Le pape François a dénoncé mardi ceux qui ont recours à la «menace des armes» et au «déploiement de troupes».

Estonie: aux portes de la Russie, le pape dénonce «la menace des armes»

TALLINN — Au dernier jour de sa tournée dans les pays baltes, qui l'a conduit à la frontière de la Russie, le pape François a dénoncé mardi ceux qui ont recours à la «menace des armes» et au «déploiement de troupes».

Le souverain pontife, qui a inséré cet avertissement dans son homélie prononcée lors de la messe célébrée en plein air à Tallinn, a évité toute référence directe à la politique de Moscou. Mais c'est bien celle-ci qui, depuis l'annexion de la Crimée et le conflit dans l'Est de l'Ukraine, inquiète les dirigeants et les sociétés en Lituanie, en Lettonie et en Estonie.

«Les relations entre la Russie, l'Estonie et l'OTAN offrent une possibilité d'interpréter ce discours. Mais je pense que le pape évoquait plutôt la liberté personnelle, quand il a parlé aussi d'esclavage de consumérisme et d'individualisme», a cependant dit à l'AFP Erkki Bahovski, un expert estonien des relations internationales et rédacteur en chef du mensuel Diplomaatia.

Pour une autre spécialiste estonienne des questions stratégiques, Evelyn Kaldoja, il était toutefois «clair qu'il faisait référence à la Russie».

La Russie tient régulièrement des exercices militaires non loin des frontières des pays baltes et ses appareils militaires s'approchent de leur espace aérien, faisant décoller les avions de l'OTAN assurant «la police de l'air».

«Certains» pensent parfois que la force d'un peuple se mesure par des paramètres autres que la recherche d'un «pacte d'amour» chrétien, a dit le pape en Estonie. «Il y a celui qui parle plus fort, (...) il y a celui qui ajoute aux cris la menace des armes, le déploiement de troupes, les stratégies... Celui-là semble le plus “solide”», a poursuivi François. «Cette attitude cache en soi un refus de l'éthique et, avec elle, un refus de Dieu», a-t-il dénoncé.

Le pape botte en touche

Au cours d'une conférence de presse dans l'avion qui le ramenait d'Estonie à Rome, le pape n'a pas répondu à la question de savoir si ses propos du jour visaient directement la Russie, préférant élargir le débat.

«Je crois que pour organiser un pays, il faut qu'il y ait une armée de défense raisonnable et non agressive», a-t-il commenté.

«Le problème est quand elle devient agressive, non raisonnable et on fait les guerres de frontières. Sur les guerres de frontières, nous avons tant d'exemples, pas seulement en Europe vers l'est, aussi sur d'autres continents. On se dispute pour le pouvoir, pour coloniser un pays», a ajouté François.

Lors de toutes ses interventions publiques en Lituanie, en Lettonie et en Estonie, le pape n'a pas prononcé le nom de la Russie.

Mais des catholiques sont venus de Russie à sa rencontre à Kaunas et, mardi, après un chant estonien, une belle chanson russe a résonné pour le pape dans la cathédrale luthérienne où il rencontrait des jeunes.

De patients efforts de la diplomatie vaticane ont abouti déjà à la rencontre du pape avec le président Vladimir Poutine à Rome et avec le patriarche orthodoxe Kirill à Cuba. Mais la Russie n'est pas pressée d'accueillir le pape sur son territoire.

Par ricochet, pour les chrétiens baltes, cela confirme leur méfiance à l'égard de Moscou.

Au deuxième jour du pape à Vilnius, capitale de la Lituanie, l'archevêque émérite Sigitas Tamkevicius, qui a fait plusieurs années de camp soviétique, n'a pas caché son sentiment à cet égard. «Nous sommes tout près de la Russie, impossible de ne pas avoir peur d'eux. La peur est là», a-t-il dit aux journalistes.

Un autre haut prélat lituanien a exprimé le sentiment que beaucoup semblent partager, y compris en Lettonie et en Estonie, à savoir que la visite du pape renforce l'esprit patriotique.

«Nous avons surmonté l'occupation. Nous savons ce que veut dire se tenir face aux chars avec la prière, ce que veut dire se tenir côte à côte à la manière balte. (...) Aujourd'hui, nous avons besoin d'encouragement, d'espoir, pour que notre projet de liberté de s'arrête pas à mi-chemin», a dit à Kaunas en Lituanie l'évêque de Telsiai, Kestutis Kevalas.