L'intervention de la reine Elizabeth II ne lève pas pour autant le voile sur un secret bien gardé : de quel côté son coeur penche-t-il quand il s'agit du Brexit?

Face au Brexit, la reine appelle les Britanniques à s'entendre

LONDRES — Face aux divisions sur le Brexit qui déchirent son pays, la reine Elizabeth II a appelé les Britanniques à l'entente et au respect mutuel, tout en se gardant bien de dévoiler ses sentiments sur la sortie de l'Union européenne.

Cette rare intervention a été saluée par plusieurs ministres qui y voient un soutien à leur tentative acharnée de trouver un arrangement sur le Brexit susceptible d'accommoder le plus grand nombre.

«Dans notre recherche de nouvelles réponses en ces temps modernes, je préfère pour ma part les recettes éprouvées, comme se parler avec respect et respecter les différents points de vue, se rassembler pour chercher un terrain d'entente et ne jamais oublier de prendre du recul», a déclaré jeudi la souveraine de 92 ans.

«Pour moi, ces approches sont intemporelles, et je les recommande à tout le monde», a-t-elle ajouté, s'exprimant devant les membres d'une association de femmes, le Women's Institute, situé près de son domaine de Sandringham, (est de l'Angleterre), où elle passe une partie de l'hiver.

Elizabeth II a salué les valeurs de cette organisation qu'elle préside, comme "la patience, l'amitié, une forte approche communautaire et la prise en considération des besoins d'autrui".

«Grande sagesse»

Ces propos interviennent en pleine tension autour de la mise en oeuvre de la sortie du pays de l'Union européenne, programmée pour le 29 mars.

Qu'ils soient europhiles ou fervents Brexiters, les députés britanniques se sont massivement opposés, le 15 janvier, à l'accord de divorce difficilement négocié par la première ministre Theresa May avec Bruxelles.

La cheffe de l'exécutif peine depuis à trouver un consensus et risque de nouveaux revers au Parlement mardi lors du vote d'amendements qui pourraient retarder le Brexit et écarter l'éventualité d'un retrait sans accord, potentiellement dévastateur pour l'économie du pays.

«Ces mots revêtent une grande sagesse et je pense que personne ne sera surpris d'entendre la reine prôner que dans toute controverse, nous devrions chercher le compromis», a réagi le ministre des Finances, Philip Hammond, sur la BBC. "C'est en fait ce que nous devrions faire dans ce pays, c'est comme ça que nous résolvons les problèmes, par compromis et pragmatisme".

La ministre pro-UE du Travail, Amber Rudd, y a également vu des «paroles sages».

Dans son discours de Noël déjà, Elizabeth II avait appelé les Britanniques à faire preuve de «respect» les uns envers les autres.

Tenue à son devoir de réserve, elle observe en tant que chef de l'État une stricte neutralité sur le plan politique et n'exprime que très rarement son avis, généralement de façon voilée. Elle avait ainsi laissé entendre qu'elle était contre l'indépendance de l'Écosse, avant le référendum de 2014.

Mystère

L'intervention de la reine Elizabeth II ne lève pas pour autant le voile sur un secret bien gardé : de quel côté son coeur penche-t-il quand il s'agit du Brexit?

En juin 2017, elle avait arboré pour son discours d'ouverture du Parlement britannique, à l'issue d'élections anticipées, un chapeau bleu orné de fleurs au coeur jaune, couleurs du drapeau européen. Une proclamation europhile? Ce choix vestimentaire avait été intensément commenté.

Un peu plus d'an auparavant, en pleine campagne référendaire sur le Brexit, le tabloïd The Sun avait affirmé que la reine soutenait le Brexit, sur la base d'une confidence qu'elle aurait faite quelques années plus tôt à des parlementaires lors d'une réception. "Je ne comprends pas l'Europe", aurait-elle alors dit.

Le Sun s'était fait taper sur les doigts par le régulateur de la presse britannique pour cette extrapolation hasardeuse.

Pour ou contre le Brexit, Elizabeth II estime en tout cas qu'il s'agit d'un «problème très complexe», a affirmé le président américain Donald Trump en juillet dernier, partageant une conversation privée avec elle lors de sa visite au Royaume-Uni.