Venise a connu une nouvelle «acqua alta» dimanche, avec un pic à 130 cm au-dessus du niveau moyen de la mer.

Inondations: les Vénitiens dénoncent l’inaction des autorités

VENISE — «Venise, résiste!» Ils étaient des milliers à défiler dimanche dans les rues de la Sérénissime, inquiets des calamités qui menacent la ville, indignés par l’inaction des autorités et abasourdis par une récente série d’inondations.

Le cortège, formé de 2000 à 3000 personnes selon l’AFP, a sillonné dans l’après-midi, sous une pluie battante, les ruelles du centre historique de la Sérénissime à l’appel du collectif «No Grandi Navi» («Non aux grands navires») et des associations de défense de l’environnement.

«Sauvons Venise des paquebots, du MOSE, du changement climatique et de son maire» était le mot d’ordre du rassemblement, dont les organisateurs réclament depuis des années l’interdiction pour les navires de croisière de circuler dans la lagune.

Les manifestants, brandissant des banderoles «Venise, résiste», «Brugnaro, démissionne» (du nom du maire Luigi Brugnaro) ou encore «Tout au privé, privés de tout», exigeaient aussi un moratoire sur le projet MOSE (Moïse en italien, mais ici acronyme de Module expérimental électromécanique), le titanesque système anti-inondation toujours en construction depuis 2003, jugé inadapté.

«Les Vénitiens viennent de subir une blessure profonde, l’inondation de ces derniers jours a mis cette ville à genoux et révélé au monde son extrême fragilité», a déclaré à l’AFP-TV Enrico Palazzi, militant de «No Grandi Navi».

«Nous sommes là pour dire qu’il existe des citoyens qui veulent une attention différente envers un territoire unique au monde et tellement fragile», a ajouté ce Vénitien.

Dix jours après une série historique de marées hautes, Venise a connu une nouvelle «acqua alta» dimanche, avec un pic à 130 cm au-dessus du niveau moyen de la mer, loin toutefois des 187 cm (plus haut niveau depuis 1966) du 12 novembre. La ville se relève à peine de cette catastrophe, qui a endommagé des dizaines d’églises de ce joyau classé au patrimoine mondial de l’humanité.

Venise, qui compte en son cœur seulement 50 000 habitants, reçoit chaque année 36 millions de visiteurs. Les écologistes montrent aussi du doigt l’expansion du grand port industriel de Marghera, situé en face de Venise, et le défilé incessants des bateaux de croisière sur le rivage.

Le projet MOSE était aussi jugé sévèrement par les manifestants, dont certains estiment qu’il n’est plus adapté aux besoins actuels de la ville pour se défendre contre les grandes marées. «Le risque pour Venise est que ce système imaginé il y a des décennies ne réponde pas aux marées extrêmes comme celle qu’on vient de vivre», a déclaré à l’AFP-TV Andreina Zitelli, qui a fait partie de la commission nationale d’évaluation du MOSE.

«C’est un gâchis d’argent parce qu’il fallait faire des interventions diffuses. Le système lagunaire étant complexe, on ne peut pas apporter une réponse unique», a expliqué cette Vénitienne de 76 ans.

Élaboré dans les années 80, le chantier du MOSE a démarré en 2003 et il aurait dû être prêt il y a déjà trois ans. Mais il a pris du retard à cause de scandales de corruption et de surcoûts. Il a déjà coûté sept milliards d’euros et devrait être achevé d’ici à 2021, selon le gouvernement.