Un imbroglio autour du territoire de Gibraltar «reste la seule question encore ouverte» avant le sommet de dimanche, censé clore les négociations, a confié un diplomate à l'issue d'une réunion à haut niveau entre des représentants des pays de l'Union européenne.

Gibraltar, ultime obstacle à un accord global sur le Brexit

BRUXELLES — Des garanties de dernière minute exigées par Madrid sur le sort de Gibraltar représentaient le dernier obstacle vendredi à un accord global sur le Brexit, à deux jours d'un sommet extraordinaire à Bruxelles.

Les négociateurs des 27 et du Royaume-Uni ont bouclé un accord sur le «traité de retrait» du Royaume-Uni de l'UE, prévu le 29 mars 2019, et sur la «déclaration politique» ébauchant leurs relations post-Brexit, qui y sera jointe.

Mais un imbroglio autour du territoire de Gibraltar «reste la seule question encore ouverte» avant le sommet de dimanche, censé clore les négociations, a confié un diplomate à l'issue d'une réunion à haut niveau entre des représentants des pays de l'UE.

L'Espagne menace de s'opposer à tout accord dimanche si elle n'obtient pas noir sur blanc un droit de veto sur les négociations futures concernerant Gibraltar, une enclave britannique située dans le sud de l'Espagne qui en revendique la souveraineté.

Le secrétaire d'État espagnol aux Affaires européennes Luis Marco Aguiriano, venu à Bruxelles vendredi, a réclamé un engagement «écrit» de la part de Londres.

«Nous avons exigé que ce texte soit publié par les Britanniques» avant le sommet, a-t-il déclaré devant des journalistes, affirmant que son premier ministre Pedro Sanchez ne déciderait s'il vient dimanche qu'une fois qu'il aura obtenu satisfaction.

Pas de veto

«Nous n'avons pas l'intention de rouvrir l'accord de retrait mais nous allons travailler avec les gouvernements de Gibraltar et de Madrid sur notre future relation», avait déclaré plus tôt une porte-parole de la première ministre britannique Theresa May à Londres.

D'intenses négociations étaient en cours vendredi après-midi pour règler ce dernier problème, ont indiqué plusieurs sources diplomatiques.

Plusieurs sources interrogées par l'AFP ont estimé que l'Espagne ne disposait pas de «droit de veto» sur l'accord de Brexit. «Il s'agit d'une question politique, pas juridique: ce serait un vrai problème pour les 27 qu'un grand pays comme l'Espagne se désolidarise dimanche de l'approbation de l'accord de divorce», a dit une source européenne.

L'un des autres points qui continuaient à poser problème ces derniers jours, celui des futurs droits de pêche des Européens dans les eaux territoriales britanniques, a "été résolu", a dit une source diplomatique à l'issue de la réunion à haut niveau tenue vendredi à Bruxelles.

Cette question, qui n'a pas été règlée dans le traité de retrait au grand dam de pays comme la France, fera l'objet d'un texte séparé «dans le procès-verbal» du sommet de dimanche, selon un diplomate.

«Les choses avancent, on voit de la lumière au bout du tunnel», a ajouté une autre source. «Nous travaillons dur», s'est contenté de répondre à la presse le négociateur en chef des 27, le Français Michel Barnier, interrogé à l'issue de la même réunion.

May samedi à Bruxelles

Theresa May doit rencontrer samedi soir à Bruxelles le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, à la veille du sommet.

«C'est une ultime visite de réglage, pour caler ensemble les messages politiques qui seront délivrés publiquement dimanche», a expliqué une source diplomatique. Il ne sera «plus question de négocier quoi que ce soit» à ce moment, a-t-elle ajouté.

L'UE et le Royaume-Uni ont réussi à se mettre d'accord jeudi sur la «déclaration politique» qui fixe le cadre de leurs relations post-Brexit, notamment sur le plan commercial.

La semaine passée, ils avaient conclu un accord sur le «traité de retrait» du Royaume-Uni, un texte de près de 600 pages, qui détricote les liens noués pendant plus de 40 ans d'adhésion du Royaume-Uni.

Ce texte règle notamment la question de la facture que devra payer Londres à l'UE, sans la chiffrer, et prévoit une solution controversée pour éviter en dernier recours le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord.

Mis à part un «changement mineur» dans la «déclaration politique», les représentants des pays de l'UE réunis vendredi n'ont pas modifié ces textes, selon un diplomate.

Lors du sommet dimanche, les dirigeants des 27 et Theresa May doivent entériner un accord global. S'ils y parviennent, tout ne sera pas terminé pour autant : l'accord de divorce devra encore être ratifié par le Parlement européen et surtout britannique.