pied ferme.

Des groupes de surveillance patrouillent à la frontière de manière intermittente depuis plus d’une décennie aux États-Unis. En règle générale, ils cherchent à repérer des personnes qui entrent de manière irrégulière au pays pour ensuite en aviser les services frontaliers.

On ne sait pas exactement combien de miliciens se rassembleront cette fois, mais la perspective d’une mobilisation de civils armés exacerbe les tensions.

Monica Marin, une résidante de l’Oregon, dit avoir amassé environ 4000 $ US en soutien aux miliciens. Elle avance que les membres de la caravane sont dangereux, se faisant l’écho du président Donald Trump.

«Je vois de jeunes hommes en âge de combattre qui ne semblent pas affamés. Ils ont l’air d’être prêts à se battre», affirme-t-elle.