Selon des spécialistes des incendies, le nombre moyen d'hectares américains brûlés par des feux de forêt a plus que doublé par rapport à il y a 30 ans.

Incendies en Californie: Trump contredit par les experts

WASHINGTON — Les éléments et les humains sont tous les deux responsables des incendies meurtriers qui ravagent la Californie, mais contrairement à ce que prétend Donald Trump, la gestion des forêts n'a pas joué un rôle majeur, estiment des scientifiques.

Les vents ont attisé les incendies, et les changements climatiques causés par l'activité humaine au fil des ans tuent et assèchent les arbustes et les arbres qui constituent le carburant, rappellent les experts. Mais «la gestion des forêts ne fait pas partie» des nombreux facteurs qui expliquent ces violents incendies, a déclaré le professeur Philip Dennison, de l'Université de l'Utah.

Dans un message sur Twitter, samedi, le président Trump avait imputé à une mauvaise gestion des forêts «ces incendies massifs, meurtriers et coûteux en Californie».

Pour les scientifiques, la gestion du territoire n'est pas à blâmer puisque certaines zones touchées avaient déjà brûlé en 2005 et 2008 : il ne s'agit donc pas de forêts très denses à couvert fermé, explique le professeur Dennison. Paradise, une ville du nord de la Californie qui a été pratiquement détruite par les flammes au cours des derniers jours, avait été menacée en 2005 et 2008, mais avait échappé au pire, a-t-il rappelé.

Et l'autre incendie majeur, dans le sud de la Californie, a consumé des secteurs d'arbustes et non des forêts, signale M. Dennison.

Le doyen de la faculté de l'environnement à l'Université du Michigan, Jonathan Overpeck, estime que les incendies, de plus en plus importants et de plus en plus graves, «sont beaucoup moins dus à une mauvaise gestion qu'au résultat de la transformation de nos forêts, nos terres boisées et nos prairies, avec des changements climatiques de plus en plus graves».

Le redoutable vent «santana»

Selon des spécialistes des incendies, le nombre moyen d'hectares américains brûlés par des feux de forêt a plus que doublé par rapport à il y a 30 ans. En date de lundi, plus de 34 293 kilomètres carrés avaient brûlé aux États-Unis, une hausse de plus d'un tiers par rapport à la moyenne sur 10 ans.

«Le facteur le plus important, c'est le vent», a estimé le professeur Dennison dans un courriel. «Avec des vents aussi forts, il n'y a rien que les pompiers puissent faire pour arrêter la progression des feux.»

Ce vent chaud et sec - le «santana» - et la géographie unique de hautes montagnes et de vallées profondes agissent comme des cheminées, ce qui renforce les incendies, explique Kristen Thornicke, experte des incendies de forêt à l'Institut de recherche sur les impacts climatiques de Potsdam, en Allemagne.

Sécheresse

La Californie a également connu une sécheresse pratiquement chaque année depuis le début du 21e siècle, et cet État traverse actuellement sa plus longue sécheresse, qui a débuté le 27 décembre 2011 et dure depuis 358 semaines. Près des deux tiers de ce vaste État sont anormalement secs. Or, «les changements climatiques jouent un rôle dans la gravité des sécheresses», soutient le professeur Dennison.

Par ailleurs, plus il fait chaud, et plus il faut de précipitations pour empêcher la végétation de sécher - et de se transformer en combustible -, comme le sait tout bon jardinier amateur, rappelle le professeur Overpeck. «En partie à cause du changement climatique, la Californie ne reçoit pas assez de neige et de pluie pour compenser le réchauffement implacable provoqué par les changements climatiques : les incendies de forêt sont donc, ensuite, de plus en plus graves.»