En plus des manifestations tenues à plusieurs endroits, des heurts ont eu lieu vendredi entre les forces israéliennes et les Palestiniens, comme ici à Ramallah, ville située à environ 15 km au nord de Jérusalem.

«Jour de rage» en réaction au statut de Jérusalem

JÉRUSALEM - Des heurts ont opposé vendredi des milliers de Palestiniens aux forces israéliennes, faisant des dizaines de blessés et un premier mort depuis le début des protestations contre la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Les Palestiniens étaient appelés à Jérusalem, en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza à un «jour de rage».

Des dizaines de milliers de personnes ont aussi manifesté dans différents pays musulmans, de l’Iran à la Malaisie, ainsi qu’au Proche-Orient et en Turquie. Un peu partout, les protestataires ont brûlé ou piétiné des portraits du président Donald Trump.

Sans être pour l’instant massive dans les territoires palestiniens ou dans le monde musulman, cette protestation nourrit la crainte de la communauté internationale que M. Trump n’ait ouvert la boîte de Pandore tant Jérusalem, avec ses lieux saints juifs, chrétiens et musulmans, constitue un sujet passionnel.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni vendredi en urgence à New York.

L’ONU est particulièrement inquiète des risques d’une escalade violente, a affirmé à cette occasion Nickolay Mladenov, coordonnateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient.

Rejetant «les sermons et les leçons», l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a répété que M. Trump n’a «pas pris position sur les limites ou les frontières» et que le «statu quo est maintenu sur les lieux saints». Elle a assuré que les États-Unis restaient engagés dans le processus de paix.

Tournant le dos à des décennies de diplomatie américaine et internationale, M. Trump a unilatéralement reconnu mercredi Jérusalem comme la capitale d’Israël et annoncé le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Le transfert effectif n’aura probablement pas lieu avant deux ans, a affirmé vendredi le secrétaire d’État américain Rex Tillerson.

Un mort

Dans différentes villes de Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël, comme à Bethléem, Hébron, Jéricho ou près de Naplouse, des groupes de dizaines de manifestants, pour beaucoup des jeunes le visage ceint d’un foulard, ont lancé des pierres sur les soldats israéliens qui répliquaient à distance par des tirs de balles en caoutchouc et de balles réelles, et des gaz lacrymogènes.

Dans la bande de Gaza, Mahmoud al-Masri, 30 ans, a été tué par des tirs de soldats israéliens à l’est de Khan Younès alors qu’il participait à la contestation près de la barrière de sécurité fermant hermétiquement les frontières d’Israël avec ce territoire, a dit le ministère gazaoui de la Santé.

Un second Palestinien d’une vingtaine d’années, atteint par balles à la tête dans des circonstances similaires et initialement déclaré mort, est dans un état critique, a précisé la même source.

Les autorités médicales palestiniennes ont fait état de dizaines de personnes blessées par des projectiles en caoutchouc ou des balles réelles.

À Jérusalem même, de vigoureuses empoignades ont mis aux prises manifestants palestiniens et policiers israéliens dans et autour de la vieille ville.

Centaines de policiers

Dans la soirée, le système anti-aérien israélien Dôme de fer a intercepté une roquette tirée de la bande de Gaza sur Israël.

Israël avait déployé des centaines de policiers et de soldats supplémentaires dans et autour de la vieille ville de Jérusalem et en Cisjordanie.

Jérusalem et l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam et également révéré par les juifs comme le mont du Temple, restent un cri de ralliement pour les Palestiniens. L’esplanade, située à Jérusalem-Est, catalyse les tensions avec les Israéliens.

Israël s’est emparé de Jérusalem-Est en 1967 et l’a annexée. L’État juif proclame tout Jérusalem comme étant sa capitale «éternelle et indivisible».

Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Selon les dirigeants palestiniens, la reconnaissance par M. Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël préempte les négociations sur le statut de la ville, l’une des questions les plus épineuses et passionnelles d’un éventuel règlement du conflit israélo-palestinien.

Pour eux, celui qui a pris ses fonctions en  proclamant sa volonté de présider à l’accord diplomatique «ultime» ne peut plus assumer le rôle historique des États-Unis de médiateur dans le processus de paix.

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PRIÈRE MUSULMANE DEVANT LA MAISON-BLANCHE

À Washington, plusieurs centaines de fidèles musulmans ont assisté à la prière du vendredi devant la Maison-Blanche pour protester contre la décision du président Trump.

À l’appel d’organisations de musulmans américains, les fidèles ont installé leurs tapis de prière à Lafayette Square, un petit parc devant la résidence présidentielle.

Coiffés du keffieh palestinien ou portant des écharpes aux couleurs de la Palestine, les manifestants portaient des pancartes dénonçant la colonisation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

À Washington, des fidèles musulmans ont tenu à exprimer leur désaccord avec la position du président Trump en s'installant tout près de la Maison-Blanche pour la prière du vendredi.

M. Trump «ne possède pas un seul gramme de terre de Jérusalem ou de la Palestine, il possède les Trump Towers qu’il peut donner aux Israéliens», a affirmé Nihad Awad, le directeur général du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR).

Le président américain «renforce l’extrémisme chrétien religieux aux États-Unis [et] les évangéliques qui croient à tort que Dieu réclame l’injustice en reconnaissant l’occupation israélienne en Palestine», a-t-il ajouté.

L’annonce de Donald Trump «n’est pas en faveur de la paix, cela va créer plus de chaos, il a juste détruit tout ce qui peut apporter la paix», a ajouté Zaïd al-Harasheh, un manifestant.

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DÉPART PROCHAIN DE LA CONSEILLÈRE SUR LE PROCHE-ORIENT

Par ailleurs, vendredi, l’exécutif a annoncé que Dina Powell, proche conseillère de Donald Trump sur le Proche-Orient, quittera prochainement la Maison-Blanche.

Née en Égypte dans une famille copte, Mme Powell, qui parle couramment arabe, faisait partie de l’équipe de Jared Kushner, gendre de M. Trump, chargé de tenter de redonner vie aux discussions de paix israélo-palestiniennes, au point mort depuis 2014.

Cette annonce, qui intervient deux jours après la reconnaissance officielle par Washington de Jérusalem comme capitale d’Israël, n’est pas liée à cette dernière, a assuré la Maison-Blanche.

Mme Powell «avait toujours prévu d’être en poste un an avant de rentrer chez elle à New York où elle continuera à travailler sur le Proche-Orient», a souligné Sarah Huckabee Sanders, porte-parole de M. Trump, précisant que son départ aurait lieu début 2018.