Port-au-Prince est le théâtre depuis des semaines de manifestations violentes pour tenter de forcer la démission du président Jovenel Moïse.

Haïti: deux millions d’enfants privés d’école

PORT-AU-PRINCE — Les troubles en Haïti perturbent les hôpitaux, les orphelinats et les services d’urgence tout en empêchant quelque deux millions d’enfants d’aller à l’école, affirment les Nations unies.

Le porte-parole Stéphane Dujarric a lancé cet avertissement mercredi, dans un apparent apaisement des troubles qui secouent la capitale haïtienne depuis des semaines, alors que des manifestants usent de violence pour tenter de forcer la démission du président Jovenel Moïse.

Des gens faisaient la file mercredi pour acheter de l’essence, tandis que certaines banques et entreprises ont rouvert prudemment malgré les nombreux barrages routiers de pneus enflammés.

«Les pénuries de carburant, le manque d’eau potable et d’autres biens essentiels touchent aussi les orphelinats, les unités de protection civile et les autres services d’urgence, qui fonctionnent également avec des capacités limitées», a déclaré M. Dujarric au siège des Nations unies à New York.

En outre, la fermeture de nombreuses écoles ces deux dernières semaines empêche quelque deux millions d’enfants de poursuivre leur scolarité, a-t-il déploré.

M. Dujarric a rappelé que les agences humanitaires de l’ONU avaient averti que les troubles menaçaient d’aggraver la faim dans l’un des pays les plus pauvres du monde.

Le président Moïse n’a pratiquement pas été vu en public ces derniers jours, mais il n’a montré aucun signe laissant croire qu’il pourrait démissionner.

Élections le 27 octobre

Un leader de l’opposition, André Michel, a déclaré mercredi à l’Associated Press que sa coalition appelait à remplacer le Parlement et le président dans le cadre d’une refonte en profondeur des institutions politiques du pays.

Des élections législatives sont prévues le 27 octobre, mais leur report semble inévitable, ce qui ajoute au sentiment d’impasse politique.

«C’est une situation dramatique, une situation chaotique», a déclaré Evans Paul, un ancien premier ministre et allié de M. Moïse, qui a discuté en privé de la crise lundi avec un groupe comprenant des responsables des Nations unies, des États-Unis, du Canada et de la France.

M. Moïse a été élu en 2017 pour un mandat de cinq ans, bien que le taux de participation ait été extrêmement bas et que le cycle électoral de 14 mois ait été entaché d’allégations de fraude qui ont obligé à refaire certains votes au premier tour.

Les manifestants demandent une enquête approfondie sur les allégations selon lesquelles de hauts responsables de l’administration précédente auraient utilisé à mauvais escient des milliards de dollars provenant d’un plan de pétrole subventionné par le Venezuela.

Le prix des denrées a récemment augmenté dans un pays où environ 60 % des habitants gagnent moins de deux dollars par jour. L’inflation a atteint 19 % en juillet (la dernière donnée disponible), et les économistes prédisent qu’elle pourrait être de 20 % ou plus en octobre. L’inflation avait atteint ce taux pour la dernière fois en 2008, une situation qui avait provoqué des «émeutes de la faim».