Inondations meurtrières en Grèce: deuil national de trois jours

MANDRA — Un deuil national de trois jours a été décrété jeudi en Grèce après les inondations qui ont fait mercredi seize morts et plusieurs disparus près d’Athènes, ainsi que des dizaines de blessés.

Le Premier ministre Alexis Tsipras en a fait l’annonce après avoir visité la zone dévastée, exprimant son « choc » devant l’ampleur des dégâts.

« Il s’agit clairement d’un phénomène météorologique rare et extrême », a-t-il souligné dans un communiqué.

« Mais ce phénomène extrême a eu une telle répercussion en raison de (décennies) de problèmes qui se sont accumulés et de carences dans les infrastructures et l’aménagement du territoire », a ajouté Alexis Tsipras.

Selon les météorologues, les pluies torrentielles se sont accumulées sur une montagne proche dévastée par des feux de forêt en 2016, facilitant d’autant l’avancée du torrent de boue enregistré mercredi.

Médias et experts relevaient que la catastrophe était prévisible en raison de constructions mal conçues dans le secteur, dont certaines par les autorités municipales elles-mêmes.

Des travaux de drainage avaient été approuvés en 2016, mais les travaux n’avaient pas encore été engagés.

Mandra, Nea Peramos et Megara, les trois localités frappées, situées à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest d’Athènes, étaient autrefois des zones agricoles. Elles sont devenues ces dernières années une zone semi-industrielle.

Traversée par des centaines de cours d’eau dans le passé en raison de la présence de nombreux monts, l’Attique, proche d’Athènes, a subi une urbanisation tous azimuts à partir surtout des années 60.

À Mandra et à Nea Peramos, il y avait cinq cours d’eau au total, couverts en grande partie actuellement pour des raisons d’aménagement du territoire, a rappelé le géologue Michalis Diakakis dans un entretien au quotidien Ethnos.

« C’est l’intervention humaine qui est à l’origine du désastre (...) La plupart des ruisseaux sont quasiment fermés actuellement et sont incapables d’absorber le volume d’eau de tels orages ».

« nous sommes dévastés »


Le dernier drame de ce type remonte à 1994, quand neuf personnes étaient mortes dans un quartier proche du front de mer athénien, faute à l’époque d’aménagement et d’entretien de la rivière Kifissos le traversant.

Dans la rue principale de Mandra, le propriétaire d’une boutique de vêtements se désole : « nous sommes dévastés ».

Grues, ambulances et véhicules des pompiers et de la police sillonnent les routes boueuses de la ville, où plus de cent pompiers tentent d’évacuer l’eau des habitations, nettoyer et rétablir l’alimentation électrique, téléphonique et en eau.

L’une des personnes portées disparues, selon le service des pompiers, a été retrouvée vivante jeudi en fin de matinée, mais une autre, un homme de 50 ans, a été découverte morte quelques heures plus tard dans un sous-sol.

Les autorités ont poursuivi jeudi leurs recherches pour retrouver quatre autres disparus.

Un paquebot de 364 cabines a été affrété pour répondre aux besoins de certains des habitants dont le domicile a été endommagé, selon le ministère de la Marine marchande.

« Le niveau d’eau dans ma maison s’est élevé à trois mètres », a témoigné à la radio municipale d’Athènes Sotiris Loukopoulos, propriétaire d’une pharmacie à Mandra.

« Regardez, il ne reste rien, nous sommes effondrés », a constaté, effondré, auprès de l’AFP Georgia Guini, un autre pharmacien de la ville.

Le niveau d’eau a considérablement baissé jeudi dans les rues et les maisons par rapport à mercredi, où des pluies diluviennes ont fait déferler des torrents de boue dans les trois localités touchées.

Des lances à eau en main, les propriétaires des magasins de Mandra tentaient de nettoyer la boue et les gravats à l’intérieur de leurs locaux.

Des dizaines de carcasses des voitures renversées s’accumulaient au coin des coins de rues, des équipes de nettoyage s’affairaient à ramasser débris et gravats.

« Notre problème actuellement est de faire face à deux torrents, dont l’un qui coule toujours avec des gravats dans le centre de Mandra, les opérations sont très difficiles », a indiqué à l’AFP un responsable de la Protection civile.

La plupart des victimes ont péri noyées, certaines piégées à leur domicile, comme deux octogénaires habitant dans des sous-sols.