Des survivants se précipitent pour recevoir des poulets à Palu, aux Célèbes.

Indonésie: la police tente d’arrêter le pillage

PALU — Le bilan du violent séisme suivi d’un tsunami a été revu à la hausse mardi, avec au moins 1234 morts aux Célèbes, où la police s’efforce de mettre fin aux pillages.

«À 13H00 (locales, 6H00 GMT) le dernier bilan disponible est de 1.234 morts», contre 844 précédemment, a indiqué Sutopo Purwo Nugroho, porte-parole de l’agence de gestion des catastrophes au cours d’un point presse.

La catastrophe qui a frappé vendredi la localité de Palu, où vivent 350.000 habitants sur la côte occidentale des Célèbes, a aussi fait 61.867 déplacés.

Alors que les autorités avaient toléré ces derniers jours que la population se serve dans les magasins devant le manque d’approvisionnement et l’aide qui tardait à venir, la police a arrêté mardi 35 personnes pour avoir volé des ordinateurs et de l’argent et s’est engagée à arrêter les pillages.

Même si l’aide humanitaire commence à arriver, les survivants doivent toujours affronter la faim et la soif. Vivres et eau potable sont rares. Et les hôpitaux sont submergés par le nombre de blessés.

Des gens crapahutent sur les décombres à la recherche de tout ce qui pourrait être récupérable, d’autres se pressent autour de rallonges électriques dans les quelques bâtiments disposant encore de courant. D’autres encore patientent pour recevoir l’eau, l’argent ou l’essence acheminés par un convoi de l’armée.

«Le gouvernement, le président sont venus, mais ce dont nous avons réellement besoin, c’est d’eau et de nourriture», a expliqué à l’AFP Burhanuddin Aid Masse, 48 ans.

Les secours manquent d’équipements lourds. Ils peinent également du fait de la coupure des routes et de l’ampleur même des dégâts.

Un homme cherche sa femme parmi des corps alignés à l’extérieur d’un hôpital de Palu, aux Célèbes.

Accès difficile

L’armée indonésienne dirige les secours, mais à la suite d’un appel du président, des ONG internationales ont également dépêché des équipes sur le terrain.

La Croix-Rouge a annoncé mardi avoir fait une découverte macabre dans une église du centre des Célèbes balayée par une coulée de boue: «Trente-quatre corps au total ont été retrouvés», a déclaré à l’AFP Aulia Arriani, une porte-parole. L’âge exact des victimes n’a pas été précisé dans l’immédiat.

Initialement, 86 jeunes participaient à un camp d’étude de la Bible dans le Centre de formation de l’Église de Jonooge avaient été portés disparus. Le sort de ceux dont les corps n’ont pas été récupérés était non précisé dans l’immédiat.

Le district montagneux de Siri Biromaru, au sud-est de Palu, est difficile d’accès et les secouristes sont confrontés à une marche exténuante pour récupérer les victimes.

«Le problème le plus important, c’est de marcher dans la boue pendant une heure et demie tout en portant les corps», a expliqué Mme Arriani.

L’Indonésie est le pays musulman le plus peuplé du monde, mais compte des minorités religieuses, y compris chrétiennes parmi ses 260 millions d’habitants.

Décomposition accélérée

Le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (UNOCHA) a estimé lundi à 191.000 le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence, dont 46 000 enfants et 14 000 personnes âgées.

Les morts pris au piège dans les décombres des bâtiments dévastés par le séisme de magnitude 7,5, sont également un motif d’inquiétude pour les autorités.

Dans le climat équatorial chaud et humide qui prévaut en Indonésie, la décomposition est accélérée et fournit un terrain propice aux maladies.

À Poboya, dans les collines surplombant Palu, les volontaires ont commencé à enterrer les victimes dans une vaste fosse commune, d’une capacité pouvant aller jusqu’à 1300 corps.

Les camions transportant les dépouilles enveloppées dans des sacs orange, jaune et noir font la navette jusqu’au site. Les corps sont déposés jusqu’à la fosse et ensevelis par des pelleteuses.

À Balaroa, un quartier périphérique de Palu qui abritait un complexe résidentiel, les dégâts sont énormes. La zone est rasée, parsemée d’arbres arrachés, de morceaux de béton, de tôles ondulées tordues, de cadres de portes arrachés et de meubles en miettes.

Des habitants hagards parcourent les ruines, ne sachant pas où ni comment commencer à creuser. Parmi eux, trois hommes à la recherche de leur petit frère.

«Je l’ai perdue»

Les équipes mènent une course contre la montre pour sortir des survivants. Dans le seul hôtel Roa Roa, les secouristes estiment que 50 à 60 personnes pourraient avoir été ensevelies. Pour l’instant deux personnes ont été sauvées sur ce site, selon une source officielle.

Bon nombre d’habitants ont passé les derniers jours à la rechercher leurs proches disparus.

Ali était avec sa femme sur la plage quand le tsunami a déferlé vendredi. Il ne sait pas où elle est, ni si elle a survécu. «Quand la vague est arrivée, je l’ai perdue», raconte-t-il. «J’ai été porté sur une cinquantaine de mètres. Je n’ai rien pu retenir».

D’autres font la tournée des morgues en plein air, où les morts sont allongés en plein soleil.

Le Comité international de la Croix Rouge (CICR) a expliqué qu’il s’efforçait de réunir les familles séparées et fournissait une «aide médico-légale» pour aider à l’identification des victimes.

L’archipel de 17 000 îles et îlots formé par la convergence de trois grandes plaques tectoniques (indo-pacifique, australienne et eurasienne), se trouve sur la ceinture de feu du Pacifique, zone de forte activité sismique. Mardi, le pays a subi mardi une nouvelle série de secousses, qui se sont produites toutefois à des centaines de kilomètres de Palu.

Un bateau a été poussé jusque dans un quartier de Donggala, aux Célèbes.
Des militaires indonésiens enterrent des victimes du tremblement de terre à Poboya, aux Célèbes.